L’abbé Bêbê Victor Tioyé, ex-curé de la paroisse Notre Dame de Fatima de Iolonioro.
L’abbé Bêbê Victor Tioyé, est un jeune prêtre burkinabè ordonné en décembre 2016 à la cathédrale du diocèse à Diébougou, dans la région du Djôrô. Après son ordination, il a servi comme vicaire à la paroisse Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de Dissin et comme président de la sous-commission de l’Œuvre de l’Enfance Missionnaire du Diocèse de Diébougou. Studieux, il retourne en mars 2018 à l’Université Saint Thomas d’Aquin de Ouagadougou, pour des études en Bioéthique et Biomédicale. En Septembre 2018, il s’envole pour les Etats-Unis pour une formation en Diversité et Multiculturalisme dans le cadre d’un Projet Régional. En 2022, il obtient un master en Théologie morale, option bioéthique, à l’Université Alfonsienne de Rome. A son retour au pays, l’abbé Tioyé a été nommé Curé de la Paroisse Notre Dame de Fatima de Iolonioro. Il y restera jusqu’en août 2026 où il a été appelé à d’autres défis pastoraux. A l’annonce du projet de visite du Nonce apostolique à la paroisse de Iolonioro, il a été associé au comité d’organisation par Monseigneur Der Raphaël Dabiré. Nous abordons dans cette interview, les préparatifs de la visite, les grands projets, les défis de la paroisse, entre autres.
Propos recueillis par Siébou Kansié
Refletinfo.net : Le Nonce apostolique visite votre paroisse, que représente cela pour vous et pour l’ensemble de la communauté chrétienne de Iolonioro ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Avant tout, je voudrais vous dire que la paroisse Notre-Dame de Fatima de Iolonioro est en année jubilaire. Créée le 11 novembre 2001, elle célèbre les 25 ans de son existence. Nous avons fait l’ouverture du jubilé depuis décembre précédent [2025]. En décembre 2026, nous ferons la clôture.
Revenant à votre question, je dirai que cette visite est un honneur pour nous. C’est la paroisse qui est honorée, c’est la communauté qui est honorée, c’est le peuple de Dieu qui est honoré avant tout.
On dit « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Je pense que le Nonce est un envoyé de Dieu pour nous, pour la paroisse de Iolonioro, pour moi-même, pour la communauté chrétienne comme je l’ai dit, qui célèbre son année jubilaire.
Cette visite aussi, représente pour nous, celle de Marie à sa cousine Elisabeth. Marie a apporté la joie, la grâce, la communion. De même, cette visite est un renforcement d’unité, de ce lien qui existe entre Marie et sa cousine Elisabeth. Elle favorise la paix, la communion, l’amour surtout, la foi et la prière.
Je prends cette image pour dire que le Nonce apostolique est comme Marie qui vient visiter la paroisse Notre-Dame de Fatima qui représente Elisabeth.

Donc, nous profitons de toutes les grâces de cette visite pour grandir dans la foi, dans la paix, en cultivant surtout, l’esprit d’unité, de communion, de fraternité, d’amitié et de pardon et de réconciliation. Cela, au regard du contexte actuel dans lequel nous sommes.
Donc franchement, je dirais que ce sont des grâces que le Seigneur est en train de nous déverser à travers la modeste personne du Nonce.
Il pouvait aller dans les autres paroisses. Mais pourquoi Iolonioro a été choisi ? Nous avons posé beaucoup d’interrogations. Nous prenons cela dans la foi pour dire que c’est Dieu qui vient nous visiter à travers son humble serviteur, le Nonce apostolique.
Que le Seigneur facilite afin que cette visite ait un impact positif sur la communauté qui va grandir dans la foi, dans la paix et dans une certaine cohésion sociale.
Refletinfo.net : Comment préparez-vous cette visite ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Quand le Monseigneur Der Raphaël Dabiré m’a annoncé cette nouvelle, je suis tombé dans un grand étonnement. Je ne veux pas dire dans une peur. Mais en même temps, je me suis émerveillé en me posant la question.
Qui sommes-nous pour que le Nonce apostolique vienne jusqu’à nous ? Comme cette interrogation d’Elisabeth lors de la visite à sa sœur, Marie.
Je dis encore, l’année jubilaire dans laquelle nous sommes et cette visite, sont des signes de Dieu. Et il faut qu’on en profite. Alors, comment ça se prépare ?
Vous savez que le Lobi n’aime pas la honte. Il est reconnu pour son intégrité, son sens d’hospitalité. Nous devons dans nos réalités, notre identité culturelle et notre foi, montrer la joie, la dynamicité de notre communauté, dans l’accueil du Nonce.
Pour cela, nous avons convoqué une rencontre avec les catéchistes pour recueillir les différentes propositions afin de faciliter cet accueil.
Le Nonce apostolique, c’est le représentant diplomatique du Vatican auprès de l’état burkinabé et de celui du Niger.
Alors, nous avons essayé de mettre ce programme en place. Je vous le présente succinctement. D’abord, on va avec l’escorte des Forces de Défense et de Sécurité, l’accueillir à l’entrée de l’auberge communale de Iolonioro.
Ensuite, ce sera la procession avec des pas de danse exécutés par la communauté. Il y aura une troupe de Tiankoura qui va prester.
La suite sera le recueillement à la chapelle devant le Saint-Sacrement suivie de l’installation et l’animation musicale.
A l’issue de cette étape, ce sera la prière d’ouverture. Le nouveau curé fera cette prière d’ouverture. S’en suivra le rite d’accueil traditionnel avec l’eau d’étranger.
Après l’accueil du Nonce, le père de famille, Monseigneur Der Raphaël Dabiré, présentera le Nonce et sa fonction dans l’Eglise à la communauté.
Viendront la présentation de la paroisse, les différentes interventions. Voilà en substance, ce qu’on fera.
Refletinfo.net : Vous êtes le curé sortant de la paroisse de Iolonioro. Comment décririez-vous cette jeune paroisse ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Il faudrait savoir que la paroisse Notre-Dame de Fatima de Iolonioro est une paroisse catéchuménale.
Elle reste fortement marquée par le poids de la religion traditionnelle. Il est donc difficile de trouver, en réalité, une famille à 100 % chrétienne.
Mais la communauté a beaucoup grandi. Au départ, Iolonioro était un centre. Aujourd’hui, nous comptons 26 Communautés Chrétiennes de Base (CCB) et six (06) zones pastorales. Il y a également beaucoup de baptêmes. Cela montre une certaine croissance de la communauté et de la foi.
Je voudrais aussi rendre hommage aux prédécesseurs, notamment au curé fondateur, l’abbé Épiphane Dabiré. Les anciens confrères ont beaucoup travaillé.
La mission est une continuité et nous leur exprimons notre reconnaissance pour tout ce qui a été accompli pour la croissance de la foi, mais également sur les plans social et économique.
Refletinfo.net : Quels sont aujourd’hui les principaux projets de la paroisse ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Le principal projet est la construction d’une véritable église. Actuellement, nous n’avons pas d’église proprement dite. C’est une salle polyvalente construite au temps du curé fondateur qui sert de lieu de culte.
Or, avec la croissance de la communauté, cette salle est devenue insuffisante. Lors des grandes célébrations, les fidèles sont obligés de s’installer sous les arbres.
Il faut parfois louer des tentes, des bâches et des chaises pour permettre aux chrétiens de prier dans de bonnes conditions.
Avec l’ouverture du Jubilé, nous avons procédé à la pose de la première pierre. Toute la communauté espère désormais voir un jour cette église matérialisée.
Refletinfo.net : Pourquoi la construction de cette église constitue-t-elle un enjeu important pour la paroisse ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : L’église n’est pas seulement un bâtiment. Mais la construction d’un édifice adapté pourrait avoir un impact positif sur la foi et sur la vie pastorale. Elle permettrait d’accueillir davantage de fidèles et pourrait aussi attirer d’autres personnes vers la communauté chrétienne.
C’est donc un besoin absolument important. Mais une telle œuvre ne peut pas être réalisée en un jour ou en deux jours. Il faut l’engagement de tous.
Chacun doit pouvoir se demander « en quoi puis-je être une pierre qui contribue à la construction de l’église de Iolonioro ? »
Il faut multiplier les cotisations, les initiatives et les mobilisations de fonds. Petit à petit, avec l’engagement de tous, nous pourrons réaliser ce projet.
Refletinfo.net : Au-delà des infrastructures, quels sont les principaux défis auxquels la paroisse est confrontée sur le plan de la foi ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Le premier défi est celui de l’enracinement de la foi. Comme je l’ai dit, Iolonioro est une paroisse catéchuménale et la religion traditionnelle y exerce encore une influence importante.
Il est difficile de trouver une famille entièrement chrétienne. Dans certains foyers, la femme est chrétienne tandis que le mari demeure attaché à la religion traditionnelle. Cela peut créer des difficultés lorsque certaines pratiques traditionnelles sont demandées à la femme.
Refletinfo.net : Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ces difficultés liées au poids de la tradition ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Je peux citer le cas de l’initiation Djôrô. Dans notre contexte, certains considèrent cette initiation comme un élément important de l’identité lobi. Il arrive alors qu’un mari qui exerce encore cette tradition, demande à son épouse chrétienne, de participer à cette marche initiatique.
Récemment, une catéchumène qui se préparait au baptême n’était pas venue aux scrutins. Lorsqu’elle a été interpellée, elle a d’abord expliqué qu’un membre de sa famille était malade et qu’elle l’avait accompagné à Diébougou.
Mais après avoir approfondi les échanges, elle a finalement reconnu qu’elle avait participé à l’initiation Djôrô parce que son mari lui avait dit que, si elle n’y participait pas, elle devait quitter le foyer.
Elle s’est donc retrouvée face à un choix extrêmement difficile, qui est celui de préserver son foyer ou rester fidèle aux exigences de sa préparation au baptême. Elle a choisi de préserver son foyer.
Cela montre le poids de la tradition et les difficultés auxquelles certains catéchumènes et chrétiens peuvent être confrontés.
Refletinfo.net : Comment l’Église peut-elle accompagner les fidèles confrontés à ce type de pression familiale et traditionnelle ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : C’est justement un défi d’accompagnement pastoral. Il ne faut pas sanctionner directement sans chercher à comprendre la situation de la personne. Lorsqu’il y a une contrainte réelle, il faut écouter, accompagner et aider le fidèle à discerner.
Notre rôle est aussi de poursuivre la catéchèse afin que la foi soit véritablement enracinée. Il ne s’agit pas d’avoir une foi superficielle. Il faut aider les chrétiens à s’engager pleinement dans la foi chrétienne.
Refletinfo.net : Le contexte actuel de retour aux traditions semble également influencer certains fidèles. Comment percevez-vous cette situation ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Devant les difficultés, la maladie, le deuil, la perte d’un être cher ou d’autres épreuves, la foi peut parfois chanceler. À cela s’ajoute aujourd’hui un regain d’intérêt pour les traditions.
Certains ont peut-être aussi mal compris certains messages appelant à un retour aux valeurs culturelles et traditionnelles. Dans ce contexte, il peut y avoir une confusion entre identité culturelle et pratique religieuse.
L’un des défis majeurs est donc de continuer à catéchiser les fidèles pour que leur foi soit solide et qu’ils puissent affronter les épreuves sans revenir systématiquement vers les pratiques traditionnelles.
Refletinfo.net : Vous évoquez également le phénomène de syncrétisme. En quoi constitue-t-il un défi pour la paroisse ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Le syncrétisme constitue effectivement un défi. Devant les difficultés, certains chrétiens peuvent être tentés de rechercher des solutions à la fois dans la foi chrétienne et dans les pratiques traditionnelles.
Cela me rappelle une affirmation souvent attribuée à René Dumont selon laquelle, lorsqu’un animiste se convertit au christianisme en Afrique, il peut y avoir un chrétien de plus sans qu’il y ait nécessairement un animiste de moins.
Cela permet de comprendre le risque d’une conversion qui ne transforme pas profondément les pratiques et les représentations.
Le défi est donc d’aider les fidèles à approfondir leur foi pour qu’elle soit réellement vécue et enracinée.
Refletinfo.net : Vous l’avez évoqué, lors d’une réflexion organisée le 15 août 2026, vous avez invité les fidèles à faire un diagnostic de la paroisse. Quels enseignements en avez-vous tirés ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Nous sommes en année jubilaire et nous avons voulu réfléchir à un nouveau départ. Nous avons donc invité les fidèles à identifier les difficultés qui fragilisent la foi et la vie de la communauté.
Plusieurs problèmes sont ressortis à savoir, le manque de foi, le manque d’unité, les critiques et surtout le découragement.
Il arrive que des chrétiens déjà baptisés découragent ceux qui veulent s’engager davantage. Nous avons donc besoin d’un véritable défi d’ouverture, d’encouragement et d’engagement.
Refletinfo.net : Quelles valeurs doivent être renforcées au sein de la communauté de Iolonioro que vous connaissez bien?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Il faut renforcer la prière, la foi, l’unité, le pardon, la réconciliation et l’amour fraternel. Nous devons construire une famille chrétienne et une communauté crédible, capable de témoigner de Jésus-Christ.
Une communauté unie peut également attirer les personnes qui sont encore dans la religion traditionnelle ou celles qui n’ont pas encore fait l’expérience de la rencontre avec Jésus-Christ.
On dit qu’un seul doigt ne peut pas ramasser la farine. Il faut plusieurs doigts. C’est dans cet esprit que nous devons travailler, main dans la main.
Refletinfo.net : Quelle place la communication et l’unité occupent-elles dans la réussite de cette mission ?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : Elles sont fondamentales. On ne peut pas réussir la mission sans unité. Le Christ a envoyé ses disciples deux à deux. Cela montre l’importance de travailler ensemble, de former une famille et de parler le même langage.
Nous devons donc communiquer, nous écouter, nous pardonner et nous sentir véritablement frères et sœurs. Mais tout cela doit commencer par la prière. Il faut se confier à Dieu et rester attaché à lui.
Refletinfo.net : La construction de l’église vous tient à cœur, vous l’avez dit. Quel message adressez-vous aux fidèles et à toutes les personnes susceptibles de contribuer à la réalisation de ce projet?
Abbé Bêbê Victor Tioyé : J’invite chacun à ne pas se limiter aux applaudissements ou aux bonnes intentions. Pour réaliser le projet de construction de l’église, il faut véritablement s’engager.
Chacun doit se demander ce qu’il peut apporter. Une contribution, même modeste, peut devenir une pierre dans la construction de cet édifice.
La construction d’une église demande du temps, de la patience et surtout l’unité de toute la communauté.
Si nous avançons ensemble, avec la prière, la communion, l’amour et l’engagement, nous pourrons relever les différents défis.
L’année jubilaire doit être pour nous une occasion de nouveau départ, de renouvellement de la foi et de redynamisation de la communauté de Iolonioro.

