Ceci est un extrait d’un article scientifique du Dr Tongnoma Zongo, chercheur spécialiste des questions minières à l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du CNRST. Dans sa production que nous vous proposons en intégralité, Dr Zongo s’est intéressé au rôle du secteur de la mine artisanale dans la protection de l’environnement au Burkina Faso, particulièrement dans la province du Sanmatenga, région du Centre-Nord du Burkina Faso. Le chapeau et l’image d’illustration sont proposés par Refletinfo.net .
Thème : Extraction minière artisanale et protection de l’environnement : Une incompatibilité difficile à gérer
Dr Zongo Tongnoma
Chercheur spécialiste des questions minières à l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du CNRST
Email : ztongnom@gmail.com
Cet article de vulgarisation est tiré de notre article scientifique intitulé l’impact environnemental et social de l’orpaillage dans la province du Sanmatenga au Burkina Faso publié dans la revue Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Décembre 2024, ISSN 2521-2125
Résumé
L’article s’attache au rôle du secteur de la mine artisanale dans la protection de l’environnement au Burkina Faso. À la lumière de l’étude présentée, les activités minières artisanales n’ont pas permis d’amorcer une contribution durable dans la protection de l’environnement. Exploiter la mine de manière générale tout en respectant les normes environnementales s’avère toujours difficile dans le contexte du Burkina Faso. Les mines artisanales continuent d’engendrer les conséquences négatives sur les aspects socio-écologique des zones de production aurifères du Burkina Faso.
Mots-clés: Burkina Faso, développement durable, mine artisanale.
Introduction
Le Burkina Faso est l’un des pays du continent africain dont la stratégie de développement repose sur le secteur agricole. Cette stratégie de développement est essentiellement axée sur l’exploitation industrielle de ses ressources minières, une politique promue par la Banque mondiale pendant les années 1990 (Zagre, 1994 ; Campbell, 2004). La production aurifère devenue depuis 2009, le premier produit d’exportation d’un pays essentiellement agricole, n’a toutefois pas réussi à amorcer le levier économique nécessaire à l’amélioration des conditions de vie des populations.) et à la protection de l’environnement. A côté du secteur des mines industrielles, il convient de souligner que l’exploitation minière artisanale de l’or gagne du terrain dans les 12 régions du Burkina Faso. Cette activité emploie plus 2000000 de personnes et contribue aussi à l’amélioration des revenus des acteurs qui s’adonnent à cette activité selon le ministère des mines. Pour le ministère des mines du Burkina Faso, les ONG et les partenaires techniques et financiers l’activité doit être encadrée afin d’éviter qu’elle dégrade l’environnement. Les bases de cette politique d’encadrement sont ainsi bien présentes dans le paysage minier du Burkina Faso. Dans le cadre de cette étude, notre objectif est de questionner sur comment exploiter une ressource non renouvelable comme l’or tout en restant dans la logique de préservation de l’environnement ?
Méthodologie de collecte de données
La principale source de données utilisée est l’enquête réalisée dans la province du Sanmatenga et les villages riverains des sites d’orpaillage de Kotola Yarcé. L’approche qualitative fut privilégiée dans le cadre de cette étude. Les techniques ici utilisées pour la collecte des données sont des entretiens semi- structurés et le focus group. Des entretiens ont été réalisés auprès d’un échantillon constitué des personnes et ressources du secteur minier artisanal (les responsables des collectivités locales des villages, les chefs de ménages des villages proche du site, les propriétaires terriens, la Direction provinciale de l’agriculture, le ministère des mines). Ces entretiens ont consisté à recueillir leur avis sur l’impact de l’orpaillage en lien avec la préservation de l’environnement.
Quarante personnes ont été interrogées au total. Les données ont été recueillies à l’aide d’un dictaphone. Elles ont été par la suite transcrites, traitées et analysées suivant des thématiques. Les données ont été complétées par des données secondaires provenant de la revue de littérature.
Discutions des résultats
L’impact du secteur minier sur l’environnement au Burkina Faso
Le secteur minier dans sa globalité contribue fortement à la dégradation de l’environnement, à travers les différentes phases d’exploration et d’exploitation. Les activités minières causent des impacts inévitables sur l’environnement (forêt, terres). Au Burkina Faso, 48 tonnes d’or produites remues 120 millions de tonnes de terre et de roches.
L’industrie minière est l’une des causes avérées de la destruction de l’environnement (Campbell, 2014). Les industries extractives ont pourtant été longtemps considérées comme essentielles pour ancrer le développement durable dans les pays en voie de développement. Il ne fait de même, aucun doute que les sociétés minières soutiennent la plupart des économies africaines. Le Burkina Faso doit du même coup affronter les problèmes causés par les processus extractifs, surtout lorsque les impacts environnementaux des projets miniers affectent les moyens de subsistance et les moyens d’existence des populations riveraines. L’exploitation minière a toujours des effets sur l’environnement, qu’elle soit à ciel ouvert ou en profondeur. L’usage des substances chimiques tel le cyanure pour extraire les métaux rares ou précieux (or, diamant) est devenu chose courante et les mines contribuent aux transformations du paysage car leurs déblais sont gigantesques (Brunet, 2003).
Les formations végétales ne reviendraient pas à un état « antérieur », quand bien même les exploitations minières cesseraient. Elles ne seraient peut-être pas plus riches, ni en arbres, ni en biodiversité et ni en sols fertiles. Les administrations coloniales, puis celles des États indépendants ont paru soucieuses d’un côté de la protection de l’environnement à travers la création d’aires protégées, l’interdiction et la limitation de pratiques agricoles paysannes jugées dégradantes et parfois de vastes programmes de lutte contre l’érosion ou de reboisement, les politiques de développement fondées sur l’exploitation des ressources naturelles ont été peu soucieuses d’un autre côté, de la protection de la protection des écosystèmes naturels.
La réduction de la capacité de l’État Burkinabé face aux politiques d’ajustement structurel a donné une liberté aux sociétés minières de promouvoir une RSE pas du tout structuré dans les zones de production. Les différents pouvoirs qui se sont succédés au Burkina Faso, jouent en effet sur la gestion des ressources minières pour marginaliser ou favoriser certaines populations. Cette situation est très bien illustrée par le fonds minier de développement local instauré par le code minier de 2015 ; celui-ci n’est toujours pas appliqué par les sociétés minières. Le non-respect de l’application du fonds minier de développement local a contraint les communes minières du Burkina Faso à se mettre en association pour exiger que ce fonds soit opérationnalisé en 2019. L’accaparement des ressources au profit d’une minorité contre une majorité, ou inversement la concentration des « externalités environnementales » négatives sur une minorité, sans que la majorité en prenne part est un fait assez connu. Cette forme d’inégalité de distribution des biens et des maux de l’environnement génère des tensions et de conflit (Magrin, 2011). D’autres sociétés minières comme Bissa Gold ont une politique environnementale axée sur la gestion de l’écologie, des déchets solides et liquides, le suivi de la qualité des eaux de forage et des eaux des fosses septiques ou encore le reboisement. Bissa Gold plante chaque année plus de 15.000 arbres en partenariat avec les communautés depuis 2012, à en croire la mairie de Sabce. Cette politique de protection de l’environnement semble très peu efficace au regard du constat sur le terrain. L’environnement a été sacrifié dans cette course effrénée vers la manne minière au Burkina Faso. C’est à ce sujet qu’un chef de ménage de Sabce soutient « Nous sommes des cadavres ambulants car ma maison est rempli de poussière même l’eau que je consomme n’est plus propre. Mais on fait avec car nous n’avions pas le choix ». La protection de l’environnement dans les zones de production est le plus souvent réduite à une chimère, qu’il s’agisse de l’exploitation artisanale ou de l’exploitation industrielle. Les impacts négatifs de l’orpaillage se manifestent à plusieurs niveaux, sur le plan environnemental. L’emploi de substances chimiques interdites pour purifier l’or, dont les résidus ont par exemple, un effet hautement polluant sur l’environnement, et notamment sur les eaux (nappes et eaux de surface) est à déplorer. Le mercure et le cyanure, quoique formellement interdits, sont pourtant communément utilisés par les orpailleurs. Le mercure et le cyanure sont achetés clandestinement dans les pays voisins, raison pour laquelle il est difficile de connaître exactement les volumes utilisés.
Les techniques d’orpaillage traditionnel provoquent en effet la destruction du couvert végétal et des sols. L’ouverture d’un site qui entraîne de fortes concentrations d’orpailleurs, s’accompagne le plus souvent d’une coupe de bois pour faire face aux besoins de mine, d’habitation et de chauffe (Zongo, 2014). Il en résulte une dégradation des terres qui sont alors rendues impropres à l’agriculture. Le ravinement et l’érosion intensive détruisent le sol superficiel, lorsque les puits sont abandonnés. Ceci peut provoquer un sur-alluvionnement des vallées et leur asphyxie plus ou moins profonde (Seydou Keita, 2001). Plus de 90% de la population enquêtée estime d’ailleurs que les mines contribuent à la dégradation de l’environnement. Les problèmes sont en effet nombreux : il est rare de parler d’une mine sans évoquer les conséquences de son installation sur la vie sociale et économique de la population locale. On assiste souvent au Burkina Faso, à une non application des textes existants même si l’entreprise minière ne remplit pas ses obligations. Une telle situation ne fait qu’accélérer la dégradation de l’environnement au Burkina Faso.
Conclusion
Les relations entre activités extractives et préservation de l’environnement sont très complexes. Plusieurs personnes interrogées estiment que c’est comme faire des omelettes sans casser les œufs. Que ça soit dans le domaine de la mine industrielle comme dans le secteur de la mine artisanale il serait difficile voire impossible d’extraire la ressource sans que l’environnement ne prenne un coût négatif.
Bibliographie
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Zongo Tongnoma, 2024. L’impact environnemental et social de l’orpaillage dans la province du sanmatenga au Burkina Faso. Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Décembre 2024, ISSN 2521-2125

