Alin-noumonsan Kambou, Directeur Général du cabinet Bel Emploi et promoteur des Natural Aptitude and Promotion Skills (NAPS).
Alin-noumonsan Kambou, est le Directeur Général du cabinet Bel Emploi et le promoteur des Natural Aptitude and Promotion Skills (NAPS) ou Olympiades de métiers et de compétences en français. Il nous entretient sur les NAPS. Ce programme ambitieux qui va au-delà de la compétition, pour allier formation, immersion professionnelle et accompagnement des lauréats afin de valoriser les métiers techniques et artisanaux et favoriser l’insertion socioprofessionnelle des jeunes au Burkina Faso.
Par Siébou Kansié et Jean Marc Kalbou
Refletinfo.net: D’où vous est venue l’idée d’organiser les NAPS ?
Alin-noumonsan Kambou (A.N.K) : L’idée de lancer NAPS est venue depuis la création de Bel Emploi en 2018. On est parti d’un constat que, nous avons des milliers de jeunes qui finissent leur formation, qui ont des compétences et qui peinent à trouver un emploi.
Dans le même temps, vous avez des entreprises qui recherchent les mêmes profils, les mêmes compétences, mais qui n’arrivent pas à trouver. On s’est dit, pourquoi ne pas mettre en place un programme qui allait permettre de connecter ces jeunes talents aux entreprises.
Chemin faisant, nous avons fait évoluer le programme que nous avons appelé le programme d’appui à l’insertion socio-professionnelle des jeunes PAP.
En 2019, on a voulu élargir le programme à tous les métiers, notamment les métiers manuels. Et c’est ainsi, qu’est née l’idée d’organiser un cadre qui allait permettre aux jeunes de s’exprimer.
Un cadre qui allait permettre aux experts, aux centres de formation, aux spécialistes d’aider les jeunes à connaître davantage les métiers, mais surtout à s’orienter.
Ce sera aussi le cadre qui allait permettre à la jeunesse de pouvoir montrer de quoi elle est capable, mais surtout, de pouvoir se chalenger avec d’autres personnes et ainsi aller à la recherche d’une opportunité d’emploi. C’est comme cela qu’est née l’idée des NAPS.
Refletinfo.net: Qu’est-ce qui distingue les NAPS des autres initiatives de formation et d’insertion des jeunes ?
A.N.K: Les Olympiades de métiers et de compétences (NAPS) ne sont pas simplement une compétition comme pourraient le penser certaines personnes en se fiant à l’appellation. Cela va au-delà.
Le programme NAPS se structure en trois étapes. Vous avez déjà la partie formation qui, à travers les différentes immersions et les différents renforcements des capacités qu’on donne aux jeunes, avec l’accompagnement des experts et des spécialistes, qui permet à cette jeunesse, de renforcer ses compétences. C’est la première étape.
Vous avez des formations sur les compétences transversales, qui peuvent porter sur l’hygiène, santé la sécurité, puisque ce sont des métiers. La gestion des ressources humaines, l’entreprenariat, l’intelligence financière et bien d’autres thématiques que nous développons, pour permettre à la jeunesse déjà qualifiée techniquement, d’être réseautés, avec des profils qui peuvent leur permettre d’aller chercher une opportunité d’emploi.
Vous avez la partie immersion qui permet à ces jeunes, que nous recrutons pour la compétition, d’aller vers d’autres spécialistes qui sont différents de leurs encadreurs de départ et qui, à travers ces encadreurs, ces nouveaux spécialistes, apprennent d’autres façons de faire, apprennent d’autres compétences qu’ils n’ont pas eu l’opportunité d’apprendre avec leur encadreur initial. C’est la première phase qui concerne la formation.
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Vous avez la partie compétition. Nombreux sont des jeunes qui finissent, qui sortent, qui ont des compétences mais qui n’ont pas l’opportunité de montrer de quoi ils sont capables.
Donc, on donne l’opportunité à ces jeunes de se prouver, de montrer de quoi ils sont capables et, en même temps, pendant la compétition, on donne l’opportunité aux entreprises qui ont besoin de ces profils, d’être présentes pendant la compétition et d’identifier les compétences ou les talents qu’elles souhaiteraient recruter.
Donc, pendant la compétition, nous créons ce cadre pour mettre en contact la compétence ou les compétences que les jeunes ont, et les opportunités ou les offres d’emploi données par les entreprises. C’est la deuxième étape.
La troisième étape concerne l’accompagnement. Pourquoi un accompagnement? Parce qu’ils ont reçu des formations, ils ont fait l’immersion, ils ont renforcé leurs compétences, ils ont trouvé une tribune pour s’exprimer, pour montrer de quoi ils sont capables. On ne pourra pas les laisser simplement à cette étape. Voilà pourquoi, on leur propose un accompagnement de trois à quatre mois.
L’accompagnement concerne les lauréats aux Olympiades de métiers et c’est trois lauréats par métier. Si je prends le cas de l’année dernière, la première édition, on avait 38 lauréats aux 13 métiers. Ce sont ces lauréats qui sont accompagnés sur trois mois.
L’accompagnement sur trois mois concerne tout le monde, tous les lauréats, en fonction de la position qu’ils occupent dans le domaine de l’insertion.
Vous avez la première catégorie d’apprenants. Elle concerne ceux-là qui viennent de finir leurs formations, qui n’ont même pas eu un stage de perfectionnement sur le terrain.
On les accompagne avec un programme dédié pour leur permettre d’avoir leur première expérience de terrain et renforcer leur compétence.
Vous avez ceux-là qui travaillent déjà avec les opérateurs économiques ou les entrepreneurs et qui voudraient être davantage plus dynamiques, plus performants et apporter une grosse plus-value aux entrepreneurs avec qui, ils travaillent. Ceux-là aussi, ils ont un programme spécifique à leur profil.
Ensuite, vous avez ceux qui sont à la porte de sortie , prêts à être employés. Ils étaient employés et ils sont en train de vouloir aller ouvrir leur atelier ou entreprendre. Il y a un programme spécifique à ce profil qui est beaucoup basé sur la maturation des projets et l’installation en tant qu’entrepreneurs.
Maintenant, vous avez ceux-là qui sont déjà entrepreneurs sur le terrain, mais qui ont du mal à faire prospérer leur activité. Il y a un programme spécifique à cette catégorie de lauréats qui concerne généralement comment gérer l’entreprise, les outils de gestion, les outils de prospection, comment gérer la clientèle et autres. Voilà les trois phases qui constituent les Olympiades de métiers.
Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de programmes qui font ces trois phases. Voilà pourquoi je dis que notre programme est assez différent.
Refletinfo.net: En quoi les NAPS constituent-ils une réponse adaptée aux défis actuels de la jeunesse ?
A.N.K: Nous sommes plus que convaincus que les NAPS constituent une réponse adaptée aux défis actuels de la jeunesse.
Pourquoi? Parce que l’année dernière, nous avons eu 151 candidats que nous avons formés aux compétences transversales. Il y a eu 103 qui ont compéti et chacun a bénéficié d’une expérience inédite. Nous avons eu l’occasion de connecter certains de ces apprenants avec des entrepreneurs qui ont accepté les programmes.
Certains pour leur première expérience de terrain, d’autres pour renforcer davantage leurs compétences et d’autres encore pour avoir leur premier emploi ou deuxième ou troisième, quatrième emploi. Il y en a parmi eux, qui se sont lancés tardivement.
Donc, nous sommes convaincus que le programme apporte significativement aux apprenants. Il apporte à la jeunesse parce qu’à travers le NAPS, on fait la promotion des métiers et il apporte aussi aux entrepreneurs qui trouvent à travers le programme que nous avons, les opportunités ou les profils qu’ils recherchent pour les aider à dynamiser davantage leur opération, leur entreprise.
Refletinfo.net: Quels résultats concrets attendez-vous des NAPS 2026 en matière d’insertion professionnelle ?
A.N.K: Nous avons quitté 120 candidats l’année dernière à la première édition à 180 candidats pour l’édition 2026.
Les résultats que nous attendons, c’est déjà pouvoir mobiliser ces 180 candidats, pouvoir leur donner la formation sur les thématiques transversales et pouvoir aussi leur permettre de passer à la phase de compétition.
À l’issue de la phase de compétition, nous allons retenir 54 candidats à raison de trois lauréats par métier dans les 18 métiers qui sont en compétition.
On aura donc, 54 lauréats que nous allons accompagner du mois de septembre à la fin décembre, notamment quatre mois. Ce que nous attendons, c’est déjà finir cette phase qui concerne la formation, la compétition et nous activer pour qu’au niveau de l’accompagnement, nous puissions insérer le maximum possible, comme cela a été le cas l’année dernière.
Refletinfo.net: Qui finance ce programme ambitieux qui mobilise visiblement de grands moyens ?
A.N.K: Le projet est porté par le cabinet Bel Emploi, qui est une structure de développement de compétences et de fourniture de solutions RH [Ressources Humaines].
Et l’un des services de Bel Emploi, c’est développer les compétences, détecter, valoriser les talents et promouvoir l’insertion socioprofessionnelle des jeunes. C’est dans ce cadre que Bel Emploi porte le projet. Ce qui fait que la plupart des financements par rapport à ce projet, viennent de cette structure pour la première édition et notamment pour la deuxième édition aussi.
Nous sommes en partenariat avec Burkina Suudu Bawdè (BSB) depuis la première édition. Cette structure constitue d’ailleurs, l’un des partenaires clés qui accompagnent le processus.
Nous sommes en partenariat aussi avec un certain nombre de structures, notamment l’Association nationale des centres privés de formation qui nous accompagne avec des partenaires techniques, des partenaires financiers, des partenaires métiers. Donc, au-delà de Bel Emploi, de BSB, nous avons des partenaires, des entrepreneurs, des personnes ressources qui voient en ce programme, l’opportunité d’accompagner la jeunesse dans sa formation, dans son insertion.
Donc, on a des partenaires qui accompagnent au-delà de Bel Emploi, au-delà de BSB. Pour certains, c’est un appui financier. Pour d’autres, c’est un appui en ressources humaines avec des experts métiers ou des spécialistes.
Pour d’autres, c’est un accompagnement matériel. D’autres encore, offre un espace, une bourse, un kit. Donc, on a pas mal de partenaires qui se sont annoncés depuis l’année dernière et qui accompagnent le projet.
Cela demande suffisamment de moyens. Mais nous travaillons en fonction de ce qu’on a au sein de l’entreprise et de ce que les partenaires nous donnent.
Refletinfo.net: Parlez-nous des principales difficultés de la première édition ?
A.N.K: La première édition s’apparente à une aventure vers une destination connue, mais dont le chemin pour y parvenir est peut-être inconnu. Il a donc fallu mobiliser des ressources. Et comme il s’agissait d’une première, nous n’avions jamais fait cela auparavant ; vous comprenez que c’est un processus. Nous lançons la première édition, nous corrigeons les erreurs et nous nous améliorons au fil des éditions.
L’année dernière (2025), nous n’avons pas rencontré de difficultés majeures. Quant à la mobilisation des jeunes des régions, c’était une première pour certains.
L’une des difficultés rencontrées, a donc été la prise en charge de ces jeunes qui quittent la région pour venir à Ouagadougou pendant une semaine.
La seconde, a concerné la mobilisation des experts ; car, il s’agit d’une première expérience. De nombreux experts avaient entendu parler des Olympiades, mais n’avaient jamais eu l’occasion d’y participer. Certains étaient réticents. D’autres, séduits par l’idée, se sont impliqués. Pour les partenaires, la situation était identique à celle de l’année précédente.
Dès les premières explications, certains partenaires ont déclaré : « C’est une idée à retenir, une bonne idée. » D’autres ont dit : « Nous attendons que vous réussissiez la première édition avant de nous impliquer. » Et d’autres encore, même cette année, ne sont pas encore pleinement convaincus de notre capacité à pérenniser le programme pendant plusieurs années.
Ce sont les trois principaux défis auxquels nous avons été confrontés l’an dernier. Mais nous avions eu une équipe assez dynamique, comme cette année.Et grâce à Dieu, nous avons pu organiser cette première édition sans trop de difficultés.
Refletinfo.net: La phase régionale de Gaoua marque une décentralisation du programme. Envisagez-vous une généralisation à toutes les régions du pays ?
A.N.K: Le principe des Olympiades tel qu’il se pratique à l’échelle internationale, est d’organiser d’abord les compétitions municipales, provinciales et régionales. Et, ce sont les champions de chaque niveau qui accèdent au plus haut niveau.
Ainsi, cette année, nous avons réalisé un test régional à Gaoua afin d’évaluer les ressources et l’énergie nécessaires à l’organisation d’une compétition régionale.
L’objectif était de réussir cette première édition et de s’étendre à d’autres régions dès l’année prochaine. Nous souhaitons suivre le modèle international.
Si cette année nous avons organisé un événement régional, il est possible que nous en organisions deux ou trois l’année prochaine. Ce sont les champions régionaux qui accéderont au niveau national des NAPS.
Mais, nous ne pouvons pas garantir que l’année prochaine, nous pourrons organiser les NAPS dans les 17 régions même si le cas de Gaoua, est une réussite et me convainc de la nécessité de mener les NAPS au niveau régional.
Car, mener des NAPS à Ouagadougou [capitale du Burkina Faso], c’est bien. Mais l’expérience de Gaoua a montré que nous avons des talents et des compétences dans les régions, qui n’ont pas la possibilité de venir à Ouagadougou.
Et même si c’est possible, le nombre de places est limité. Donc, si on répartit les postes par région, ne serait-ce que pour 10 métiers, on met en concurrence des candidats par région pour 17 métiers, ce qui représente 1 700 personnes à recruter, à raison de 100 personnes par région.
C’est l’idéal. Mais, je ne pense pas que nous puissions permettre à 1 700 personnes de concourir au niveau national à Ouagadougou. C’est difficile. Vous comprenez donc, que nous allons au niveau régional, nous sélectionnons, nous offrons cette opportunité à 1 700 personnes de se challenger.
Et à l’intérieur, nous sélectionnerons 170, puisqu’il y a un candidat par région, pour venir à Ouagadougou pour la compétition. Vous aurez 17 candidats par métier et par région. Donc, multipliez, vous verrez le résultat.
Mais nous reconnaissons que, couvrir les régions permet d’adapter au mieux, le programme aux compétences détectables au niveau régional, au niveau de la production.
Refletinfo.net: La digitalisation des inscriptions est annoncée comme une innovation de la seconde édition. Comment garantissez-vous l’accessibilité de la plateforme à tous les jeunes ?
A.N.K: La plateforme que nous avons mise en place est déjà opérationnelle. Si vous avez le temps de la consulter, vous constaterez que les candidats sont inscrits.
Il ne nous reste que cinq jours pour boucler le projet. Je pense que nous avons presque atteint le nombre de candidats requis, car nous avons une réserve de 20 personnes.
Concernant la difficulté d’accès, je dirais qu’en principe, ce ne sont pas les apprenants eux-mêmes qui s’inscrivent, mais les centres ou les ateliers de formation.
Nous nous sommes dit que même si, dans l’établissement ou le centre de formation, l’apprenant ne pouvait pas accéder à la plateforme, un responsable du centre pourrait toujours y accéder pour l’inscrire. C’est la première option.
Quant à la deuxième option, nous avons mis en place une équipe au niveau du comité d’organisation. Cette équipe se charge de récupérer tous les dossiers et documents des personnes rencontrant des difficultés pour inscrire leurs candidats. Nous procédons ensuite à leur inscription.
Mais je crois que pour l’instant, tout se passe bien. Il y a eu une ou deux personnes qui ont rencontré des difficultés, car elles s’étaient inscrites avec leur adresse e-mail, à laquelle elles n’avaient plus accès. Nous avons donc dû modifier la procédure.
Je peux affirmer que tout fonctionne correctement sur la plateforme. Les apprenants inscrits ont la possibilité de consulter immédiatement leur inscription, qui a été validée.
Et enfin, si vous le souhaitez, le soir du 15 juin, délai des inscriptions, chacun aura la possibilité de consulter la plateforme pour savoir si sa candidature a été retenue.
Je pense qu’il faut innover, car l’année dernière, nous avons reçu des dossiers qu’il a fallu imprime, puis examiner individuellement par le comité. Ce n’était pas simple.
Cette année, nous souhaitons que la plateforme permette une synthèse rapide. En effet, elle nous permet de collecter ces données sur un support que nous pouvons facilement exploiter et partager. Jusqu’à présent, tout se déroule sans problème sur la plateforme.
Refletinfo.net: Comment les NAPS assure-t-il la valorisation des métiers techniques et artisanaux qui souffrent d’un manque de promotion ?
A.N.K: Le fait de mettre un emploi en concurrence, nous permet d’en parler dès le plus jeune âge. Cela permet également à ceux qui occupent déjà le poste de tirer parti de ce cadre et de démontrer leurs compétences et leur savoir-faire. Cette année, nous avons décidé d’associer ces deux phases dès maintenant.
Nous allons mettre en place une troisième phase, qui consiste à créer une plateforme où nous recenserons nos fournisseurs, experts et spécialistes compétents et expérimentés, prêts à partager leurs réussites avec les jeunes.
L’objectif est de leur permettre de parler de métier, de partager leur expérience et de transmettre des messages clés dès leur plus jeune âge. C’est pourquoi nous avons créé la plateforme « Mon Métier, Mon Avenir », un site web sur lequel nous publions du contenu.
Ainsi, tout jeune souhaitant en savoir plus sur un métier pourra y trouver des témoignages de fournisseurs et de spécialistes, des récits de leurs expériences et des difficultés rencontrées pour atteindre leur niveau actuel. Car, trop souvent, face à la réussite, nous oublions ou occultons les obstacles que les personnes ont dû surmonter pour y parvenir.
Cette plateforme devrait être opérationnelle d’ici deux semaines. Nous y présenterons les premiers emplois, ainsi que les perspectives d’avenir qui y sont liées. Elle encouragera les jeunes à comprendre qu’il est possible de débuter sa carrière, d’explorer différentes pistes et de se projeter dans l’avenir.
Demain, ils pourraient travailler dans la marine, l’aéronautique, ou même sur des navettes spatiales, et bien d’autres domaines encore.
Elle illustre parfaitement les évolutions possibles dans les prochaines années. Je pense donc qu’elle permettra de mieux faire connaître le monde du travail et d’offrir davantage de possibilités d’orientation.
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Lire la deuxième partie le 18 juin 2026

