L’homme d’affaires burkinabè Apollinaire Compaoré est décédé le 14 mai 2026.
L’homme d’affaires burkinabè Apollinaire Compaoré est décédé le 14 mai 2026 à l’âge de 73 ans. Figure majeure du secteur privé national, il laisse au Faso, un vaste empire économique bâti en plusieurs décennies et un parcours marqué par ses réussites entrepreneuriales.
Par La Rédaction
Fondateur du groupe Planor Afrique, Apollinaire Compaoré était considéré comme l’un des opérateurs économiques les plus puissants du Burkina Faso.
Ancien président du patronat burkinabè, il occupait également les fonctions de président d’honneur de la COGEF. Sa disparition suscite de nombreuses réactions dans les milieux économiques et politiques.
Le président actuel de la COGEF, Idrissa Nassa, par ailleurs Président Directeur Général du Groupe Coris Holding, a adressé ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à l’ensemble du monde des affaires.
Plusieurs acteurs économiques saluent la mémoire d’un entrepreneur autodidacte ayant contribué au développement du secteur privé burkinabè.
Né en 1953, Apollinaire Compaoré avait commencé ses activités commerciales dès la fin des années 1960 avant de se lancer officiellement dans les affaires en 1973.
Il débute alors dans l’importation et la distribution de motocyclettes. Au fil des années, il diversifie ses investissements dans le tabac, le transport, les stations-service et les services financiers.
Son groupe étend ensuite ses activités dans la banque et les assurances avec des sociétés comme UAB, SONAR et Wend Kuni Bank International.
L’homme d’affaires investit également dans les télécommunications à travers TELECEL Faso et détient des parts à MTN Côte d’Ivoire.
Sous sa direction, le groupe Planor Afrique devient un acteur majeur de l’économie nationale. Présent dans plusieurs secteurs, le conglomérat employait plus de 2 000 personnes.
Selon des estimations relayées en 2019 par le magazine Jeune Afrique, le groupe réalisait un chiffre d’affaires cumulé de plus de 176 milliards de francs CFA.
Élu président du patronat burkinabè en octobre 2018, Apollinaire Compaoré incarnait la montée en puissance du secteur privé national. Son influence dépassait les frontières burkinabè grâce à ses investissements dans plusieurs pays de la sous-région.
L’aile sombre du défunt
Le parcours de l’homme d’affaires a également été marqué par de vives polémiques. En 2021, une enquête menée par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), relayée notamment par la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO), l’avait cité dans une affaire présumée de trafic de cigarettes et de financement de groupes armés au Sahel.
Le rapport évoquait un réseau de trafic de tabac transitant par le nord du Burkina Faso vers la Libye et mettait en cause plusieurs acteurs opérant dans la région sahélienne.
Apollinaire Compaoré y était accusé d’avoir participé à des activités favorisant indirectement des groupes armés et des réseaux criminels.
L’homme d’affaires avait rejeté catégoriquement ces accusations. Il dénonçait des allégations sans preuves et parlait d’une campagne orchestrée par des concurrents économiques.
Plusieurs organisations et personnalités publiques avaient alors pris sa défense, parmi lesquelles le Médiateur du Faso et le Conseil d’information et de suivi des actions du gouvernement (CISAG).
Ainsi, le 17 mai 2021, le Médiateur du Faso d’alors, Saran Sérémé l’a rassuré de son soutien. Dans son propos rapporté par Libre info, elle avait déclaré : « Lorsqu’un grand opérateur de la trempe de Monsieur Compaoré traverse des difficultés, il convient de les analyser et de voir comment nous pouvons nous accompagner dans la mesure du possible. »
Bien avant Saran Sérémé, c’est le CISAG qui avait condamné le 12 avril de la même année, ce qu’il qualifie « d’allégations sans preuves » contre l’homme d’affaire burkinabè.
De son côté, le mouvement citoyen Balai Citoyen avait demandé l’ouverture d’une enquête judiciaire afin de faire toute la lumière sur ces accusations.
Malgré les appels répétés de la société civile, la justice burkinabè ne s’est jamais officiellement prononcée sur cette affaire.
Avec la disparition d’Apollinaire Compaoré, le Burkina Faso perd l’une des figures les plus emblématiques de son paysage économique contemporain.

