Dr Worondjilè Hien, enseignant-chercheur en Histoire.
Dr Worondjilè Hien, est un historien burkinabè spécialisé en histoire des religions. Assistant au Département d’Histoire et Archéologie de l’Université Yembila Abdoulaye Toguyéni de Fada N’Gourma, apprécie la rupture diplomatique entre son pays et la France.
Propos recueillis par Jean Marc Kambou, collaborateur
Quel commentaire vous inspire la rupture diplomatique entre le Burkina et la France pour atteinte à sa souveraineté?
En tant qu’un citoyen du Burkina Faso j’ai confiance que la décision prise est la bonne. Vous savez les décisions sur les relations internationales relèvent de la pleine souveraineté des États impliqués ou concernés.
Ensuite, les décisions telle que celle prise par nos autorités, résultent le plus souvent, de l’intersection de plusieurs données informationnelles dont la majorité sont très sensibles ou classifiées.
Quand nous analysons les termes employés dans le communiqué (« dérives », « ingérence », « soutien à des réseaux subversifs », « non-respect », etc.) ce sont des termes généraux évoquant les domaines litigieux des relations actuelles entre la France et le Burkina Faso. Le communiqué n’apporte pas des faits illustratifs du propos.
Mais c’est la spécificité de l’écosystème diplomatique ; ce n’est pas une particularité de la diplomatie burkinabè.
Tout de même, plusieurs signaux de tension entre les deux pays depuis l’arrivée de Ibrahim Traoré en septembre 2022, laissaient présager une éventualité de rupture si les relations ne s’amélioraient pas.
La rupture officielle du 26 juin atteste que le gouvernement burkinabè est en possession d’informations qui témoignent d’un rôle nuisible de la France contre la sécurité du pays.
Et la résolution de l’Union Européenne sur la situation au Burkina Faso initiée par un député français, Christophe Gomart, semble être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Les autorités burkinabè sont exaspérées par une France qui ne cesse, par tous les moyens, de chercher à prendre sa revanche de la manière humiliante par laquelle elle a perdu la coopération économique et politique avec le Burkina Faso.
La sortie maladroite de l’UE qui veut considérer le Burkina Faso comme une province de l’Union, est très provocatrice et, dans la logique des relations internationales, devait entrainer une réaction du ministère des affaires étrangères du pays des hommes intègres. Finalement, c’est la rupture qui a été décidé.
La France rejette ces accusations, les qualifiant d’« infondées », et envisage des mesures de réciprocité. Quel impact cela pourrait avoir ?
Oui, la France a qualifié d’« infondées » les accusations du ministère des affaires étrangères burkinabè. C’est le moindre qu’elle puisse faire. Aucun État n’acquiescera jamais de telles accusations.
Toutefois, cela ne veut pas dire que la France n’est pas impliquée dans la déstabilisation du Burkina Faso et des autres membres de l’AES.
Pour mon avis, certes, je n’ai pas les preuves matérielles de ce que j’avance, je fais une analyse des faits ; mais la France est responsable soit directement par des actions de subversion soit indirectement par sa passivité à ne rien faire pour assister les populations sahéliennes débitées par les attaques terroristes et dont beaucoup ne connaissent que la grande puissance de France dans le monde.
La rupture du Burkina Faso aura d’énormes inconvénients sur le plan culturel. Si la France applique les mesures réciproques de rupture les conséquences doubleront.
La coopération universitaire, notamment dans les humanités (sciences humaines et sociales) en souffriraient énormément. Pour la génération présente des chercheurs et des étudiants burkinabè en France, les difficultés de promotion des compétences et des productions livresques de langue française s’augmenteront.
Même sur le plan diplomatique et coopération internationale, des défis attendent le Burkina Faso. Par exemple, toutes les coopérations multinationales auxquelles le Burkina Faso est engagé et impliquant la France les autorités burkinabè devrait initier un ballet diplomatique rustique pour garder le cap.
Et comme les premiers responsables du pays en sont bien imprégnées ils ont dû préparer une porte de sortie de crise.
D’ailleurs, je laisse le privilège aux experts du sujet de faire des analyses constructives pour nos dirigeants.

