Toguè Noël Kam, désormais administrateur civil.
Le stagiaire en administration du territoire, Toguè Noël Kam, a obtenu la note de 17,75/20 à la soutenance de son mémoire de fin de formation. La présentation orale de son travail est intervenue le mardi 1er septembre 2026 à Ouagadougou, à l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM). Sa recherche a porté sur le thème : « Apport de l’auto-évaluation dans la mesure des performances des collectivités territoriales de la région du Nando partenaires de la Coopération suisse ».
Par Mahamadi Sawadogo, collaborateur
Le jury a jugé le mémoire recevable et a salué la qualité scientifique, pratique ainsi que la restitution des travaux présentés.
L’impétrant valide à cet effet, son parcours de cycle A de l’ENAM, dans la filière Administration du territoire, option Administrateur civil.
Le jury a insisté sur l’utilité scientifique et sociale de la recherche de Toguè Noël Kam, qui s’est intéressé à la contribution de l’auto-évaluation dans l’amélioration de la gouvernance et de la performance des collectivités territoriales.
Son travail a mis en évidence, le rôle déterminant de l’appropriation institutionnelle de l’auto-évaluation par les acteurs locaux.

Les résultats de sa recherche révèlent que l’auto-évaluation ne produit pas automatiquement les mêmes effets dans toutes les collectivités.
Son efficacité varie en fonction de la manière dont le dispositif est compris, adopté et utilisé par les responsables administratifs et politiques locaux.
L’étudiant a travaillé sous la direction de Adama Batoro, administrateur civil et directeur de la gouvernance locale au ministère en charge de l’Administration territoriale et de la mobilité. Pour son directeur du mémoire, l’étude apporte un éclairage particulier sur l’analyse de la performance des collectivités territoriales.
« Ce mémoire déplace le regard habituellement porté sur la performance des collectivités territoriales », a-t-il souligné.
Car, de nombreux travaux dit-il, se limitent généralement à mesurer les résultats obtenus. Mais M. Kam a, quant à lui, cherché à comprendre pourquoi, avec un même outil d’évaluation, certaines communes enregistrent des progrès alors que d’autres stagnent.
Et, sa conclusion est sans ambiguïté, a expliqué Adama Batoro. « C’est le degré d’appropriation institutionnelle du dispositif d’auto-évaluation par les acteurs locaux qui fait la différence, bien plus que les seules contraintes financières ».
Une étude à double contribution
Pour le directeur du mémoire, la contribution de l’étude est double. Sur le plan scientifique, elle articule plusieurs approches théoriques, notamment les théories de l’Agence, de la mesure des performances et de l’apprentissage organisationnel.
Cette démarche permet de montrer que la performance publique locale ne doit pas être considérée comme un simple résultat à mesurer.
« La performance publique locale est avant tout affaire de processus internes, et non un simple résultat à constater », a-t-il indiqué.
Sur le plan pratique, le travail dépasse le simple diagnostic. Il propose un modèle de rapport de plan d’amélioration directement utilisable par les collectivités territoriales.
« C’est en cela que ce mémoire constitue une contribution utile, aussi bien pour la recherche que pour l’action administrative locale », a conclu l’expert en gouvernance locale.
Le choix du sujet repose sur deux constats effectués par l’impétrant. D’une part, le processus de décentralisation confère aux collectivités territoriales burkinabè, des responsabilités croissantes dans la fourniture des services publics locaux. Cependant, les mécanismes de pilotage et d’évaluation de leur performance ne suivent pas toujours cette évolution.

D’autre part, l’auto-évaluation demeure un outil relativement récent et encore peu documenté scientifiquement dans le contexte burkinabè. Pourtant, elle pourrait contribuer à renforcer la gouvernance locale et à améliorer les performances administratives.
Cela a permis à Toguè Noël Kam de déceler un déficit de connaissances sur l’appropriation réelle de cet outil par les acteurs locaux.
Aussi, les études empiriques consacrées à ses effets concrets sur la performance des collectivités territoriales restent-elles limitées.
Pour combler ce manque, le stagiaire en administration civile s’est appuyé sur plusieurs cadres d’analyse à savoir, la théorie de l’agence, les approches relatives à la mesure de la performance publique et les principes de l’apprentissage organisationnel.

Le choix de la région du Nando comme terrain d’étude n’est pas fortuit. Selon l’impétrant, cette région constitue un cadre pertinent en raison de l’accompagnement dont certaines collectivités territoriales bénéficient de la part de la Coopération suisse.
Cet appui s’inscrit dans le cadre du Programme de décentralisation et de participation citoyenne, dénommé DEPAC.
L’auto-évaluation y a été introduite et mise en pratique. Ce qui a offert des conditions favorables à une analyse empirique du dispositif.
Le candidat disposait également, d’une expérience pratique dans le domaine. Il a assuré en effet, les fonctions de rapporteur de la cellule interne d’auto-évaluation de la commune de Kordié.
Cette implication lui a permis de développer une connaissance directe du dispositif et de faciliter son accès au terrain.
L’échantillon de l’étude a concerné quatre des six collectivités territoriales que compte la région du Nando. Il s’agit du Conseil régional du Nando ainsi que les communes de Koudougou, Poa et Kordié.
Pour collecter les données, 34 personnes ont répondu aux questionnaires administrés dans le cadre de la recherche. Quatorze autres ont participé à des entretiens semi-directifs.
Les personnes interrogées comprenaient des élus locaux dont un ancien maire de Kordié, des secrétaires généraux de collectivités territoriales, des responsables de la CADEPAC, les Présidents des Délégations Spéciales ainsi que des responsables des structures du ministère de tutelle.
Des acteurs de la Direction générale des études et des statistiques sectorielles, de Direction générale de la décentralisation et du développement local et de l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales, ont été consultés.
L’auto-évaluation, un outil flexible qui n’est ni automatique ni uniforme
Les résultats montrent que l’apport de l’auto-évaluation à la performance locale n’est ni automatique ni uniforme. Il dépend largement du niveau d’appropriation institutionnelle du dispositif.
Lorsque le processus est bien compris et correctement mis en œuvre, l’auto-évaluation permet d’établir un diagnostic plus précis des forces et des faiblesses de la gestion locale. Elle favorise la transparence et la redevabilité des acteurs.
L’outil contribue aussi à l’apprentissage organisationnel. Il peut conduire les collectivités territoriales à réviser leurs pratiques et à apporter des ajustements à leur planification stratégique.
L’étude évoque également, l’importance de l’inclusivité et de la régularité du processus. Lorsque les différents acteurs sont associés et que l’exercice est réalisé de façon continue, les effets positifs de l’auto-évaluation sont davantage perceptibles.
L’auto-évaluation seule ne garantit pas la performance
Le natif de la commune de Dolo dans la Bougouriba, région du Djôrô, a émis des réserves sur le dispositif qui présente certaines limites.
Ainsi, la fiabilité des scores obtenus lors des exercices d’auto-évaluation peut parfois être questionnée. Des contraintes structurelles pèsent tout de même, sur l’efficacité du processus.
La dépendance financière des collectivités territoriales constitue l’une de ces difficultés. La faiblesse du leadership administratif peut aussi limiter la transformation des résultats de l’évaluation en actions concrètes.
Toguè Noël Kam conclut alors que, l’auto-évaluation ne constitue pas, à elle seule, une garantie d’amélioration de la performance des collectivités territoriales.

Son efficacité dépend plutôt de son institutionnalisation et de son appropriation par les acteurs locaux. Elle doit être intégrée aux mécanismes de planification, de prise de décision et d’amélioration continue.
D’où la suggestion de l’impétrant pour une utilisation de l’auto-évaluation comme un véritable outil de pilotage de l’action publique locale.
Car foi de ses résultats, cette démarche pourrait contribuer à renforcer durablement la gouvernance et la performance des collectivités territoriales burkinabè.

