Une vue du Parc National des Deux Balé. Source: visiteburkina.com
Cet article de vulgarisation a été coécrit par TAMBOURA Soumaila de l’Institut Géographique du Burkina (IGB, Burkina Faso, par BAGRÉ Mathias Philippe de Département de Géographie, Laboratoire Dynamiques des Espaces et Sociétés (LDES) et par KAGAMBEGA Zéphirin P. de l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS), du Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST), Ouagadougou, Burkina Faso. Il montre l’ampleur des transformations intervenues en près d’un demi-siècle, fournit des informations utiles aux collectivités territoriales, services techniques, entre autres.
TAMBOURA Soumaila1, BAGRÉ Mathias Philippe2, KAGAMBEGA Zéphirin P.3
1 Institut Géographique du Burkina (IGB), Burkina Faso.
2 Département de Géographie, Laboratoire Dynamiques des Espaces et Sociétés (LDES), Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou, Burkina Faso.
3 Institut des Sciences des Sociétés (INSS), Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST), Ouagadougou, Burkina Faso.
Auteur correspondant : Mathias Philippe BAGRÉ – mathiasbagre3@gmail.com
1. Introduction
Les paysages évoluent sous l’effet du climat, mais aussi des activités humaines : extension des cultures, implantation de nouveaux habitats, élevage, exploitation du bois ou développement des infrastructures. Dans un bassin versant, ces transformations sont particulièrement importantes, car la diminution de la couverture végétale peut fragiliser les sols, modifier le ruissellement des eaux et accroître la vulnérabilité des populations et des infrastructures.
Au Burkina Faso, le bassin versant du Grand-Balé constitue un exemple révélateur de ces mutations. Situé dans l’ouest du pays et affluent de la rive droite du Mouhoun, il couvre environ 5 136 km². Il s’étend sur plusieurs communes et appartient à la zone climatique soudanienne. À la station de Boromo, la pluviométrie annuelle moyenne utilisée comme référence dans l’étude est d’environ 900 mm.
Depuis plusieurs décennies, ce territoire subit des pressions croissantes sur ses ressources naturelles. Les activités agro-pastorales, l’installation des populations, les feux de brousse et différentes formes d’exploitation contribuent à la transformation des formations végétales. Certaines forêts classées du bassin, notamment celles de Pâ et de Sorobouly, sont également concernées.
La question est d’autant plus importante que des inondations récurrentes affectent une portion de la Route nationale n°1 située dans le bassin. Comprendre l’évolution du paysage peut donc aider les décideurs à mieux intégrer la dynamique de l’occupation des terres dans l’aménagement et la gestion durable du bassin.
L’étude dont est issu ce document a reconstitué l’évolution du paysage du Grand-Balé entre 1976 et 2022. Elle cherche à montrer l’ampleur des transformations intervenues en près d’un demi-siècle et à fournir des informations utiles aux collectivités territoriales, services techniques, acteurs de l’environnement, de l’agriculture et de l’aménagement, ainsi qu’aux populations du bassin.
2. Méthodologie / Matériel et méthodes
Pour comprendre comment le bassin du Grand-Balé s’est transformé, les chercheurs ont comparé des images satellites Landsat prises en 1976, 1992, 2007 et 2022. Ces images permettent de remonter dans le temps et d’observer les changements de l’occupation du territoire.
Sept grandes catégories ont été distinguées : les terres cultivées, les forêts-galeries, les zones d’habitat, les savanes boisées, les savanes arbustives et herbeuses, les sols nus et les plans d’eau. Les images ont été complétées par des données géographiques de l’Institut Géographique du Burkina et par des observations de terrain. Des points relevés au GPS ont servi à vérifier la correspondance entre les cartes produites et la réalité observée.
La fiabilité des classifications a également été contrôlée. Les niveaux de concordance obtenus sont élevés pour les quatre années étudiées. L’objectif de cette démarche n’était pas seulement de produire des cartes, mais surtout de mesurer les surfaces gagnées ou perdues par les différentes formes d’occupation du sol au cours des 47 années étudiées.
3. Résultats
Le Grand-Balé en 47 ans : quatre chiffres à retenir
| +371 % de terres cultivées |
6,48 → 90,58 km² de surfaces d’habitat |
| 42,8 % → 13,36 % de savane boisée |
50,24 → 26,14 km² de forêt-galerie |
3.1. Les terres cultivées ont presque quintuplé
Le changement le plus spectaculaire concerne l’agriculture. En 1976, les terres cultivées occupaient environ 354,77 km², soit seulement 6,91 % du bassin. Elles atteignaient 977,88 km² en 1992, 1 167,09 km² en 2007 et 1 672,24 km² en 2022, soit 32,56 % de la superficie totale.
Entre 1976 et 2022, la superficie cultivée a ainsi augmenté d’environ 371 %. Autrement dit, en 2022, près d’un tiers du bassin est occupé par les cultures, alors que celles-ci représentaient moins de 7 % du territoire en 1976. Cette progression constitue l’un des principaux marqueurs de la transformation du Grand-Balé.

3.2. L’habitat gagne rapidement du terrain
L’agriculture n’est pas la seule occupation humaine qui progresse. Les surfaces d’habitat sont passées de 6,48 km² en 1976 à 12,95 km² en 1992, puis à 32,19 km² en 2007 et 90,58 km² en 2022.
Même si l’habitat ne représente encore que 1,76 % de la superficie totale du bassin, cette progression témoigne d’une intensification de l’occupation humaine du territoire. L’étude observe également une extension des terres agricoles autour des zones habitées et le long des axes de communication.
3.3. La savane boisée recule fortement
Pendant que les champs et l’habitat progressent, les formations boisées reculent. En 1976, la savane boisée couvrait environ 2 197,96 km², soit 42,8 % du bassin. Sa part est passée à 39,51 % en 1992, 21,92 % en 2007 et seulement 13,36 % en 2022.
En 47 ans, le bassin a ainsi perdu environ 1 512 km² de savane boisée. Une formation qui couvrait plus de quatre hectares sur dix en 1976 n’en représente donc plus qu’un peu plus d’un hectare sur dix en 2022.
3.4. Les forêts-galeries sont également touchées
Les forêts-galeries, qui se développent principalement le long des cours d’eau, connaissent elles aussi une diminution continue. Leur superficie est passée de 50,24 km² en 1976 à 43,90 km² en 1992, 33,50 km² en 2007 et 26,14 km² en 2022.
Elles ont donc perdu près de la moitié de leur superficie initiale. Cette évolution mérite une attention particulière dans un bassin versant, car ces formations participent à la protection des berges, des sols et des milieux riverains.
3.5. Toutes les formations végétales n’évoluent pas de la même manière
La situation est plus nuancée pour les savanes arbustives et herbeuses. Elles représentaient 49,15 % du bassin en 1976, 40,30 % en 1992, 53,89 % en 2007 et 51,64 % en 2022. Leur superficie globale apparaît donc relativement stable entre le début et la fin de la période, malgré d’importantes transformations internes.
Le paysage du Grand-Balé ne se résume donc pas à une simple disparition de la végétation. Il se recompose : certaines formations naturelles se transforment, tandis que les terres cultivées et les zones d’habitat prennent une place croissante.
3.6. Pourquoi le paysage se transforme-t-il ?
Les résultats mettent principalement en avant la progression des activités humaines. L’extension de l’agriculture apparaît comme l’un des principaux facteurs de recul des formations naturelles. À cela s’ajoutent l’augmentation des zones d’habitat, les activités agro-pastorales, les feux de brousse et différentes formes de pression sur les ressources.
L’étude évoque également la croissance démographique, les migrations et, localement, l’orpaillage parmi les facteurs susceptibles d’accentuer la pression sur les terres et les formations végétales. Les auteurs rappellent cependant que les sécheresses ayant affecté le Sahel dans les années 1970 et 1980 ainsi que la variabilité des pluies peuvent aussi contribuer à la diminution du couvert végétal et à la baisse de la productivité des terres.
3.7. Des conséquences possibles pour les sols, les populations et les infrastructures
La diminution des formations boisées ne représente pas seulement une modification visuelle du paysage. Lorsque la couverture végétale recule, les sols peuvent devenir davantage exposés à l’érosion et le ruissellement peut être accentué. L’étude souligne ainsi des risques d’érosion, d’inondation et d’augmentation de la vulnérabilité des populations locales.
Ces résultats sont particulièrement importants dans le Grand-Balé, où des épisodes d’inondation affectent déjà une portion de la Route nationale n°1. Il faut toutefois rester prudent : l’étude met en évidence les transformations de l’occupation du sol et discute leurs conséquences, mais elle ne démontre pas à elle seule que l’expansion agricole est directement responsable des inondations observées. Les auteurs recommandent de compléter ces résultats par l’étude des caractéristiques physiques du bassin et de l’évolution de la pluviométrie.
4. Conclusion
Entre 1976 et 2022, le paysage du bassin du Grand-Balé a profondément changé. Les terres cultivées sont passées de 354,77 km² à 1 672,24 km², soit une augmentation de plus de 371 %. Les surfaces d’habitat ont également fortement progressé, de 6,48 à 90,58 km².
À l’opposé, la savane boisée a perdu près de 1 512 km², tandis que la forêt-galerie a vu sa superficie pratiquement divisée par deux. Ces transformations montrent que la question du Grand-Balé dépasse la seule évolution du couvert végétal : elle concerne l’agriculture, l’occupation du territoire, la conservation des ressources naturelles et la réduction des risques pour les populations et les infrastructures.
Les résultats invitent les acteurs de l’aménagement à mieux prendre en compte les trajectoires d’occupation des terres, à préserver les formations végétales restantes, notamment le long des cours d’eau, et à mieux articuler développement agricole, extension de l’habitat et protection des ressources naturelles.
L’un des principaux enseignements de cette recherche est aussi l’intérêt de la télédétection et de la cartographie pour la décision publique. Les images satellites permettent de reconstituer plusieurs décennies de transformations et d’identifier les espaces où les changements sont les plus marqués. Le défi n’est donc pas d’opposer agriculture et conservation, mais d’aménager le bassin en tenant compte à la fois des besoins des populations, de la préservation des formations végétales et de la réduction des risques environnementaux.
5. Références bibliographiques
TAMBOURA, S., BAGRÉ, M. P. & KAGAMBEGA, Z. P. (2025). Spatial Reconstruction of Landscape Dynamics in the Grand-Balé Catchment Area Between 1976-2022 (Burkina Faso). International Journal of Progressive Sciences and Technologies (IJPSAT), 52(2), 274-288.
Ce document de vulgarisation est tiré de l’article scientifique : TAMBOURA Soumaila, BAGRÉ Mathias Philippe & KAGAMBEGA Zéphirin P. Spatial Reconstruction of Landscape Dynamics in the Grand-Balé Catchment Area Between 1976-2022 (Burkina Faso). International Journal of Progressive Sciences and Technologies (IJPSAT). Septembre 2025;52(2):274-288.

