Dr Worondjilè Hien, enseignant chercheur en religion et développement à l’Université Abdoulaye Toguyeni.
Dans cet entretien, le Dr Worondjilè Hien, enseignant chercheur en religion et développement à l’Université Abdoulaye Toguyeni, donne son avis sur le déplacement du Souverain pontife en France au moment où la 81e Assemblée générale de l’ONU battait son plein à New York. Pour notre analyste, pour exister face à la realpolitik des États, le Vatican doit repenser en toute urgence, sa stratégie de communication.
Par Nounpèthé Kambou
Refletinfo.net: Quelle analyse faites-vous du voyage du pape Leon XIV en France ?
Dr Worondjilè Hien: Pour cerner les déplacements du pape, il faut toujours se rappeler qu’il est un Chef religieux et un Chef d’État. Ses voyages remplissent simultanément des objectifs religieux et politico-diplomatiques pour le Vatican.
Ensuite, l’observation historique révèle que le pape en général fait trois types de voyages religieux auxquels il associe des missions diplomatiques : il visite les régions où le catholicisme est en difficulté et les pays à forte croissance numérique, pour soutenir les fidèles dans les deux sens. Enfin, il se rend dans les localités abritant des lieux historiques ou des symboles de la foi catholique pour se ressourcer mais aussi pour garder la vitalité du symbolisme.
Ainsi, plusieurs raisons motivent le voyage de Léon XIV. Bien que la France soit désignée la « fille aînée de l’Église catholique », l’Église de France traverse une crise de sécularisation traduite par l’augmentation de l’athéisme et le recul du nombre des fidèles.
Sa visite pourra revigorer la foi des plus jeunes dont un nombre croissant reste attaché à la personnalité du pape. Également, son déplacement veut, d’une manière ou d’une autre, vivifier le rôle historique de la France dans le catholicisme marqué par la Cathédrale Notre-Dame de Paris qui depuis sa réouverture en décembre 2024, a besoin de ce passage symbolique et Lourdes qui accueille l’un des plus grands sanctuaires catholiques.
Il y a aussi la Cathédrale Saint-Etienne dans la ville de Metz, région de Moselle où n’est pas appliquée la Loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905 ; cette région est toujours sous le couvert du Concordat de 1801.
En outre, bien qu’aucune rencontre officielle n’ait été prévue avec le Président français, le voyage remplit les fonctions diplomatiques, car le Vatican a besoin de réchauffer ses relations avec des pays historiquement catholiques comme la France.
Refletinfo.net: Dans un contexte de recomposition des rapports de force internationaux, quelle place le Vatican peut-il occuper dans la résolution des crises et la défense des sans voix?
Dr Worondjilè Hien: On pourrait dire que le voyage du pape Léon XIV en France (membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU et détentrice du droit de véto) au même moment que la 81e Assemblée générale de l’ONU à New York, n’est pas une coïncidence mais une planification.
Le pape voit le rassemblement des sommités politiques du monde prétendant discuter et traiter des problèmes mondiaux une fenêtre de communication idéale pour proposer lui aussi la solution du Vatican.
Seulement, le pape à moins de chance de se faire entendre. Depuis la realpolitik de Donald Trump, les relations internationales sont en pleine recomposition. Et l’histoire a assez témoigné que chaque nouvel ordre mondial s’est dessiné dans la force brute de la violence et de la guerre.
Actuellement, dans les domaines scientifique, militaire, économique et diplomatique, c’est comme si le monde est en situation de survie et chaque entité veut émerger de la mêlée. Dans ce contexte les conseils du pape ont peu de chance d’obtenir un écho favorable.
Refletinfo.net: Comment alors le souverain pontife doit-il se faire entendre favorablement, sans verser dans des prises de position publique?
Dr Worondjilè Hien: Moi, je crois que si le Vatican veut se faire entendre et défendre la cause des sans-voix, il doit avoir une diplomatie et une stratégie de communication anticipatrices et proactives.
Le pape doit voir et agir avant les politiques. Sinon agir ou parler au moment ou tous les leviers sont mis à concours par les États pour défendre leurs intérêts produit moins d’efficacité.
En clair, le pape doit mener une diplomatie de négociation dans les coulisses pour ne pas dire dans l’ombre.

