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BURKINA: la théorie de l’État stratège expliquée par le Colonel Auguste Denise Barry

Le colonel Auguste Denise Barry est un officier supérieur de l’armée burkinabè. Il a été ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de la sécurité (MATDS) du gouvernement de la transition en 2015. Expert chargé du pilier sécurité dans le Panel Indépendant de Haut Niveau sur la Sécurité et le Développement au Sahel ; il est doctorant à l’université de Yaoundé II. A travers cette analyse que Refletinfo.net vous propose l’intégralité, il décortique la théorie de l’Etat stratège qui est importante pour les Etats qui souhaiteraient planifier leur avenir sécuritaire.

« Comme on peut le voir, la gouvernance de l’État capacitaire est fondée sur une vision plurielle de l’innovation. Et c’est cette dimension que vient renforcer la théorie de l’État stratège.

Alors c’est quoi un État stratège?

Au-delà des théories économiques sur L’État stratège, on considérera de façon opératoire qu’il s’agit, face à des menaces diverses et diffuses, aux enjeux géostratégiques et géoéconomiques, aux impératifs de développement, dans un monde à jamais mondialisé, de savoir naviguer dans des circonstances particulièrement complexes, en faisant preuve d’une intelligence de situation très remarquable.

Ainsi, l’action de L’État stratège recherche  » une plus grande efficacité dans le pilotage de long terme de l’économie nationale et en matière de gouvernance des politiques publiques » et mobilisera par conséquent, un modèle vertueux de gouvernance multi champs (économique, politique, social…), tout en affirmant une capacité d’adaptation et de réactions de l’entité étatique face aux aléas du monde contemporain.

Pour parachever la démarche stratégique de L’État stratège, il est indispensable de la situer également par rapport à la théorie de l’acteur stratégique de Michel Crozier et Erhard Friedberg qui, en sociologie des organisations, permet dans le cadre d’une analyse stratégique, de comprendre les acteurs-clés, les enjeux, les objectifs, les ressources, les contraintes et les stratégies, afin de définir sa propre stratégie d’action.

Le préalable de l’État stratège et capacitaire étant rempli, on peut maintenant tenter une conceptualisation des régimes de sécurité étatiques en Afrique, dans un contexte de COVID-19 et post-COVID-19, en abordant les aspects relatifs aux politiques et doctrines stratégiques, ainsi qu’aux capacités et aptitudes.

Les caractéristiques principales de la politique de sécurité nationale, et les doctrines de défense et de sécurité des États devraient se situer dans : la construction d’outils cohérents et performants, intégrant des forces spéciales qui aujourd’hui, apparaissent indispensables dans la lutte contre l’insécurité ;
-la maitrise de la prospective et l’ anticipation stratégique, considérées comme art politico-managerial de gestion et d’ imagination ; l’assomption d’une fonction renseignement très performante; la maîtrise de la technologie ; le respect des principes de droit doit être au cœur de l’action des Forces de sécurité; l’acceptation sans reserve du contrôle démocratique des forces armées.

Concernant les aptitudes et les capacités, ses systèmes de sécurité doivent s’inscrire dans le postulat suivant :

-Les choix stratégiques devraient induire des forces de sécurité nationales maîtrisant le contrôle du territoire (dans certains cas il s’agit de vastes espaces terrestres, maritimes et aériens, insuffisamment contrôlés), la sécurité intérieure, la sûreté de l’État.

De même, la conception de l’emploi des Forces doit intégrer l’interopérabilité, l’aptitude à se projeter et à évoluer dans des opérations multidimensionnelles, multinationales et interarmées, dans le cadre des OSP, de la lutte contre le terrorisme, où des opérations autres que celle de guerre (OOTW) ou opérations Hors guerre (OHG);

Le système de sécurité devrait également s’enrichir de grandes performances dans l’aéromobilité ; En plus des capacités d’anticipation, grâce au renseignement, la réactivité et la résilience devraient caractériser ces outils de sécurité; les référents doctrinaux devraient être réévalués et devraient avoir des incidences pratiques sur la qualité des ressources humaines ; La révision des doctrines stratégiques et opérationnelles devrait se faire, tout en exploitant les retours d’experience (« retex ») sur les opérations majeures engagées contre les différentes menaces dans les régions et dans les pays ; Du point de vue social, les forces de sécurité devraient continuer à être un des creusets de la nation.

En effet, au même titre que L’éducation nationale, elles sont un canal par lequel les valeurs de citoyenneté peuvent etre promues.

-Au total, on devrait avoir des outils de de défense et de sécurité « agent de développement, de la stabilité et de la cohésion nationale en intime puis agent de la solidarité et de la paix hors des frontières »

En septembre 2017, j’affirmais que « nos États avaient besoin d’outils d’analyse stratégique, d’anticipation et de prévention des menaces (…). [Que] le temps de l’improvisation [était] révolu et [que] nous entrions dans une nouvelle dynamique qui ne laissera pas d’état de grâce à qui que ce soit ». J’ajoutais que « ( … ) le seuil atteint aujourd’hui par le terrorisme (… ) est reconnu comme plus que préoccupant.

Les burkinabè ont peur de ce monstre qui frappe où, quand et comme il veut. Et ils ne sont pas les seuls. Mais, seuls les États et les communautés qui se prépareront mieux, en structurant leur pensée et leurs actions, dans une perspective globale, intégrale, intégrée, anticipative et préventive, seront à même de s’en sortir avec moins de dégâts dans la lutte contre le terrorisme.

Alors, mettons nos intelligences ensemble, mettons nos moyens ensemble, et tentons autre chose que ce qui a été fait jusque-la. (…). Le monde se transforme sous nos yeux, et le monde de demain se construit aujourd’hui. L’ Afrique doit travailler à être dans les laboratoires qui conceptualisent le monde de demain, au risque d’etre contrainte à faire ce que les autres auraient conçu. Et pour relever ce défi, les intellectuels et cadres de nos pays doivent se mettre en première ligne ».

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, plus qu’hier, il nous faut faire preuve d’intelligence civilisationnelle, institutionnelle, organisationnelle et d’efficience stratégique et opérationnelle dans la démarche de modélisation de nos outils de défense et de sécurité.

A cet égard, il revient donc aujourd’hui aux États de s’approprier les nouvelles exigences des politiques de souveraineté, car« seules des nations capables d’imaginer leur avenir et de vouloir le construire seront en mesure de penser et de mettre en œuvre une défense globale de leurs intérêts.»
Mais, le caractère transnational des menaces sécuritaires exigent que la réforme du système national de sécurité, pour être réellement efficace, devrait intégrer ce qui se passe à l’échelon infrarégional et régional ».

Auguste Denise BARRY

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