Le court-métrage « Dans la peau de l’autre » de Patindé Constantin Ouédraogo, projeté dans la salle de la mairie, a plongé les cinéphiles au cœur des réalités socio-sécuritaires du Burkina Faso. À travers une histoire poignante, le réalisateur a mis en scène un Bobo et un Peul, deux ethnies liées culturellement par la parenté à plaisanterie. Une tradition burkinabé qui permet de résoudre les différends par le dialogue et l’humour. Le premier, un lieutenant de police animiste, aide le second à obtenir une pièce d’identité pour intégrer les rangs des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Cependant, cette aide bienveillante cache une réalité plus sombre : le Peul est en fait un terroriste infiltré.
Par Jean Marc Kambou, collaborateur
Bilal nourrit une profonde vengeance après l’enlèvement de sa petite sœur par des terroristes. Prêt à commettre l’irréparable en portant des explosifs, il finit par écouter sa conscience et abandonne son projet. Cette scène, d’une intensité rare, illustre la lutte intérieure entre la colère et l’humanité, entre la vengeance et la réconciliation.
À travers cette histoire, Ouédraogo aborde des thèmes sensibles et actuels que sont la stigmatisation ethnique, la laïcité, la cohésion sociale et les défis sécuritaires.
Le film montre que le terrorisme n’a pas de visage, pas d’ethnie, pas de religion. Il rappelle également l’importance de préserver les liens sociaux et culturels, notamment à travers la parenté à plaisanterie, un outil précieux pour apaiser les tensions dans un contexte national marqué par l’insécurité.
À l’issue de la projection, les cinéphiles ont partagé leurs impressions, souvent teintées d’émotion. Wilfried Kambou, l’un des spectateurs, a confié : « Le film relate la réalité de la situation actuelle. Il a permis aux enfants dont les parents ont été assassinés par les terroristes de prendre conscience. C’est le cas de Bilal, qui a voulu se venger en portant des explosifs, mais qui, en rentrant en lui-même, a finalement abandonné son projet. Ce film est un miroir de notre société. »
Dans la peau de l’autre suscite de l’émotion et des souvenirs chez des Cinéphiles
Pour cette autre spectatrice, qui a voulu rester dans l’anonymat, confie que le film a suscité des sentiments mitigés : « Je trouve le film intéressant, mais il m’a rappelé de mauvais souvenirs de ma vie personnelle. Il montre aussi qu’il faut rester méfiant, même envers les gens que l’on côtoie, surtout dans ces moments d’insécurité. »
Dans la salle de projection, les soupirs et les murmures des spectateurs témoignaient de l’impact émotionnel du film. Certaines scènes d’une cruauté réaliste, ont rappelé à quel point la violence et l’inhumanité peuvent atteindre des sommets insupportables.
Dans la peau de l’autre ne se contente pas de raconter une histoire. Il interpelle, provoque la réflexion et invite à l’action.
Patindé Constantin Ouédraogo réussit à peindre un tableau réaliste des tares sociales et du vécu des populations dans certaines localités du Burkina Faso. Son œuvre est un appel à la résilience, à l’unité et à la préservation des valeurs culturelles qui font la force de la nation burkinabé.
En mêlant suspense, émotion et profondeur, ce court-métrage s’impose comme une contribution majeure au cinéma africain.

