Dr Bee Nékre Wend-Yam Elody Sawadogo, posant avec sa famille et les membres du jury.
La promotion immobilière contribue à la raréfaction des terres agricoles, à la multiplication des conflits fonciers et à la fragilisation des moyens d’existence de certaines populations autour de Ouagadougou. C’est l’un des principaux constats de la thèse de Bee Nékre Wend-Yam Elody Sawadogo, soutenue publiquement le 14 octobre 2026 à l’université Joseph-Ki-Zerbo, à Ouagadougou, en sociologie du développement.
Par Siébou Kansié
L’étudiante a travaillé sur la « Promotion immobilière et recomposition des rapports fonciers dans les espaces périurbains de Ouagadougou au Burkina Faso ».
Sa recherche met en relation les mutations entre les acteurs du foncier, les conditions d’accès à la terre et les conséquences des transactions immobilières sur les communautés locales.
Dans ses interactions avec le jury, elle a expliqué que le choix de son sujet découle d’un constat sur l’ampleur des difficultés liées à la gestion foncière au Burkina.
À l’entendre, ses travaux apportent une touche à la meilleure compréhension des mécanismes à l’origine des conflits et dégagent des pistes de solutions.
Les interactions entre plusieurs catégories d’acteurs, les ressources économiques et relationnelles mobilisées, influencent l’accès des promoteurs immobiliers aux terres, révèle l’étude.

Ainsi, les transactions selon la désormais docteure en sociologie de développement, modifient les rapports sociaux, suscitent une redistribution des droits fonciers, et transforment les mécanismes de régulation des conflits.
Chez les communautés locales, les conséquences sont mitigées. Mme Sawadogo défend que le recul de certaines activités, la réduction des superficies agricoles et la dégradation des conditions économiques, apparaissent dans le lot des effets négatifs observés.
Cependant, certains acteurs reconnaissent les retombées positives des aménagements immobiliers et leur contribution au développement local.
« Au terme de cette recherche, nous pouvons dire que la promotion immobilière, telle que voulue au départ, a connu un dévoiement de son objectif qui était d’apporter un soulagement à l’État, en s’investissant beaucoup dans la production de logements », souligne Elody Sawadogo.

La doctorante relève particulièrement les conséquences des transactions foncières intervenues après l’adoption de la loi 057 de 2008.
Ses travaux montrent que l’intensification des acquisitions de grandes superficies dans les communes périurbaines, a aggravé des difficultés préexistantes, à savoir, la raréfaction des terres, le recul des activités agricoles et les tensions autour des transactions foncières.
Un travail pertinent et d’actualité
Le Président du jury, le professeur Augustin Palé a salué l’actualité du sujet et la pertinence scientifique et sociale de cette recherche, qui, dit-il, « apporte un éclairage sur les mutations foncières dans les zones étudiées ».
Il a encouragé la nouvelle docteure à approfondir ses travaux et à valoriser les résultats auprès des autorités et des structures concernées.
L’objectif consiste à transformer les connaissances scientifiques en mesures concrètes susceptibles d’améliorer la gestion foncière.

« Le conseil que je lui donne, elle a fait un travail avec un certain nombre de recommandations. Il serait bien qu’elle se lève et fasse quand même, le retour de l’information à un certain nombre de structures, à un certain nombre d’autorités, afin qu’on puisse traduire ce qu’elle a trouvé sur le plan scientifique en actions concrètes sur le terrain », a-t-il recommandé.
Le directeur de thèse, le professeur Ramané Kaboré, a également, exprimé sa satisfaction. Il a salué le sérieux et l’engagement de la doctorante.
Il a insisté sur la nécessité de poursuivre les recherches et de publier des articles scientifiques afin de donner davantage de portée aux résultats obtenus.
« Il faut qu’elle s’investisse par exemple, dans l’écriture d’articles. Ça doit être un tremplin pour elle pour pouvoir accéder à d’autres opportunités. », a répété le Pr Kaboré.

La recherche met en évidence les liens entre les dynamiques foncières locales et les évolutions du cadre juridique national, notamment la loi n° 008-2023/ALT sur la promotion immobilière.
Elle souligne l’importance d’une meilleure prise en compte des réalités sociales dans les politiques d’aménagement et de gestion des terres au Burkina Faso.

