La Police de l’Eau libère 300 hectares de berges des bandes de servitudes des barrages dont Ziga.
Noaga Florence Kaboré, directrice régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement de Oubri (DREAE-OBR), nous entretient sur le fonctionnement de sa structure, ses missions, les principaux défis liés à l’eau, la participation de la population dans la gestion de l’eau, la police de l’eau et son utilité, entre autres.
Par Jean Marc Kambou
Présentez la Direction régionale de l’eau de la région de Oubri et ses principales missions ?
La Direction Régionale de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Environnement de Oubri (DREAE-OBR) est une structure déconcentrée du Ministère de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement (MEEA).
Conformément à l’Arrêté N°2024-1086/MEEA/CAB du 31 décembre 2024 portant organisation, attributions et fonctionnement des structures déconcentrées en charge de l’Eau et de l’Assainissement de l’Environnement, la DREAE-OBR dispose en son siège de six (06) services techniques régionaux (STR) et de trois (03) services d’appui régionaux (SAR) tous opérationnels. Au niveau provincial, la DREAE Oubri assure la tutelle administrative et technique de trois (03) directions provinciales : la DPEAE du Ganzourgou, la DPEAE du Kourwéogo et la DPEAE de Bassitenga. Pour chaque DPEAE, 5 services sur les 7 prévus sont opérationnels.
Les services techniques et d’appui du niveau régional sont :
- Le Service Régional de l’Approvisionnement en Eau Potable (SRAEP)
- Service Régional de l’Assainissement des Eaux Usées et Excréta (SRAEUE) ;
- Service Régional des Ressources en Eau et des Infrastructures Hydrauliques (SRREIH)
- Service Régional des Polices de l’Eau et de l’Environnement (SRPEE) ;
- Service Régional de la Préservation de l’Environnement (SRPE) ;
- Service Régional des Études et de la Planification (SREP) ;
- Service de Secrétariat (SS) ;
- Service Administratif et Financier (SAF) ;
- Bureau Comptable des Matières Secondaire (BCMS) ;
- Chargés d’Appui Technique
Au niveau provincial, les services techniques et les services d’appui opérationnels sont :
- le Service Provincial de l’Approvisionnement en Eau Potable (SPAEP) ;
- le Service Provincial de l’Assainissement des Eaux Usées et Excréta (SPAEUE) ;
- le Service Provincial des Ressources en Eau et Infrastructures Hydrauliques (SPREIH);
- le Service provincial de la Préservation de l’Environnement (SPPE) ;
- le Service Provincial des Etudes et de la Planification (SPEP).
Principales attributions
La Direction Régionale de l’Eau et de l’Assainissement de l’Environnement contribue à la conception, l’élaboration, le contrôle et le suivi évaluation de la mise en œuvre des politiques et stratégies du département en matière d’eau et d’assainissement de l’environnement.
A ce titre, la DREAE-Oubri est chargé de :
- réaliser et suivre les investissements de l’Etat en matière d’eau, d’assainissement et d’environnement dans la région;
- veiller à l’application et au respect de la législation et de la règlementation dans les domaines de l’environnement, de l’eau et de d’assainissement ;
- coordonner et suivre les activités en matière de polices de l’eau et de l’environnement ;
- veiller à la fonctionnalité de l’ensemble des ouvrages hydrauliques ;
- assurer le recouvrement des recettes de l’Etat en matière d’eau et d’assainissement de l’environnement ;
- assurer le suivi régalien des ressources en eau ;
- mettre en place des comités d’Usagers d’Eau (CUE) autour des barrages ;
- veiller à la réalisation et à la réussite des travaux d’aménagement paysager et d’écologie urbaine ;
- suivre et contrôler le mouvement des substances chimiques et assimilées ;
- veiller à la mise en place et à l’animation des clubs écologiques ;
- apporter l’assistance technique à la maîtrise d’ouvrage dans le domaine de l’Environnement, de l’Eau et de d’Assainissement aux collectivités, aux ONG et Associations de développement.
Quelle est aujourd’hui la situation globale des ressources en eau dans la région de Oubri ?
En matière de ressources en eau dans notre pays il y a deux composantes : les Eaux de surface et les eaux souterraines.
Concernant les ressources en eau de surface il convient de rappeler que la région de Oubri est à cheval entre trois bassins versants que sont : le bassin du Nakambé qui couvre plus de 80% de la région, le bassin de la Sirba et le bassin du Nazinon. Le cours d’eau Nakambé et ses affluents qui collectent les eaux des cours d’eau secondaires et du Massili puis se jettent dans le barrage de Bagré, localisé dans la partie Sud de la région. Le Nakambé constitue la limite naturelle avec la région du Centre-Sud. Également, le Nazinon collecte les eaux de la partie ouest de la région, notamment à partir de Sourgoubila. En plus du Nakambé, du Nazinon et du Massili, les autres cours d’eau sont le Yalogo, le Bomboré, le Dyédéma et le Guibga.
Sur ce réseau hydrographique sont construites de nombreux ouvrages de mobilisation à savoir 93 barrages, 101 boulis et 02 seuils. Ces retenues d’eau ne sont pas permanentes pour la plupart. La région abrite l’une des plus grandes infrastructures hydrauliques du pays. Il s’agit du barrage de Ziga avec une capacité de 200 millions de m3 et qui alimente les villes de Ouagadougou, de Ziniaré et les villages riverains du barrage, ainsi que les localités environnantes en eau potable. Au barrage de Ziga s’ajoute celui de Loumbila à vocation hydro agricole.
Concernant les ressources en eau souterraine : la région repose essentiellement sur des formations rocheuses cristallines et cristallophylliennes dont les potentialités mobilisables sont généralement faibles. Les experts du doamine de la mùobilisation des eaux souterraines vous le confirmeront tous que la région de Oubri (ex-Plateau Central) est une zone difficile du point de vue hydrogéologique et les débits de captage sont le plus souvent faibles. Néanmoins, plusieurs ouvrages de captage des eaux souterraines ont été réalisés afin d’assurer l’accès à l’eau potable des populations de la région. A la date du 31 décembre 2025, ce sont au total 5 648 points d’eau modernes équipés de pompes à motricité humaine, 207 systèmes d’adduction d’eau potable, notamment des postes d’eau autonomes (PEA) et adductions d’eau potable simplifiées (AEPS) qui avaient été recensés A ces ouvrages communautaires, s’ajoutent les ouvrages réalisés par les privés.
Quels sont les principaux défis liés à l’eau dans cette partie du Burkina Faso et surtout dans ce contexte de changement climatique ?
Les défis majeurs liés à l’eau dans la région de Oubri sont :
- L’accès durable en eau potable pour tous dans la région de Oubri à l’horizon des Objectifs de Développement Durable qui passe par une disponibilité de la ressource et des moyens de mobilisation ;
- La mobilisation de la ressource dans les zones de faible disponibilité. Aujourd’hui, la plupart des localités où il est difficile de mobiliser les eaux souterraines et en même temps il n’existe pas encore d’alternative pour l’approvisionnement à partir des eaux de surface ;
- La protection des retenues d’eau contre l’occupation illégale et/ou anarchique des berges qui entraine un ensablement des retenues d’eau et une eutrophisation des retenues d’eau avec son corolaire de
- La protection des ressources en eau de surface et souterraines contre les pollutions de tout genre
- La gestion rationnelle des ressources en eau ;
Comment s’organise concrètement la planification et la gestion de l’eau au niveau de la région surtout quand on sait que la région abrite un nombre important de personnes déplacées ?
La gestion de l’eau dans la région de Oubri s’inscrit dans l’architecture nationale du sous secteur eau et assainissement. La planification repose sur des référentiels, notamment les documents des programmes nationaux en la matière : approvisionnement en eau potable (PN-AEP), aménagement hydraulique (PN-AH), assainissement des eaux usées et Excréta (PN-AEUE), gestion intégrée des ressources en eau (PN-GIRE), les schémas directeurs, les guides et autres outils de gestion. La planification et la gestion se fait également à travers des cadres de concertations pour une meilleure synergie entre les acteurs.
En effet, concernant la planification, il se tient deux fois par an, le groupe thématique régional eau et assainissement qui réuni l’ensemble des acteurs du sous secteur intervenant dans la région, notamment la DREAE, les collectivités, les ONGs et Associations pour planifier et capitaliser les investissements. Une collecte de données sur les infrastructures se fait aussi chaque année Cela permet d’actualiser annuellement les indicateurs d’accès à l’eau potable et à l’assainissement au niveau de la région d’une part et de mieux cibler les nouveaux besoins d’autre part.
La gestion de l’eau est assurée par plusieurs catégories d’acteurs en fonction des niveaux et de la complexité des systèmes. Au niveau communautaire/local ou village, la gestion est assurée par les bénéficiaires à travers l’association des usagers de l’eau (AUE) qui gère la pompe à motricité humaine (PMH). A l’échelle communale et pour des systèmes complexes d’approvisionnement comme les adductions d’eau potable, la gestion est faite soit par la commune elle-même (qui est maitre d’ouvrage) ou par un opérateur privé par délégation. Dans les deux cas, le gestionnaire assure la maintenance du système pour un approvisionnement continu. La direction régionale de l’eau et de l’assainissement de l’environnement joue un role d’appui conseil.
Selon les normes en matière d’AEP, un forage dessert 300 personnes dans un rayon de 1km. Mais avec les mouvements internes de populations, cette norme n’est pas parfois respectée. cela a rendu complexe l’équilibre entre les infrastructures d’accès disponibles et la demande, obligeant à revoir la planification, à renforcer les infrastructures et accroître le suivi de l’existant.
Qu’est-ce qui permet d’assurer l’accès à l’eau potables pour toutes les populations de la région de Oubri; surtout ceux vivant dans les zones reculées?
Pour assurer un accès équitable à l’eau potable et à l’assainissement, nous nous basons sur les indicateurs d’accès dans la planification. Par exemple pour l’année 2026 , nos réalisations iront prioritairement aux localités qui ont les plus faibles taux d’accès dans la région. Les communes de Sourgoubila et de Boudry ayant les plus faibles taux d’accès à l’eau potable, nous y concentrons les efforts avec les partenaires.
En plus de la programmation basée sur les indicateurs, il est aussi important de rappeler que les interventions en matière d’approvisionnement en eau potable et assainissement tiennent compte de l’Approche fondée sur les droits humains ( AFDH). De ce fait aucune catégorie de personnes n’est laissée de coté quelque soit la position géographique.
Combien de Burkinabè n’ont pas accès à l’eau portable dans la région de Oubri et quel est le taux global d’accès à l’eau potable au Burkina Faso ?
Selon l’Inventaire national des Ouvrages hydrauliques (INO, 2024) le taux global d’accès à l’eau potable au niveau national est estimé à 78.6 %. La population au niveau nationale qui n’a accès à l’eau potable est estimée à 4 475 113 habitants.
Dans la région de Oubri, le taux d’accès est de 83.9% au 31 décembre 2024 pour une population desservie de 835197 habitants et 160716 habitants non desservis. Une augmentation de la population entre 2023 et 2024 a entrainé une baisse légère du taux d’accès dans la région qui était de 84,1% au 31 décembre 2023.
Comment la population participe-t-elle à la gestion locale de l’eau ?
La participation communautaire est au cœur du système de gestion de l’eau au Burkina Faso, surtout en milieu rural où les populations sont les premières responsables du fonctionnement des points d’eau et des retenues d’eau.
Il y a d’abord les Association des Usagers de l’Eau (AUE) qui sont constituées sur une base territoriale (niveau village et secteur) conformément à la loi n°064-2015/CNT du 20 octobre 2015 portant liberté d’association. La commune, à travers une convention de délégation, lui confie la gestion des PMH.
Ainsi elles :
- assurent la gestion des PMH (l’entretien, la réparation) et contribuent au renouvellement des PMH ;
- fixent les modalités de vente du service public de l’eau au niveau du village ou du secteur en conformité avec la délibération communale sur le prix de l’eau en prenant en compte les personnes pauvres et les couches vulnérables ;
- mutualisent les recettes de la vente de l’eau et gèrent le compte d’épargne pour la gestion des PMH ;
- règlent les conflits entre usagers de l’eau potable au niveau du village/secteur ;
- font appel au(x) maintenancier(s) ayant signé un contrat pour la maintenance des PMH ;
- Participent à toutes les prises de décision concernant les questions liées à l’eau potable au niveau du village/secteur ;
- sensibilisent les usagers sur la consommation de l’eau potable ainsi que sur l’hygiène et l’assainissement.
Ensuite, au niveau des ressources de surfaces, il y a les Comités d’Usagers de l’Eau (CUE) et les Comités Locaux de l’Eau (CLE). Ils ont pour rôles principale d’assurer la sécurité des barrages et la gestion rationnelles des ressources. A l’échelle du barrage pour ce sont les CUE et à l’échelle des sous-bassins ce sont les CLEs. Plus spécifiquement ils sont chargés de:
- sensibiliser les usagers sur leurs rôles ;
- veiller à l’entretien courant et à l’exploitation des barrages ;
- veiller à la gestion et l’exploitation des aménagements hydrauliques (hydro-agricoles, halieutiques), des voies d’accès à l’eau et la protection des berges ;
- organiser les usagers pour une gestion rationnelle de la ressource eau ;
- veiller au respect des lois et règlements administratifs régissant la gestion des infrastructures ;
- conduire des activités entrant dans les intérêts des usagers de l’eau dans les domaines de l’environnement, de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et de la santé humaine et animale ;
- informer l’autorité de contrôle de tout incident survenu sur le barrage.
Parlez-nous de la Police de l’eau ?
Par définition, la Police de l’eau est un moyen de coordination des actions entreprises par les services existants chargés des missions de prévention, de contrôle et de répression, dans la mise en œuvre de la législation en matière de ressource en eau ;
Le Service Police de l’Eau (SPE) est un service administratif de la direction régionale en charge de l’eau, qui coordonne la mise en œuvre de la police de l’eau à l’échelle de la région. Le service police de l’eau de la région de Oubri a été opérationnalisé en 2017.
Il faut dire que la Police de l’eau a été créé par décret en 2008, dans un contexte de Forte dégradation des ressources en eau et de changements climatiques avec le constat d’une faible application des textes juridiques en matière d’eau malgré que le cadre législatif et réglementaire soit assez fourni. Sa mission est de prévenir et constater le non-respect de la réglementation en vigueur en matière de ressources en eau, tant du domaine public que privé.
La mise en œuvre commence d’abord par la prévention (police administrative). Elle consiste en la sensibilisation et la surveillance : Contrôles et inspections exercés afin de vérifier la conformité des activités aux normes établies pour s’assurer de l’application des lois et règlements.
Ces contrôles peuvent déboucher sur la répression à travers l’application de sanctions administratives La police administrative préventive devient alors répressive (police judiciaire).
Les principaux domaines d’action de la police de l’eau sont :
- Réglementation relative aux installations, ouvrages, travaux et activités (IOTA) : prélèvements abusifs (sans autorisation, déclaration), EIES, autorisations et déclarations préalables pour la réalisation des IOTA; protocole avec un laboratoire pour les producteurs d’eau préemballée ;
- protection, conservation et amélioration des écosystèmes aquatiques : Pollutions (normes de rejets dans l’eau par les établissements classés ; pollution agricole ; plantes envahissantes)
- périmètres de protection, respect des périmètres de protection immédiat, rapproché ou éloigné, respect des bandes de servitudes ;
- assainissement : assainissement des eaux usées et excréta ;
- eau potable : respect des normes de la qualité de l’eau ;
- contribution financière en matière d’eau (CFE) : non déclaration et/ou non acquittement à échéance convenue.
Disposez-vous de moyens humains, matériels et juridiques suffisants pour mener efficacement vos missions ?
La police de l’eau dispose de moyens humains et matériels. Ces moyens sont insuffisants malgré les efforts fournis annuellement par l’Etat, au regard des différentes missions et de la complexité du terrain. Quant aux textes juridiques, il en existe plusieurs. Le cadre juridique est assez fourni. Le contexte étant évolutif, quelques compléments sont nécessaires pour l’adapter aux réalités de nos jours.
Comment la Police de l’eau intervient-elle concrètement sur le terrain dans la région du Oubri ?
La police de l’eau procède dans un premier temps à la sensibilisation (police administrative) et cela se fait avec le concours des différentes parties prenantes. Une mission de contrôle se rend par la suite afin de constater le respect de la règlementation avant de passer à la répression (police judiciaire) tout en rendant compte aux différentes autorités administratives et judiciaires.
Quelles infractions ou menaces sur la ressource en eau rencontrez-vous le plus souvent ?
Les principales infractions constatées en matière d’eau :
- celles concernant le non-respect de la bande de servitude des barrages et cours d’eau ;
- celles relatives au non-respect des procédures de déclaration et d’autorisation des IOTA (Installations Ouvrages Travaux et Activités);
- celles concernant le non-respect des normes de potabilité ;
- celles qui sont constituées des faits portant directement atteinte à la qualité des eaux notamment les pollutions, les épandages…
- celles portant atteinte à l’écosystème ou à la diversité biologique ;
- le non-paiement de la Contribution financière en matière d’eau (CFE) ou le nonacquittement à échéance convenue ;
- Le non-respect des normes de rejets deseaux usées et excréta ;
Quels sont les résultats tangibles que vous avez obtenus grâce à l’action de la Police de l’eau ces dernières années ?
- La libération d’une superficie de plus de 300 hectares des berges des bandes de servitudes des différents barrages dont Ziga qui est à vocation exclusivement AEP. En rappel, pour les barrages à vocation exclusivement AEP, il est formellement interdit d’exploiter la bande servitude.
- Le paiement de la CFE par les différents assujetis (Société d’eau, BTP ; Mine, Carrière de granite etc…),
- Le respect des normes de rejets des eauxusées et excréta,
- Le contrôle régulier de la qualité de l’eau par les différents promoteurs d’eau préemballée.
Comment la collaboration s’opère-t-elle entre la Police de l’eau et d’autres structures comme les forces de sécurité, les communes ou les organisations de la société civile ?
La Police de l’eau entretient de très bonnes relations avec l’ensemble de structures déconcentrées de l’administration publique, des collectivités, des organisations de la société civile et surtout de la population locale.
Courant l’année 2025 elle a répondu à 12 interpellations sur des cas de non-respect de la règlementation en matière d’eau.

