Mgr Joachim Ouédraogo, l'Evêque du diocèse de Koudougou.
Un partenariat entre le diocèse de Koudougou et le Groupe Champy International vire au scandale. Déchargé de la gestion du diocèse, Mgr Joachim Ouédraogo se retrouve au cœur d’une affaire financière, dont il affirme ne pas avoir mesuré les conséquences. La justice est saisie, tandis que l’entreprise rejette toute accusation.
Par Jaabire Bancé
La charité est-elle parfois le masque d’intérêts plus obscurs ? La question se pose avec acuité dans l’affaire qui secoue actuellement le diocèse de Koudougou.
Ce qui apparaissait comme un partenariat vertueux entre une Église locale en quête de soutien et un homme d’affaires présenté comme généreux s’est transformé en scandale aux multiples zones d’ombre.
La justice s’est saisie du dossier. L’Église s’interroge. L’opinion publique s’inquiète : comment un tel engrenage a-t-il pu se mettre en place ?
Les faits remontent à 2018. Sur proposition d’un prêtre du diocèse, Mgr Joachim Ouédraogo entre en contact avec M. Jonace Kiswendsida Yaméogo, PDG du Groupe Champy International.
Très vite, les gestes de bienfaisance s’enchaînent : dons en espèces, dotation de motos pour les jeunes prêtres, matériel informatique, financements de travaux, et même un prêt d’une centaine de millions de francs CFA pour l’acquisition d’un terrain.
Le 20 juillet 2020, la relation est formalisée par une convention de mécénat, enregistrée en 2023. Le document prévoit l’alimentation de comptes au nom du diocèse, le financement d’infrastructures, des prêts sans intérêt, tout en laissant la propriété du capital au donateur. En contrepartie, le diocèse s’engage à utiliser les fonds pour ses activités pastorales.
Mais derrière cette générosité, les dérives apparaissent. Selon nos informations, Jonace Yaméogo aurait abusé de la confiance du prélat pour contracter des prêts auprès de plusieurs banques locales en signant au nom de l’évêque. Ces manœuvres auraient fortement endetté le diocèse.
Parallèlement, le même PDG a récemment racheté entre 65 % et 70 % des parts de la Banque pour le Commerce et l’Industrie du Mali (BCI Mali), via son groupe présenté comme une société d’investissement « panafricaine ».
Dans un message lu aux fidèles le 20 juin 2025, Mgr Ouédraogo reconnaît : « Des opérations financières réalisées sur la base d’une convention (…) ont conduit ma personne et le diocèse de Koudougou devant les juridictions de notre pays. J’ai désorienté, blessé et déçu plus d’un. »
Face à l’ampleur du scandale, le Vatican a réagi en nommant Mgr Alexandre Yikyi Bazié, évêque auxiliaire, comme Administrateur apostolique du diocèse.
Il prend désormais en charge les affaires administratives, financières et pastorales, le temps que son prédécesseur assure sa défense devant la justice.
De son côté, dans un communiqué daté du 23 juin, le Groupe Champy International a opposé « un démenti formel aux allégations » le mettant en cause. Il affirme n’avoir jamais été bénéficiaire d’un bien immobilier hypothéqué par le diocèse de Koudougou, ni reçu de ressources financières provenant de celui-ci.
« Nous reconnaissons qu’une de nos structures a une convention avec le diocèse de Koudougou, et la collaboration entre nos deux entités s’est toujours faite dans le strict respect de la légalité », précise le communiqué.
Balayant les accusations de malversations, le groupe soutient qu’aucun lien irrégulier n’existe avec les biens du diocèse et annonce se réserver le droit d’engager des poursuites contre les auteurs de propos jugés diffamatoires.
Entre mécénat mal encadré, confiance excessive et dilution des responsabilités, cette affaire fragilise durablement l’Église de Koudougou.
Si la justice est appelée à établir les faits, l’institution, elle, doit faire face à une crise de crédibilité inédite.

