Plaque indiquant le barrage de Ziga où la Police de l’Eau a libéré 300 hectares de berges des bandes de servitudes.
Noaga Florence Kaboré, directrice régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement de Oubri (DREAE-OBR), nous entretient sur le fonctionnement de sa structure, ses missions, les principaux défis liés à l’eau, la participation de la population dans la gestion de l’eau, la police de l’eau et son utilité, entre autres.
Par Jean Marc Kambou
Refletinfo.net (R.I): Succinctement, qu’elles sont les principales missions de la Direction Régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement d’Oubri (DREAE-OBR) ?
Noaga Florence Kaboré: La Direction Régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement de Oubri (DREAE-OBR) est une structure déconcentrée du Ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement (MEEA). Elle a pour missions de contribuer à la conception, l’élaboration, le contrôle et le suivi-évaluation de la mise en œuvre des politiques et stratégies du département en matière d’eau et d’assainissement de l’environnement.
La DREAE-Oubri est chargée par exemple, de réaliser et suivre les investissements de l’Etat en matière d’eau, d’assainissement et d’environnement dans la région; de veiller à l’application et au respect de la législation et de la règlementation dans les domaines de l’environnement, de l’eau et de d’assainissement ; de coordonner et suivre les activités en matière de polices de l’eau et de l’environnement ; de veiller à la fonctionnalité de l’ensemble des ouvrages hydrauliques ; d’assurer le recouvrement des recettes de l’Etat en matière d’eau et d’assainissement de l’environnement, entre autres.
R.I: Quelle est la situation globale des ressources en eau dans la région d’Oubri ?
Noaga Florence Kaboré: En matière de ressources en eau dans notre pays, il y a deux composantes à savoir, les Eaux de surface et celles souterraines. Concernant les ressources en eau de surface, il convient de rappeler que la région d’Oubri est à cheval entre trois bassins versants que sont : le bassin du Nakambé qui couvre plus de 80% de la région, le bassin de la Sirba et le bassin du Nazinon.
Le cours d’eau Nakambé et ses affluents qui collectent les eaux des cours d’eau secondaires et du Massili puis se jettent dans le barrage de Bagré, localisé dans la partie Sud de la région. Le Nakambé constitue la limite naturelle avec la région du Centre-Sud.
Également, le Nazinon collecte les eaux de la partie ouest de la région, notamment à partir de Sourgoubila. En plus du Nakambé, du Nazinon et du Massili, les autres cours d’eau sont le Yalogo, le Bomboré, le Dyédéma et le Guibga.
Sur ce réseau hydrographique, sont construites de nombreux ouvrages de mobilisation à savoir 93 barrages, 101 boulis et 02 seuils. Ces retenues d’eau ne sont pas permanentes pour la plupart. La région abrite l’une des plus grandes infrastructures hydrauliques du pays.
Il s’agit du barrage de Ziga avec une capacité de 200 millions de m3 et qui alimente les villes de Ouagadougou, de Ziniaré et les villages riverains du barrage, ainsi que les localités environnantes en eau potable. Au barrage de Ziga s’ajoute celui de Loumbila à vocation hydro agricole.

Concernant les ressources en eau souterraine, la région repose essentiellement sur des formations rocheuses cristallines et cristallophylliennes dont les potentialités mobilisables sont généralement faibles.
Les experts du domaine de la mobilisation des eaux souterraines vous le confirmeront tous que la région d’Oubri (ex-Plateau Central) est une zone difficile du point de vue hydrogéologique et les débits de captage sont le plus souvent faibles.
Néanmoins, plusieurs ouvrages de captage des eaux souterraines ont été réalisés afin d’assurer l’accès à l’eau potable des populations de la région. A la date du 31 décembre 2025, ce sont au total, 5 648 points d’eau modernes équipés de pompes à motricité humaine, 207 systèmes d’adduction d’eau potable, notamment des postes d’eau autonomes (PEA) et adductions d’eau potable simplifiées (AEPS) qui avaient été recensés. A ces ouvrages communautaires, s’ajoutent les ouvrages réalisés par les privés.
R.I: Quels sont défis majeurs liés à l’eau dans la région d’Oubri en ce contexte de changement climatique ?
Noaga Florence Kaboré: Les défis majeurs liés à l’eau dans la région d’Oubri sont principalement, l’accès durable en eau potable pour tous dans la région à l’horizon des Objectifs de Développement Durable qui passe par une disponibilité de la ressource et des moyens de mobilisation ; la mobilisation de la ressource dans les zones de faible disponibilité. Car aujourd’hui, la plupart des localités où il est difficile de mobiliser les eaux souterraines et en même temps, il n’existe pas encore d’alternative pour l’approvisionnement à partir des eaux de surface.

On peut y ajouter la protection des ressources en eau de surface et souterraines contre les pollutions de tout genre; la gestion rationnelle des ressources en eau et surtout, la protection des retenues d’eau contre l’occupation illégale ou anarchique des berges qui entraîne un ensablement des retenues d’eau et une eutrophisation des retenues d’eau.
R.I: Justement, parlez-nous de cette Police de l’Eau; qu’est-ce que c’est?
Noaga Florence Kaboré: Par définition, la Police de l’eau est un moyen de coordination des actions entreprises par les services existants chargés des missions de prévention, de contrôle et de répression, dans la mise en œuvre de la législation en matière de ressource en eau.
R.I: C’est quoi concrètement ? Une brigade?
Noaga Florence Kaboré: Le Service Police de l’Eau (SPE) est un service administratif de la direction régionale en charge de l’eau, qui coordonne la mise en œuvre de la Police de l’Eau à l’échelle de la région. Le service Police de l’Eau de la région d’Oubri a été opérationnalisé en 2017.
Il faut dire que la Police de l’Eau a été créée par décret en 2008, dans un contexte de forte dégradation des ressources en eau et de changements climatiques avec le constat d’une faible application des textes juridiques en matière d’eau malgré que le cadre législatif et réglementaire soit assez fourni.
Sa mission est de prévenir et constater le non-respect de la réglementation en vigueur en matière de ressources en eau, tant du domaine public que privé.

La mise en œuvre commence d’abord par la prévention (police administrative). Elle consiste en la sensibilisation et la surveillance : contrôles et inspections exercés afin de vérifier la conformité des activités aux normes établies pour s’assurer de l’application des lois et règlements.
Ces contrôles peuvent déboucher sur la répression à travers l’application de sanctions administratives. La police administrative préventive devient alors répressive (police judiciaire).
R.I: Disposez-vous de moyens humains, matériels et juridiques suffisants pour mener efficacement vos missions ?
Noaga Florence Kaboré: La Police de l’Eau dispose de moyens humains et matériels. Ces moyens sont insuffisants malgré les efforts fournis annuellement par l’Etat, au regard des différentes missions et de la complexité du terrain. Quant aux textes juridiques, il en existe plusieurs. Le cadre juridique est assez fourni. Le contexte étant évolutif, quelques compléments sont nécessaires pour l’adapter aux réalités de nos jours.
R.I: Comment la Police de l’Eau intervient-elle concrètement sur le terrain ?
Noaga Florence Kaboré: La Police de l’Eau procède dans un premier temps à la sensibilisation (police administrative) et cela se fait avec le concours des différentes parties prenantes. Une mission de contrôle se rend par la suite afin de constater le respect de la règlementation avant de passer à la répression (police judiciaire) tout en rendant compte aux différentes autorités administratives et judiciaires.
R.I: Vous parlez de parties prenantes; qui sont-elles? S’agit-il de vos agents, des forces de l’ordre?
Noaga Florence Kaboré: La Police de l’Eau est un service pluridisciplinaire composé d’agents assermentés en charge de l’Eau et de l’Environnement, de la santé. Ils sont coordonnés par le chef de service régional de la Police de l’Eau. C’est un service qui est logé au sein de la Direction Régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement, qui relève du premier responsable de la direction. Sur le plan juridique, la Police de l’Eau relève du Tribunal de Grande Instance (TGI) de son ressort territorial.
Elle est appuyée par les corps constitués de la région, à savoir la Police Nationale, la Gendarmerie, les Eaux et Forêts.
R.I: Quelles infractions ou menaces sur la ressource en eau rencontrez-vous le plus souvent ?
Noaga Florence Kaboré: Les infractions fréquentes liées à l’eau, concernent notamment, le non-respect des bandes de servitude autour des barrages et des cours d’eau. Elles incluent également, le non-respect des procédures de déclaration et d’autorisation des installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA).
D’autres manquements portent sur la non-conformité aux normes de potabilité de l’eau, les pollutions, les épandages ou les rejets non conformes d’eaux usées et d’excréta. Il y a aussi, les atteintes à l’écosystème et à la biodiversité ainsi que le non-paiement ou le retard de paiement de la Contribution financière en matière d’eau (CFE).
R.I: Quels sont les résultats tangibles que vous avez obtenus grâce à l’action de la Police de l’Eau ces dernières années ?
Noaga Florence Kaboré: Plus de 300 hectares de bandes de servitude autour de barrages, notamment celui de Ziga dédié exclusivement à l’AEP, ont été libérés. Ce qui signifie que tout exploitation y est strictement interdite.

Les différents assujettis, tels que les sociétés d’eau, les entreprises de BTP, les mines et les carrières, s’acquittent de la CFE grâce à l’action de la Police de l’Eau. Le respect des normes de rejets des eaux usées et des excréta, le contrôle régulier de la qualité de l’eau par les promoteurs d’eau préemballée, sont désormais exigés.
R.I: Comment la collaboration s’opère-t-elle entre la Police de l’eau et les autres structures publiques et privées?
Noaga Florence Kaboré: La Police de l’Eau entretient de très bonnes relations avec l’ensemble de structures déconcentrées de l’administration publique, des collectivités, des organisations de la société civile et surtout de la population locale.

Courant l’année 2025, elle a répondu à 12 interpellations sur des cas de non-respect de la règlementation en matière d’eau.
R.I: Comment s’organise concrètement la planification et la gestion de l’eau au niveau de la région surtout quand on sait que la région abrite un nombre important de personnes déplacées ?
Noaga Florence Kaboré: La gestion de l’eau dans la région d’Oubri s’inscrit dans l’architecture nationale du sous secteur eau et assainissement. La planification repose sur des référentiels, notamment les documents des programmes nationaux en la matière : approvisionnement en eau potable (PN-AEP), aménagement hydraulique (PN-AH), assainissement des eaux usées et Excréta (PN-AEUE), gestion intégrée des ressources en eau (PN-GIRE), schémas directeurs, guides et autres outils de gestion. La planification et la gestion se fait également à travers des cadres de concertations pour une meilleure synergie entre les acteurs.
En effet, concernant la planification, il se tient deux fois par an, le groupe thématique régional eau et assainissement qui réuni l’ensemble des acteurs du sous secteur intervenant dans la région, notamment la DREAE, les collectivités, les ONGs et Associations pour planifier et capitaliser les investissements. Une collecte de données sur les infrastructures se fait aussi chaque année. Cela permet d’actualiser annuellement les indicateurs d’accès à l’eau potable et à l’assainissement au niveau de la région d’une part, et de mieux cibler les nouveaux besoins d’autre part.
La gestion de l’eau est assurée par plusieurs catégories d’acteurs en fonction des niveaux et de la complexité des systèmes. Au niveau communautaire, local ou village, la gestion est assurée par les bénéficiaires à travers l’association des usagers de l’eau (AUE) qui gère la pompe à motricité humaine (PMH).

A l’échelle communale et pour des systèmes complexes d’approvisionnement comme les adductions d’eau potable, la gestion est faite soit par la commune elle-même (qui est maître d’ouvrage) ou par un opérateur privé par délégation. Dans les deux cas, le gestionnaire assure la maintenance du système pour un approvisionnement continu. La direction régionale de l’eau et de l’assainissement de l’environnement joue un rôle d’appui conseil.
Selon les normes en matière d’AEP, un forage dessert 300 personnes dans un rayon d’un kilomètre. Mais avec les mouvements internes de populations, cette norme n’est pas parfois respectée. Cela a rendu complexe l’équilibre entre les infrastructures d’accès disponibles et la demande, obligeant à revoir la planification, à renforcer les infrastructures et accroître le suivi de l’existant.
R.I: Qu’est-ce qui permet d’assurer l’accès à l’eau potables pour toutes les populations de la région d’Oubri; surtout celles vivant dans les zones reculées?
Noaga Florence Kaboré: Pour assurer un accès équitable à l’eau potable et à l’assainissement, nous nous basons sur les indicateurs d’accès dans la planification. Par exemple pour l’année 2026 , nos réalisations iront prioritairement aux localités qui ont les plus faibles taux d’accès dans la région. Les communes de Sourgoubila et de Boudry ayant les plus faibles taux d’accès à l’eau potable, nous y concentrons les efforts avec les partenaires.
En plus de la programmation basée sur les indicateurs, il est aussi important de rappeler que les interventions en matière d’approvisionnement en eau potable et assainissement tiennent compte de l’Approche fondée sur les droits humains ( AFDH). De ce fait, aucune catégorie de personnes n’est laissée de coté quelle que soit la position géographique.
Encadré
Principaux domaines d’action de la Police de l’eau
- Réglementation relative aux installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) : prélèvements abusifs (sans autorisation, déclaration), EIES, autorisations et déclarations préalables pour la réalisation des IOTA; protocole avec un laboratoire pour les producteurs d’eau préemballée ;
- protection, conservation et amélioration des écosystèmes aquatiques : Pollutions (normes de rejets dans l’eau par les établissements classés ; pollution agricole ; plantes envahissantes)
- périmètres de protection, respect des périmètres de protection immédiat, rapproché ou éloigné, respect des bandes de servitudes ;
- assainissement : assainissement des eaux usées et excréta ;
- eau potable : respect des normes de la qualité de l’eau ;
- contribution financière en matière d’eau (CFE) : non déclaration et/ou non acquittement à échéance convenue.
J.M.K.

