Simone Soubeiga, lauréate 2004.
Au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), Hawoua Alou, Simone Soubeiga et Binta Sawadogo poursuivent leurs activités malgré les difficultés de financement et les contraintes sécuritaires. Lauréates de différentes éditions, ces femmes misent sur la création, la transformation des produits locaux et la débrouillardise pour maintenir leur savoir-faire et trouver des débouchés.
Depuis la première édition officielle du SIAO en 1988, plusieurs femmes ont décroché des distinctions. Certaines ont cessé leurs activités.
D’autres continuent de participer au salon, de présenter leurs produits et de conquérir de nouveaux clients.
Les données disponibles ne permettent cependant pas, de dresser un bilan statistique complet de ces lauréates.
Dans les pavillons Thomas Sankara, Kilimandjaro et Soleil levant, les stands témoignent de cette volonté de poursuivre le travail malgré les difficultés.
Au stand de l’Association Art Djelgodji-Soum, Hawoua Alou expose des objets inspirés du Pulaaku, la tradition et la culture peules.
Pagnes, vêtements traditionnels, bijoux, calebasses et lit traditionnel composent sa collection. La présidente de l’association a remporté le premier prix national en 2016, puis le deuxième prix en 2018, avec des distinctions spéciales.

L’édition 2024 lui avait permis de réaliser d’importantes recettes et de nouer de nombreux contacts. Cette année, en ce premier jour du salon, les visiteurs se font attendre. « On espère. Inchallah ! », lance-t-elle.
Originaire de Djibo, Hawoua Alou subit les conséquences de la crise sécuritaire. Les déplacements vers les foires et festivals nationaux et internationaux deviennent difficiles.
Elle bénéficie parfois de financements compris entre 200 000 et 500 000 FCFA. Pour élargir sa clientèle, elle développe aussi les ventes sur les réseaux sociaux. Le design constitue son principal axe d’innovation.
À quelques stands de là, Simone Soubeiga défend une autre forme de création, tournée vers la nutrition.
Depuis 1982, cette transformatrice agroalimentaire produit de la farine Misola à partir de petit mil, de soja et d’arachide.

En 2004, elle a remporté le premier prix national avec cette farine destinée à lutter contre la malnutrition infantile.
Son expérience lui a permis de former des participants du Mali, du Niger, du Bénin, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.
« Misola continue à vivre avec ce qu’elle a comme moyens », affirme-t-elle. Car, les ressources financières restent limitées.
La farine coûte entre 800 et 1 000 FCFA, selon le conditionnement. La situation sécuritaire complique également la commercialisation dans certaines localités.
Simone Soubeiga demande des commandes institutionnelles pour soutenir sa production et contribuer à la lutte contre la malnutrition, notamment chez les enfants des familles déplacées.
Binta Sawadogo innove avec un jus à base de pomme de terre
Binta Sawadogo, lauréate du SIAO 2024, représente une délégation de la région du Yadéga qui réunit une vingtaine d’associations.
Elle apprécie l’organisation de cette édition. Son association travaille dans le textile et l’agroalimentaire.
Sur son stand, les pagnes tissés portent des motifs liés à l’Alliance des États du Sahel, à la parenté à plaisanterie et à la souveraineté nationale.
La délégation présente une dizaine de créations. Parmi les produits proposés figure un jus innovant à base de pomme de terre.

Dans la région du Yadéga, réputée pour la production de ce tubercule, l’initiative valorise une denrée agricole dont la conservation reste difficile pour les producteurs.
Face aux méventes enregistrées par le passé, notamment pendant les périodes de récolte, cette innovation pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de transformation et de commercialisation.
Le produit est actuellement en compétition au SIAO et Binta Sawadogo préfère garder le secret sur certains détails de son innovation.

D’un stand à l’autre, les mêmes préoccupations reviennent. Trouver des financements, maintenir les ventes et accéder aux marchés restent des défis quotidiens.
Pour ces femmes, les distinctions du SIAO constituent une reconnaissance de leur travail. Elles cherchent désormais à faire vivre leurs activités au-delà du salon.

