Da Sié de Bindouté.
Le refoulement de ressortissants burkinabè et d’autres nationalités présentes sur des sites d’orpaillage en Guinée, suscite de vives réactions. Le socio-anthropologue burkinabè, Da Sié de Bindouté, dénonce la brutalité de l’opération et estime que les autorités guinéennes auraient pu privilégier une solution diplomatique. Il salue la mobilisation des opérateurs économiques burkinabè pour le rapatriement des compatriotes et appelle les chefs traditionnels à sensibiliser les jeunes sur les risques de la migration. Dans cet entretien accordé à Reflet Info, il revient sur l’héritage de Joseph Ki-Zerbo, les relations entre le Burkina Faso et la Guinée, ainsi que les responsabilités des dirigeants africains.
Par Jean Marc Kambou, collaborateur
Reflet info : Comment avez-vous accueilli le refoulement des orpailleurs burkinabè de Guinée et leur rapatriement en cours au Burkina Faso ?
Da Sié de Bindouté : Nous avons suivi cette situation à travers les réseaux sociaux et les médias. La présence d’une importante population d’orpailleurs sur ces sites montre qu’il existe des ressources aurifères susceptibles d’attirer beaucoup de monde.
Je tiens d’abord à saluer la mobilisation de l’État burkinabè et des opérateurs économiques qui ont contribué au retour de nos compatriotes. Cet élan de solidarité mérite d’être reconnu. C’est aussi cela, un pays. Il faut soutenir les initiatives qui permettent de faire face aux difficultés collectives.
Si les opérateurs économiques du secteur du transport n’avaient pas mobilisé leurs moyens, l’État aurait eu du mal à trouver rapidement suffisamment de bus pour organiser le retour des ressortissants. Les véhicules mis à disposition ont donc joué un rôle important dans cette opération.
Cette situation montre que l’État seul, ne peut pas tout faire. Il a besoin d’entreprises solides, capables de contribuer à la gestion des crises. Les sociétés privées peuvent constituer des ressources importantes pour le pays.
Reflet info : Vous insistez sur la contribution des opérateurs économiques. Que révèle cette mobilisation sur les relations entre l’État et le secteur privé ?
Da Sié de Bindouté : Elle révèle surtout que nous devons revoir notre manière de considérer les opérateurs économiques. Dans certains cas, des personnes qui contribuent aujourd’hui à soutenir l’État ont auparavant, fait l’objet de critiques ou d’humiliations.
Je pense notamment à certaines affaires qui ont concerné des entrepreneurs burkinabè. On peut reprocher des choses à une personne, mais il faut savoir distinguer les différends de la contribution qu’elle peut apporter au pays.
Je rappelle le cas d’Adja de Komsilga, qui a fait l’objet de nombreuses critiques. À l’époque, son lieu de travail accueillait beaucoup de personnes. Pourtant, certains Burkinabè se sont acharnés contre elle.
Ce genre de comportement pose un problème de solidarité nationale. Pourquoi éprouver autant de haine envers des personnes qui peuvent apporter quelque chose à la société ?
Il faut aussi soutenir les médias qui contribuent à la visibilité du Burkina Faso. J’ai plusieurs fois évoqué le cas de BF1, qui a obtenu une distinction sur YouTube. Un média qui atteint une telle audience peut contribuer au rayonnement du pays. L’État devrait réfléchir aux moyens de l’accompagner.
Je ne défends pas BF1 parce que j’y interviens. J’ai aussi parlé d’Horizon FM, que je considère comme un patrimoine médiatique à préserver.
Un pays a besoin d’institutions solides, mais également d’entreprises et de personnalités capables de servir de repères. C’est ce qui contribue à renforcer sa position.
L’État doit comprendre qu’il est important de soutenir les opérateurs économiques nationaux. Nous avons besoin d’entreprises capables de répondre rapidement aux urgences.
Cette opération constitue une occasion de réfléchir à notre rapport aux personnes qui contribuent au développement du pays.
Je remercie encore les opérateurs économiques qui ont participé au retour des Burkinabè. Leur mobilisation a permis de répondre à une situation difficile.
Reflet info : L’exploitation artisanale de l’or attire des ressortissants de plusieurs pays en Guinée. Comment expliquez-vous cette présence massive ?
Da Sié de Bindouté : L’orpaillage en Afrique ne date pas d’aujourd’hui. Depuis les anciens empires du Ghana et du Mali, les régions aurifères attirent des populations venues de différents horizons.
L’or de Bouré et celui de Bambouk ont notamment contribué à cette attractivité. Des personnes venues d’Afrique, d’Orient et d’Occident se sont intéressées à ces zones.
La ruée vers l’or observée en Californie au XIXe siècle montre également que la découverte d’un gisement peut entraîner des déplacements importants de population.
Aujourd’hui, l’exploitation artisanale de l’or existe dans plusieurs pays africains. C’est le cas du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Liberia et de la Guinée.
Dans le Sud-Ouest burkinabè, notamment dans la région du Djôrô, l’orpaillage constitue une activité importante. Cette exploitation attire des populations et entraîne des conséquences sociales et environnementales.
La situation observée en Guinée semble avoir provoqué une ruée particulièrement importante. Les images diffusées montrent des zones où l’or paraît accessible à la surface du sol. Cela peut expliquer l’afflux de personnes.
Reflet info : Quelles raisons pourraient expliquer la décision des autorités guinéennes de mettre fin à cette activité ?
Da Sié de Bindouté : Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, mais il faut rester prudent. Nous ne connaissons pas avec certitude les motivations des autorités guinéennes.
La première hypothèse concerne la sécurité. Une présence massive de ressortissants étrangers peut susciter des inquiétudes chez les autorités, notamment lorsque les déplacements de population deviennent difficiles à contrôler. Le pouvoir guinéen a peut-être considéré cette concentration comme un risque sécuritaire.
La deuxième hypothèse concerne l’environnement. L’exploitation artisanale de l’or entraîne souvent la destruction du couvert végétal et la dégradation des sols. Les activités minières, qu’elles soient artisanales ou industrielles, ont des conséquences sur les espaces exploités.
La troisième hypothèse concerne les problèmes sociaux susceptibles d’accompagner l’orpaillage. Il peut s’agir du banditisme, de la consommation de drogues, de la délinquance ou de la prostitution.
Ce sont des pistes d’analyse. Il faudrait disposer d’informations précises pour savoir lesquelles ont réellement motivé la décision guinéenne.
Reflet info : Même en présence de ces préoccupations, la méthode employée vous paraît-elle justifiée ?
Da Sié de Bindouté : Non. Même si les autorités guinéennes avaient des raisons légitimes de mettre fin à l’exploitation de ces sites, elles auraient dû organiser leur fermeture.
Un État doit agir de manière responsable. Il peut prendre des décisions concernant son territoire, mais il doit aussi veiller à leur mise en œuvre.
Il aurait fallu fixer un délai, informer les personnes concernées et organiser leur départ. Les forces de sécurité auraient pu encadrer l’opération sans provoquer une situation de panique.
La Guinée pouvait également contacter les pays concernés afin de coordonner le rapatriement de leurs ressortissants. Chaque État aurait pu contribuer à l’organisation du retour de ses citoyens.
Lorsqu’on regarde les images diffusées, on a l’impression que l’opération a été menée de manière brusque et brutale. Des personnes auraient été blessées par balle. Il faut établir précisément les circonstances de ces blessures et le bilan humain.
Je ne dispose pas d’un bilan vérifié permettant d’affirmer qu’il y a eu des morts. Il faut donc éviter de présenter cette hypothèse comme un fait établi. Mais, même sans connaître le bilan définitif, la méthode employée mérite d’être critiquée.
Reflet info : Vous qualifiez cette opération de cruelle. Pourquoi ?
Da Sié de Bindouté : Le mot « sévère » ne me paraît pas suffisant. Ce qui s’est passé me semble cruel, inhumain et irresponsable.
La Guinée est un pays dont l’histoire diplomatique est importante. Sous Sékou Touré, elle a accueilli des personnalités et des mouvements de libération venus de différents pays africains.
La Guinée a longtemps occupé une place particulière dans les relations entre les États africains. C’est pourquoi je trouve regrettable qu’elle ait aujourd’hui recours à une telle méthode pour éloigner des ressortissants africains de son territoire.
Les personnes concernées étaient venues chercher de l’or. Elles n’étaient pas, à ma connaissance, engagées dans une attaque contre l’État guinéen.
Les images montrent des personnes contraintes de quitter les sites dans des conditions difficiles. Certaines ont abandonné leurs bagages et leurs biens.
Pour moi, cette opération a porté atteinte à la dignité des personnes concernées, mais aussi à l’image de la Guinée.
« Ce n’est pas seulement les autres qui ont été humiliés. C’est la Guinée elle-même qui s’est auto-humiliée. »
Tous les pays africains connaissent des difficultés liées à l’exploitation artisanale des minerais. Ces problèmes doivent être réglés avec responsabilité et dans le respect des personnes.
Reflet info : La Guinée aurait-elle pu résoudre cette crise par la voie diplomatique ?
Da Sié de Bindouté : Absolument. La Guinée pouvait contacter les pays dont les ressortissants étaient présents sur les sites.
Le président Mamadi Doumbouya aurait pu appeler ses homologues du Burkina Faso, du Mali, de la Côte d’Ivoire et des autres pays concernés. Il aurait pu leur exposer la situation et leur demander de contribuer à une solution.
Chaque pays aurait alors pu mobiliser ses moyens. Des représentants auraient pu se rendre sur le terrain pour coordonner les opérations.
Il aurait également été possible de publier des communiqués pour informer les ressortissants de la date limite de départ et des modalités de leur retour.
Cette méthode aurait été plus respectueuse et plus fraternelle. Elle aurait permis d’éviter les scènes de panique et les difficultés rencontrées par les personnes expulsées.
Je ne pense pas que le président Ibrahim Traoré aurait refusé de discuter avec son homologue guinéen. Au contraire, une telle démarche aurait permis de rechercher une solution commune.
« Frère, voici le problème auquel je suis confronté. J’ai besoin de ton aide. » C’est le type de dialogue qui aurait pu être engagé entre les deux dirigeants.
Reflet info : Quelles conséquences cette opération pourrait-elle avoir sur les relations entre le Burkina Faso et la Guinée ?
Da Sié de Bindouté : Une situation de cette nature peut créer des tensions entre les populations et fragiliser les relations entre les pays.
Il faut éviter que les Burkinabè s’en prennent aux ressortissants guinéens vivant au Burkina Faso. Ces personnes ne sont pas responsables des décisions prises par leur gouvernement.
La réaction du chef de canton de Gaoua, Sa Majesté Bifate II, me paraît donc importante. Il a appelé à la solidarité envers les compatriotes refoulés et demandé que la communauté guinéenne ne soit pas inquiétée.
Cette démarche est responsable. Elle permet de préserver la cohésion sociale et d’éviter des actes de représailles.
Les différends entre États doivent être réglés par les autorités compétentes. Les populations ne doivent pas en subir les conséquences.
Reflet info : Le chef de canton de Gaoua possède une expérience de l’orpaillage. Quel rôle les autorités traditionnelles peuvent-elles jouer dans cette crise ?
Da Sié de Bindouté : Je salue la réaction de Sa Majesté Bifate II. Il connaît les réalités de l’orpaillage dans le Sud-Ouest et les difficultés que cette activité peut provoquer.
La région du Djôrô est particulièrement concernée par l’exploitation artisanale de l’or. Les autorités traditionnelles ont souvent été amenées à gérer les problèmes liés à la présence de populations sur les sites.
Cette expérience doit être mise à profit. Lorsqu’un pays rencontre une difficulté, il doit consulter les personnes qui connaissent le terrain.
Les chefs traditionnels ont une responsabilité importante dans la sensibilisation des populations. Ils peuvent expliquer les risques liés à certaines activités et prévenir les comportements susceptibles de provoquer des tensions. Il faut saluer leur engagement dans l’accueil et le soutien moral des compatriotes en difficulté.
Reflet info : Vous estimez que la gestion des problèmes nationaux ne doit pas reposer uniquement sur le président du Faso. Que voulez-vous dire ?
Da Sié de Bindouté : Chaque responsable doit contribuer à la résolution des problèmes du pays, selon ses moyens et son niveau de responsabilité.
On ne peut pas attendre du président du Faso qu’il intervienne dans toutes les situations. Les chefs traditionnels, les responsables administratifs, les élus, les acteurs économiques et les citoyens ont chacun, un rôle à jouer.
Un chef traditionnel qui détient une parcelle de pouvoir doit l’utiliser pour contribuer à la paix et au développement de sa communauté.
C’est pourquoi j’insiste sur la sensibilisation à la base. Les jeunes viennent de familles et de localités. Les autorités traditionnelles peuvent agir auprès d’eux avant qu’ils ne prennent des décisions difficiles.
Reflet info : Certains Burkinabè évoquent l’engagement de Joseph Ki-Zerbo en faveur de la Guinée après son indépendance. Comprenez-vous leur indignation ?
Da Sié de Bindouté : Oui, leur indignation est compréhensible. Joseph Ki-Zerbo a apporté un soutien important à la Guinée au lendemain de son indépendance.
Lorsque la Guinée a rejeté le projet de communauté proposé par la France en 1958, elle s’est retrouvée dans une situation particulièrement difficile. La France a retiré une partie de ses moyens et de ses personnels.
Dans ce contexte, des intellectuels africains ont apporté leur soutien à Sékou Touré. Joseph Ki-Zerbo faisait partie de ceux qui ont défendu la solidarité africaine.
Il faut rappeler que cet engagement dépassait les intérêts d’un seul pays. Il s’inscrivait dans une volonté de défendre la dignité et l’émancipation des peuples africains.
Aujourd’hui, voir des ressortissants burkinabè expulsés de Guinée dans des conditions difficiles peut provoquer un sentiment d’injustice chez ceux qui connaissent cette histoire.
L’histoire semble parfois se répéter. Comme le disait l’historien camerounais Tchankam, selon une formule que je retiens, elle a ceci de particulier qu’elle bégaie.
Reflet info : Quel regard portez-vous sur la place de Joseph Ki-Zerbo dans la mémoire historique de la Guinée ?
Da Sié de Bindouté : Joseph Ki-Zerbo devrait être considéré comme une personnalité importante de l’histoire de la Guinée et de l’Afrique.
Les États doivent préserver la mémoire des personnes qui ont contribué à leur fondation ou à leur émancipation. Ces personnalités constituent des repères pour les générations suivantes.
Je pense que la Guinée aurait dû reconnaître davantage l’engagement de Joseph Ki-Zerbo. Sa famille et ses descendants auraient pu bénéficier d’une attention particulière de la part des autorités guinéennes. Ce n’est pas une question de privilège. Il s’agit de reconnaître un engagement historique.
Les États-Unis, par exemple, entretiennent la mémoire de George Washington et d’Abraham Lincoln. Ces personnalités occupent une place importante dans le récit national.
En Afrique, nous avons parfois du mal à préserver cette mémoire. Pourtant, nos sociétés traditionnelles accordaient une place importante aux ancêtres et aux personnes qui ont marqué leur histoire.
Joseph Ki-Zerbo fait partie de ces personnalités qui méritent d’être reconnues au Burkina Faso, en Guinée et dans toute l’Afrique.
Reflet info : Vous estimez que les autorités guinéennes actuelles ne sont pas fidèles à cet héritage panafricaniste. Pourquoi ?
Da Sié de Bindouté : C’est mon appréciation. Je considère que le comportement du président Mamadi Doumbouya ne correspond pas à l’histoire de la Guinée ni à l’héritage de Sékou Touré.
« Doumbouya est Guinéen de peau, mais Français de mentalité, de comportement et de vision. »
Je veux dire par là que je trouve sa manière de gouverner contraire aux valeurs de solidarité africaine que la Guinée a défendues dans le passé.
Je considère que certains dirigeants africains restent fortement influencés par les intérêts et les méthodes des anciennes puissances coloniales.
Mais il faut aussi rappeler que la Guinée a une histoire complexe. Sékou Touré a dirigé le pays pendant plusieurs décennies et son bilan fait l’objet de débats. Il est important de distinguer les faits historiques, les interprétations et les opinions politiques.
Reflet info : Vous défendez l’héritage de Sékou Touré. Comment répondez-vous aux critiques concernant son régime ?
Da Sié de Bindouté : Je considère qu’il faut replacer Sékou Touré dans son contexte historique. La Guinée a choisi de rejeter le projet français de 1958. Cette décision a entraîné des conséquences importantes dans les relations entre les deux pays.
Je pense que certains discours actuels cherchent à réduire Sékou Touré à la seule question de la répression politique. Son rôle dans l’indépendance de la Guinée et dans l’émancipation africaine mérite également d’être étudié.
Cela ne signifie pas qu’il faut ignorer les violences et les souffrances qui ont marqué son régime. L’histoire doit être abordée dans toute sa complexité.
Il faut enseigner aux jeunes générations les différentes dimensions de cette histoire. Elles doivent pouvoir comprendre les décisions politiques, les rapports de force et les conséquences de l’indépendance.
La mémoire historique ne doit pas être construite uniquement à partir des intérêts politiques du moment.
Reflet info : Vous évoquez également le rôle de plusieurs intellectuels burkinabè dans la lutte contre la domination coloniale. Pourquoi est-il important de les rappeler ?
Da Sié de Bindouté :Le Burkina Faso a connu des personnalités qui ont contesté les rapports de domination de leur époque.
Je pense notamment à Dim Delobson Ouédraogo, à Daniel Ouezzin Coulibaly et à Nazi Boni. Ces figures ont contribué aux débats politiques et intellectuels de leur temps.
Dim Delobson a alerté certaines autorités traditionnelles sur les relations avec la France. Il invitait les chefs à ne pas considérer les intérêts coloniaux comme compatibles avec ceux de leurs communautés.
Ces personnalités ont contribué à la construction d’une conscience politique. Il faut les faire connaître aux jeunes générations.
Le Burkina Faso a aussi joué un rôle dans les luttes d’émancipation africaines. Joseph Ki-Zerbo en est un exemple important.
Nous devons mieux connaître cette histoire. Elle permet de comprendre les relations entre les peuples africains et les anciennes puissances coloniales.
Reflet info : Au-delà de la Guinée, quelles leçons le Burkina Faso doit-il tirer de cette crise migratoire ?
Da Sié de Bindouté : Cette situation doit nous interpeller sur les conditions de départ de nos jeunes. Comment autant de jeunes Burkinabè ont-ils pu quitter le pays pour se retrouver sur des sites d’orpaillage en Guinée ? Quelles informations l’État possède-t-il sur leurs déplacements et sur les risques auxquels ils sont exposés ?
Le Burkina Faso doit mieux connaître les réalités de sa population à l’étranger. Il faut identifier les zones où se trouvent les ressortissants et comprendre les difficultés qu’ils rencontrent.
L’orpaillage existe au Burkina Faso. Il faut donc se demander pourquoi des jeunes traversent plusieurs pays pour chercher de l’or ailleurs.
Cette situation montre que les autorités doivent renforcer les dispositifs de suivi et de sensibilisation. Les départs ne doivent pas se faire sans information sur les risques.
Nous devons également réfléchir aux conditions économiques qui poussent les jeunes à partir. Il faut créer des possibilités d’activité dans le pays. Et c’est ce que le Président Traoré est en train de faire.
Reflet info : Vous appelez les rois et les chefs traditionnels à sensibiliser les jeunes !
Da Sié de Bindouté : Je profite de votre tribune pour demander aux rois et aux chefs traditionnels de sensibiliser les populations dans leurs localités respectives.
Les jeunes doivent comprendre les dangers de certaines migrations. Ils doivent aussi être encouragés à participer au développement de leur pays.
Il ne faut pas que le Burkina Faso continue à être associé à des départs massifs de ressortissants vers des pays où ils peuvent être exposés à des humiliations ou à des violences.
Les chefs traditionnels connaissent les familles et les communautés. Ils peuvent donc agir directement auprès des jeunes.
Ils doivent également contribuer à lutter contre les divisions ethniques. Le Burkina Faso ne peut pas se construire sur des rivalités communautaires.
Reflet info : Vous évoquez les responsabilités des dirigeants qui se sont succédé au Burkina Faso. Que reprochez-vous aux anciennes autorités ?
Da Sié de Bindouté : Je considère que les dirigeants qui ont exercé le pouvoir pendant de longues années doivent assumer leur part de responsabilité dans les difficultés actuelles.
Blaise Compaoré a dirigé le Burkina Faso pendant 27 ans. À mon avis, cette période n’a pas permis de résoudre les problèmes structurels qui continuent de pousser les jeunes à partir.
Les dirigeants qui lui ont succédé n’ont pas non plus réussi à apporter toutes les réponses nécessaires.
Aujourd’hui, le président Ibrahim Traoré veut redresser le pays. Je considère qu’il faut soutenir les initiatives qui contribuent à la construction nationale, tout en restant attentif aux résultats et aux responsabilités des institutions.
Le pouvoir doit être exercé pour servir le pays. C’est le message que je souhaite adresser aux responsables politiques.

