De la gauche vers la droite, les Présidents du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
Dr Worondjilè Hien analyse les incursions terroristes qui visent l’Alliance des États du Sahel (AES). L’historien qualifie la stratégie de « tunnel », qui consiste à cibler des points sensibles de chaque pays. Ces agissements selon lui, sont la conséquence du chemin de la souveraineté emprunté par ces Etats. Pour affronter la situation, il appelle à une réponse coordonnée et à davantage de mobilisation populaire. Une approche qui intègre les réalités sociales, historiques et religieuses, permettra de contenir durablement la menace, dit-il.
Propos recueillis par Jean Marc Kambou
Que faut-il comprendre des attaques terroristes qui continuent à cibler les pays de l’AES?
Il y a beaucoup de choses à dire de ces attaques qui ciblent les symboles et les centres du pouvoir des États de l’Alliance des Etats du Sahel (AES). Mais, c’est la stratégie employée par les terroristes qui inquiète.
Ils utilisent la stratégie que j’ai nommée la stratégie de tunnel qui consiste non pas à lancer de grandes offensives militaires coordonnées sur l’ensembles des trois États, mais à assaillir brutalement un État en s’attaquant à ses centres névralgiques du pouvoir.
Ils espèrent faire tomber le pays attaqué qu’ils occuperont ensuite comme une base pour faire disparaître l’AES politiquement et territorialement.
C’est dans cette logique qu’il faut comprendre les grandes tentatives entreprises à tour de rôle dans les trois États, notamment la situation actuelle au Mali.
Les différentes batailles en cours illustrent parfaitement la volonté des terroristes de faire de la chute de l’État malien, le tunnel vers le Burkina Faso et le Niger.
Quel intérêt à attaquer des pays qui luttent pour leur souveraineté?
Les Africains doivent savoir qu’en matière de relations internationales, il y a des amitiés qu’on ne perd pas et on acceptera jamais de les perdre.
Donc, quand un des amis perçoit qu’il ne gagne rien en réalité de ce type de relation, et veut rompre, qu’il soit prêt à mener un combat singulier.
Ce qui se passe présentement dans les pays de l’AES, est une conséquence logique de leur détermination à construire de nouveaux axes de coopération.
Par ailleurs, je reste convaincu que le premier persécuteur de l’AES n’est pas le colon. Le colon (s’il est celui qui est derrière ces calamité parce je n’en ai pas les preuves), lui, il est un parasite qui ne peut agir tout seul actuellement. Il passe par la division entre hommes politiques et militaires africains désireux du pouvoir politique.
Comment l’AES doit-elle s’organiser pour faire face à cette situation ?
Si je peux être écouté, nos dirigeants ont dispersé leurs forces dans tous les secteurs de la vie publique. Certes, ils ont besoin de ressources et de recettes pour financer la guerre.
Alors qu’un accent soit mis sur les secteurs clés de l’économie et le reste de l’énergie concentré sur les opérations de sécurisation des territoires.
Un autre aspect crucial est celui de redéfinir la communication interne pour une plus large mobilisation des peuples de l’AES. Des analyses attestent que nos dirigeants ont le soutien populaire et lors de certaines marches et manifestations publiques, les énormes mobilisations confirment l’affirmation.
Cependant, la majorité des mobilisés est à l’écart des sphères du pouvoir politique et de l’administration effective des politiques publiques. Cette masse est assez forte pour accompagner la politique qu’elle approuve mais elle demeure très faible pour faire barrière à une ingérence extérieure sophistiquée ou un complot élaboré de l’intérieur.
Présentement, la couche minoritaire connaisseuse de l’administration, et disposant de capacités par voie de collaboration avec la plus haute autorité pour faire obstacle ou rendre difficile une ingérence est dans l’attentisme total. Je plaide pour une communication pour la mobiliser ; cela rendra la base populaire solide et utile à la guerre en cours.
Enfin, une réorganisation de la stratégie militaire en général serait un atout indispensable pour l’instauration d’une paix durable. J’ajoute que les stratégies militaires devront inclure l’histoire sociale et religieuse des régions en péril dites « zones rouges » pour développer une communication militaire appropriée avec les populations locales.
Les forces étrangères qui manipulent certains de nos concitoyens utilisent ces questions pour les convaincre qu’ils sont un grand peuple avec une grande histoire mais aujourd’hui humilié et opprimé : ils ont alors le droit de réclamer justice.
Que nos hiérarchies militaires et dirigeants politiques les convainquent aussi qu’ils sont un grand peuple dont ont besoin nos États pour le bonheur de tous. Mais faut-il prendre en compte le sujet et chercher à en avoir des connaissances.

