Odile Boéna, artiste chanteuse à Kongoussi
Elle est une voix montante de la musique à Kongoussi, dans le Centre-Nord. Boéna Odile à l’état civil. Aïna, dans le milieu du showbiz. Elle fait du gospel. Dans cet entretien, nous parcourons sa passion pour le gospel, sa carrière musicale dans une zone à fort défi sécuritaire, ses aspirations à court, moyen et long terme.
Par Siébou Kansié
Refletinfo.net : Comment est née votre passion pour le gospel ?
Odile Boéna (Aïna) : Ma passion pour le gospel a débuté au moment où j’ai donné ma vie à Dieu. Comme par intuition, je recevais des façons de louer Dieu à travers des chants.
Quand j’ai ces inspirations, je note les paroles dans un cahier. Souvent l’intuition m’amène dans les passages bibliques. C’est pour cela que vous verrez des passages de la bible que je chante. Cette force du gospel a été renforcée à l’église dans la chorale et des moments de louanges.
Refletinfo.net : Pourquoi vous avez choisi spécifiquement ce style musical ?
Odile Boéna (Aïna) : Le gospel est le meilleur style pour moi au regard de ce que je viens d’expliquer. C’est le moyen idéal pour moi de toucher les cœurs, d’éclairer les consciences et de transmettre les messages de paix et d’espoir dans un contexte national difficile comme le nôtre. A propos, je fais à certaines occasions, des prestations communes avec des artistes FDS (Force de défense et de sécurité). Je sers mon Dieu en le chantant.

Refletinfo.net : Que véhiculez-vous comme messages dans vos chansons ?
Odile Boéna (Aïna) : Dans ma musique, je transmets des messages d’espoir, d’amour du prochain, de paix et de cohésion sociale, d’espérance. Je crois que la magie de la musique saisit tout le monde, qu’il soit bienfaiteur ou malfaiteur (terroriste).
La situation sécuritaire préoccupante de notre pays m’amène à chanter la résilience, la persévérance dans l’épreuve, l’obligation de cultiver la solidarité, de soutenir les forces combattantes qui permettent au pays de maintenir la flamme allumée. Je véhicule enfin, la bonté divine qui nous permet de garder espoir.
Refletinfo.net : Effectivement, vous avez entamé votre carrière musicale dans une zone à fort défis sécuritaires, Kongoussi. Y-a-t-il un message à cela ?
Odile Boéna (Aïna) : Bien sûr qu’il y a un sens à cela ! J’avais la possibilité de faire ma musique à Ouagadougou où j’ai vécu avant de m’établir à Kongoussi.
Je veux juste montrer l’aspect résilient de l’art, de la musique dans ce contexte sécuritaire. En chantant à Kongoussi, disons dans la région du Centre-nord, je porte la voix de ceux qui souffrent du terrorisme.
C’est une sorte de lumière divine que j’apporte à l’obscurité qui s’abat dans notre région et celles concernées par l’insécurité.

Arriver à élever la voix dans ce contexte, prouve que nous refusons la soumission qui nous est imposée et luttons pour notre liberté.
Quand nous faisons des concerts et je vois des gens danser, rire, cela montre que la vie est toujours possible. Il y a le terrorisme certes, mais la vie ne doit pas s’arrêter. Je pense que c’est ce que les autorités actuelles encouragent. C’est tout simplement la résilience.
Refletinfo.net : A vous entendre, vos messages semblent avoir des effets ?
Odile Boéna (Aïna) : Oui ! et dans l’immédiat. Je reçois après les prestations des messages d’encouragement sans compter la joie dans les cœurs au moment de mes prestations. Cela est signe que des gens sont réconfortés, les cœurs sont touchés dans le Seigneur. Ça me suffit.
Refletinfo.net : Quels sont les soutiens que vous avez bénéficiés dans cette carrière musicale ?
Odile Boéna (Aïna) : Formellement, je n’ai pas encore bénéficié de soutiens financiers, que ce soit des organisations culturelles, religieuses ou autres. Cependant, je reçois des encouragements des parents, amis et des églises.
J’espère que progressivement, les organisations non gouvernementales, les structures religieuses et culturelles, comprendront la nécessité de soutenir des voix émergeantes comme la mienne dans une zone comme Kongoussi et le Centre-nord de façon générale.
Refletinfo.net : Qu’elles sont les difficultés que vous rencontrez au quotidien en tant qu’artiste ?
Odile Boéna (Aïna) : Dans une zone à grand défi sécuritaire comme Kongoussi, les difficultés pour nous les artistes ne manquent pas. Déjà, l’insécurité limite nos déplacements pour des prestations. On ne peut pas se mouvoir librement dans toute la région. C’est une barrière.

Il y a le manque de moyens financiers qui freine l’accès au studio et le manque de visibilité. Un artiste dans une zone en crise va se faire connaître difficilement. Mais grâce à Dieu, tout ira bien. Vous nous visibilisez déjà à travers cet élément. Soyez béni !
Refletinfo.net : Amen ! Quels sont vos projets à court, moyen et long terme ?
Odile Boéna (Aïna) : A cours terme, je compte sortir un single. A moyen terme, j’envisage la réalisation d’un album et des concerts dans les villes et églises de la région du Centre-nord. A long terme, je serai très ravie d’avoir une collaboration avec d’autres artistes gospel comme Ela Nikiéma au niveau national et d’autres et sur plan international.
Refletinfo.net : Où voyez-vous dans les années à venir?
Odile Boéna (Aïna) : Ma finalité, est d’être une voix qui porte l’espérance bien hors de Kongoussi, une artiste internationalement reconnue pour la qualité de ses messages et de son engagement. Que Dieu me l’accorde ! Amen !

