Assistance aux ménages vulnérables dans les Banwa. Ph. Croix rouge Burkina Faso.
Le gouvernement burkinabè a approuvé le jeudi 22 octobre 2026, plusieurs mesures qui portent sur le financement de la protection sociale, l’aménagement urbain, l’assainissement et la gestion des finances publiques. Parmi les principaux dossiers examinés en Conseil des ministres, figure le financement de 120 millions de dollars, soit environ 67,2 milliards FCFA, accordé par l’Association internationale de développement (IDA) pour soutenir les ménages pauvres et vulnérables. Le Conseil a adopté des décrets qui visent à mobiliser des terrains pour des projets immobiliers à Ouagadougou, renforcer l’assainissement pluvial de la capitale et aménager des infrastructures marchandes à Gaoua.
Par Elie Fagnaan
67,2 milliards FCFA ont été mobilisés pour financer le Projet d’autonomisation économique des ménages pauvres et vulnérables pour la résilience et la protection sociale adaptative (PARPS).
Le montant annoncé atteint 120 millions de dollars, soit 67 222 473 360 FCFA. Il comprend un accord de crédit et un accord de don conclus avec l’Association internationale de développement, le 14 juillet 2026.
Le projet vise à améliorer l’accès des ménages vulnérables aux possibilités économiques et à renforcer le système de protection sociale adaptative.
Sa mise en œuvre s’étendra sur cinq ans et couvrira l’ensemble du territoire national. Les régions des Koulsé, de Yaadga, du Nakambé, de Nando, des Bankui et du Sourou bénéficieront d’une attention prioritaire, en tenant compte du déploiement progressif du Registre social unique.
Le programme prévoit l’organisation de 120 000 ménages pauvres et vulnérables en coopératives communautaires structurées autour d’unités économiques.
Au total, 4 800 coopératives communautaires et 1 200 unités économiques locales doivent être mises en place pour soutenir les activités de production et de transformation.
Le volet logistique prévoit également, l’acquisition de huit véhicules, de vingt camions monoblocs, de vingt camions-bennes et de deux camions-citernes.
Le projet comprend par ailleurs, la construction de six magasins d’une capacité de 5 000 tonnes chacun, de deux entrepôts modernes de stockage et de vingt magasins pouvant accueillir chacun 1 000 tonnes.
Ces investissements doivent contribuer à renforcer les capacités économiques des ménages ciblés et à améliorer les infrastructures nécessaires à leurs activités.
Le Conseil a donné son accord à la ratification de l’ordonnance autorisant le financement, conformément à la loi n°23-2025/ALT du 29 décembre 2025, qui habilite le gouvernement à ratifier par ordonnance, certains accords de financement conclus avec les partenaires techniques et financiers.
Des terrains réservés à des projets immobiliers à Ouagadougou
Plusieurs décisions du Conseil portent sur la mobilisation de terrains destinés à des projets d’aménagement et de développement immobilier dans la capitale.
Trois dossiers concernent notamment des emprises situées le long de la rocade Nord, de la route nationale n°2 et autour du barrage n°4.
Pour la rocade Nord, le gouvernement a adopté un décret déclarant d’utilité publique urgente un projet de développement immobilier sur une bande de 70 mètres de largeur de part et d’autre de la limite de l’emprise de cette infrastructure, dans l’arrondissement n°4 de Ouagadougou.
La Société nationale d’aménagement des terrains urbains (SONATUR) prévoit d’y réaliser un programme immobilier de l’État.
Les terrains concernés couvrent deux sections. La première se situe du côté gauche de la rocade, entre le giratoire et le passage supérieur de Kossodo, l’échangeur du Nord et le carrefour dénivelé de l’aéroport de Donsin, sur un linéaire annoncé de 9,600 kilomètres.
La seconde, du côté droit, relie le carrefour dénivelé de l’aéroport de Donsin à l’échangeur du Nord, sur 6,872 kilomètres.
Le gouvernement entend, à travers cette mesure, faciliter la mobilisation des emprises nécessaires à la réalisation du programme immobilier.
Un autre décret concerne la route nationale n°2, dans les arrondissements n°8 et 9 de Ouagadougou. Le projet prévoit également un aménagement immobilier sur une bande de 70 mètres de largeur de part et d’autre de la limite de l’emprise routière.
Dans l’arrondissement n°9, la zone concernée s’étend de l’intersection de la rue 21.69 avec la RN2 jusqu’à la voie de contournement, sur 11,600 kilomètres.
Dans l’arrondissement n°8, elle va du pont situé à hauteur de la pharmacie Sig-Nonghin, au point kilométrique PK03+155, jusqu’à la voie de contournement, sur 11,534 kilomètres.
La SONATUR doit assurer la réalisation de ce projet immobilier. La déclaration d’utilité publique urgente vise à permettre la mobilisation des terrains concernés en vue de la mise en œuvre du programme.
Ces décisions s’inscrivent dans la politique d’aménagement urbain portée par les autorités. Les modalités concrètes de mobilisation des parcelles, notamment les éventuelles conséquences pour les occupants ou les détenteurs de droits fonciers, ne sont toutefois pas détaillées dans le compte rendu du Conseil des ministres.
La quatrième phase du programme d’assainissement pluvial déclarée d’utilité publique urgente
Le gouvernement a également adopté un décret relatif à la quatrième phase du Projet de renforcement du réseau d’assainissement des eaux pluviales de la ville de Ouagadougou (PRAVO) et au développement du pôle métropolitain Kadiogo-Massili.
Les trois premières phases du PRAVO ont permis la construction de canaux majeurs et l’amélioration de la gestion hydraulique sur près de 30 % de la superficie urbaine, selon le compte rendu officiel.
Malgré ces réalisations, le bassin du marigot Kadiogo demeure insuffisamment aménagé. Ce bassin concentre à lui seul 47 % des eaux de ruissellement de Ouagadougou, ce qui explique, selon le gouvernement, la nécessité de poursuivre les travaux.
La quatrième phase prévoit notamment la réalisation du barrage n°4 de Ouagadougou, sur une emprise foncière d’environ 1 053 hectares.
Le programme comprend également un projet d’aménagement urbain structuré autour de cet ouvrage, désigné sous le nom de « pôle métropolitain Kadiogo-Massili ».
Ce pôle intégré doit occuper une superficie de 300 hectares. Le gouvernement entend ainsi associer les infrastructures d’assainissement à un projet plus large d’aménagement urbain.
La déclaration d’utilité publique urgente doit permettre de recourir à la procédure d’expropriation pour cause d’utilité publique afin de mobiliser les terrains nécessaires à la réalisation des travaux dans les délais fixés par les engagements gouvernementaux.
Le compte rendu ne précise cependant ni le calendrier détaillé de cette quatrième phase ni le montant global des investissements prévus.
Il ne donne pas non plus d’indications sur les éventuelles mesures d’indemnisation liées aux acquisitions foncières.
Un projet d’infrastructures marchandes à Gaoua
À Gaoua, dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, le Conseil des ministres a adopté un décret déclarant d’utilité publique urgente, un projet de construction d’infrastructures marchandes dans la cité TONKAR.
Le terrain concerné, situé au secteur 7, correspond à la parcelle n°00, lot 03, section 65. Il couvre une superficie de 8 375 mètres carrés.
Initialement destiné à accueillir un centre commercial, le site a été divisé en quatre parcelles distinctes, toutes réservées à des constructions commerciales.
Le conseil des ministres indique que ces parcelles ont été provisoirement cédées à des particuliers, qui ne les ont pas encore mises en valeur.
Le terrain fait également l’objet d’un conflit dont l’ampleur et la persistance ont conduit les autorités à envisager sa réappropriation par l’État.
Le projet consiste désormais à y réaliser des infrastructures marchandes destinées à répondre à un objectif d’intérêt général.
La déclaration d’utilité publique urgente doit permettre à l’État de mobiliser le site pour la réalisation de ces infrastructures.
Le compte rendu ne précise ni la nature exacte des équipements commerciaux envisagés ni le calendrier de leur construction.
Une réforme des régies financières pour renforcer le contrôle des fonds publics
Le gouvernement a adopté un décret portant organisation et fonctionnement des régies de recettes et des régies d’avances de l’État et des autres organismes publics. Ce texte révise le décret du 5 juillet 2023 qui encadrait déjà ces dispositifs.
La réforme s’inscrit, selon les autorités, dans la volonté de moderniser la gestion des finances publiques et de renforcer la gouvernance économique et financière.
Parmi les principales innovations, figure la suppression des régies d’avances à caractère spécifique. Le nouveau dispositif prévoit un cadre uniforme et plus strict pour leur création.
Le texte simplifie également la mise à disposition des avances. L’avance initiale et ses renouvellements seront désormais accordés sous la forme d’opérations de trésorerie.
La réforme fixe par ailleurs une échéance pour la clôture des opérations comptables et le reversement des reliquats d’avances non utilisés. Ces opérations devront intervenir au plus tard le 31 décembre.
Le gouvernement prévoit aussi d’accélérer la nomination des régisseurs et de clarifier les responsabilités des différents intervenants dans la gestion des fonds publics.
Le décret précise notamment les rôles respectifs de l’ordonnateur, du régisseur et du comptable public.
Ces dispositions doivent renforcer la traçabilité des opérations, la responsabilité des acteurs et la sécurisation des ressources publiques.
Leur portée effective dépendra notamment de leur application dans les administrations et organismes concernés.
Le Fonds de soutien patriotique réorganisé après la dissolution des partis politiques
Le Conseil des ministres a adopté un décret modifiant la composition du Conseil d’orientation du Fonds de soutien patriotique (FSP).
Créé par un décret du 23 janvier 2023, ce fonds constitue un mécanisme de mobilisation de ressources dans le cadre de l’effort patriotique national.
La modification adoptée intervient à la suite de la décision gouvernementale de dissoudre les partis politiques.
Cette décision selon le compte rendu officiel, entraîne le retrait de la composante représentant les partis politiques au sein du Conseil d’orientation du FSP. Cette place doit être occupée par d’autres acteurs, majoritairement issus de la société civile.
Le nouveau décret vise à formaliser cette modification de la composition de l’organe d’orientation. Le compte rendu ne donne toutefois pas la liste des organisations appelées à intégrer le Conseil ni le nombre de représentants concernés.
La Société des aéroports du Faso entre au capital d’AéroMed Industrie
Le Conseil a enfin adopté un décret autorisant la Société des aéroports du Faso (SAFA) à prendre une participation de 15 % dans le capital social de la Société AéroMed Industrie (AMI) SA.
AéroMed Industrie intervient dans la production d’équipements aéronautiques. Cette participation permettra à la SAFA de devenir actionnaire de l’entreprise.
Le compte rendu ne précise ni le montant financier de cette prise de participation ni les modalités de l’opération. Il ne détaille pas non plus les objectifs industriels ou commerciaux attendus de cette entrée au capital.
Au terme de la séance, les neuf rapports présentés au titre du ministère de l’Économie et des Finances avaient ainsi donné lieu à des décisions portant sur le financement de la protection sociale, la mobilisation foncière, l’assainissement, la gestion des finances publiques et la participation d’une société publique au capital d’une entreprise industrielle.

