Tchouhelté Emmanuel Da dit Général Yemsafa.
Tchouhelté Emmanuel Da, plus connu sous le nom d’artiste Général Yemsafa, est décédé le 15 août 2026 des suites d’une maladie. Musicien, balafoniste, pianiste et technicien de studio, il laisse le souvenir d’un artiste discret, attaché à la culture musicale lobi et au travail de l’ombre.
Par Jean Marc Kambou, collaborateur
Handicapé visuel, il s’est éteint à 29 ans. Une vie météorique au moment où « ses ailes poussaient » dans l’univers musical traditionnel et moderne en Côte d’Ivoire.
Tchouhelté Emmanuel Da, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est né en 1997 à Djinpridouô, dans la localité de Tefrô, région du Zanzan, en Côte d’Ivoire.
Très tôt, il a découvert le balafon dans sa famille sous le leadership de Djorobiir Dahdié. Cet instrument traditionnel de musique, façonnera son parcours musical.
Ainsi, depuis son enfance, il s’est attaché au balafon devenu sa passion. L’outil qu’il manie avec dextérité, a un sens profond dans la culture lobi. Cet instrument accompagne les cérémonies de réjouissance, les initiations et les funérailles en pays lobi.
Le regretté le jouait et composait des chansons en lobiri comme en français. Il maîtrisait également le piano.
Une double compétence qui montrait son ouverture entre les instruments traditionnels et les pratiques musicales modernes.
Un soutien technique pour les artistes
Le quotidien de Yemsafa ne se limitait pas à la scène. Il disposait aussi de compétences techniques dans le domaine du son.
Selon les témoignages de Sié B. Wafroté Kambou, ambassadeur de la culture lobi, le Général Yemsafa a contribué au branchement et à l’installation des équipements du studio de Warfuté Kambou à Gaoua, dans la région du Djôrô, au Burkina Faso.

Technicien et instrumentiste, il travaillait loin des projecteurs pour rendre possible certaines productions musicales.
D’après les informations communiquées par Wafroté Kambou, Emmanuel Da aurait fréquenté une école de braille jusqu’en seconde. Cette étape demeure un élément de son parcours qui ne se limite pas au don qu’il possédait déjà.
Des hommages et indignations après sa disparition
L’annonce de sa mort a suscité plusieurs réactions dans le milieu culturel et intellectuel lobi. Da Sié de Bindouté, socio-anthropologue vivant aux États-Unis, a salué la mémoire d’un jeune aux multiples talents qui est resté dans l’ombre. Il a plaidé pour que sa mémoire soit reconstituée pour ne pas s’éteindre dans l’histoire.
François Kambou pour sa part, a honoré la mémoire d’un artiste qui a marqué l’histoire de la musique lobi et adressé ses condoléances à sa famille et à ses proches.

Depuis Gbomblora, Digbêté Fabrice Koko Kambou, a également rendu hommage à celui qu’il appelait affectueusement « mon oncle ».
Il a évoqué les liens d’amitié, de fraternité, de travail et de collaboration qui existaient entre eux. Il a souligné la contribution « énorme » de Yemsafa à la culture lobi.
Gnowil Somé, de son côté, a annoncé la disparition de l’artiste en déclarant que Yemsafa avait « abandonné le balafon, le piano et le micro ».
« C’est avec une immense tristesse que nous avons appris la disparition de Général Yem Safa, grand artiste chanteur, balafoniste et arrangeur, qui nous a quittés le 15 août 2026. », a renchéri Daniel la joie officiel sur sa page Facebook le 16 août 2026.
L’ »Association pour la Promotion de la Culture et du Tourisme au Sud-ouest », a également éprouvé une « une profonde tristesse » à l’annonce du décès de l’artiste Emmanuel dit général Yemsafa.
« Le général Yemsafa a participé à deux éditions de la nuit du balafon. Sa dernière participation était le 30 Mai 2026. En ces circonstances douloureuses, l’APCT/DJR rend un vibrant hommage à l’artiste et présente à sa famille biologique ainsi qu’à l’ensemble des artistes ses condoléances les plus attristées. », lit-on sur la page Facebook de l’association.

Exaucé Josias Youl, lui, s’est enflammé face à la chaîne de solidarité qui s’est créée afin de collecter des fonds pour les funérailles de l’article. Il a dénoncé l’hypocrisie humaine qui tend à aimer les morts plus que les vivants.
« Vous voyez l’hypocrisie de l’Africain? Pendant que l’artiste Général Yemsafa était souffrant, personne n’a levé la voix pour informer de sa maladie ; personne n’a pensé à l’aider pour qu’il ait la guérison. Ils ont juste fermé les yeux, pourtant beaucoup d’artistes savaient qu’il n’allait pas bien. Voilà maintenant qu’il est décédé, vous lancez une cagnotte pour ces funérailles. Sans les cotisations, les funérailles auront lieu », s’est-il indigné sur sa page Facebook, annexant un post de Dah Khun sur la collecte de fonds pour les funérailles du musicien.
Les informations recueillies auprès des connaissances concordaient que la dépouille de l’artiste se trouvait à la morgue de Bondoukou, en Côte d’Ivoire.
La levée du corps était annoncée pour le vendredi 4 septembre 2026, avant le transfert vers Djinpridouô, où l’inhumation devait avoir lieu le samedi 5 septembre 2026.

