Le vétérinaire burkinabè Madi Savadogo, obtient une 2e thèse unique en santé animale à l'Université de Liège en Belgique.
Le vétérinaire burkinabè Madi Savadogo, a soutenu le mercredi 11 février 2026, une thèse de doctorat unique (PhD) en santé publique, consacrée à la lutte contre la rage au Burkina Faso. La soutenance s’est tenue en ligne depuis l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, avec plus d’une dizaine de membres de jury connectée à distance.
Par Elie Fagnaan
Le travail de recherche de Madi Savadogo a porté sur l’« Analyse systémique de la faisabilité technique et socio-économique du contrôle de la rage humaine transmise par les carnivores domestiques au Burkina Faso ».
Il y propose une approche intégrative fondée sur le concept « One Health » afin de renforcer la lutte contre la rage au Burkina Faso.
« One Health » selon Dr Savadogo, est « une approche intégrée et fédératrice qui vise à équilibrer et optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Elle reconnaît que la santé des humains, des animaux domestiques et sauvages, des plantes et de l’environnement au sens large est étroitement liée et interdépendante. »

L’approche mobilise selon l’impétrant, de multiples secteurs, disciplines et communautés à différents niveaux de la société pour travailler ensemble afin d’améliorer le bien-être et de lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes.
Elle répond au besoin collectif d’eau, d’énergie et d’air propres, d’aliments sains et nutritifs. Elle intègre des mesures contre le changement climatique et contribue au développement durable.
L’objectif est d’améliorer la coordination entre santé humaine, santé animale et environnement.
Sa recherche met en lumière plusieurs obstacles liés à l’éradication de la rage au Burkina Faso. Le premier concerne la mobilisation et l’allocation des ressources financières.

Le second tient à une collaboration encore insuffisante entre les acteurs, malgré la mise en place depuis 2019, d’une plateforme nationale appelée « One Health. » « La faible perception de la valeur ajoutée de cette approche limite son efficacité », souligne Madi Savadogo.
La recherche évalue également la stratégie nationale de lutte contre la rage, en vigueur depuis 2022.
Elle met en avant des leviers d’action pour améliorer la planification, la préparation et la mise en œuvre des politiques publiques.
Parmi les priorités dont évoque Dr Savadogo, figurent la vaccination massive des chiens et la prise en charge rapide des personnes mordues.
Car la rage demeure un enjeu majeur de santé publique. Elle provoque près de 60 000 décès par an dans le monde, dont 40 % chez des enfants de moins de 15 ans.

Transmise dans plus de 98 % des cas par des carnivores domestiques, principalement les chiens, la maladie reste endémique en Afrique.
Le Pr Zekiba Tarnagda, mentor du Dr Madi Savadogo, a salué « un travail très bien fait ». Lui qui a soutenu sa thèse en 1990 sur la rage en Union soviétique et en retraite depuis novembre 2025, est content que Dr Savadogo lui emboîte les pas.
« Aujourd’hui, je suis content de voir un jeune que nous encadrons, qui soutient une thèse sur la même rage. », s’est-il réjoui.
Il a rappelé que la rage est une maladie ancienne et mortelle dès l’apparition des symptômes. « Il n’y a pas de traitement possible. Tout repose sur la prévention », a-t-il insisté.

Madi Savadogo est chargé de recherche à l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS) et par ailleurs, Directeur de la Santé Animale au Ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources Animales et Halieutiques (MAERAH). Inscrit à l’Université de Liège depuis 2019, il a consacré sept ans à cette recherche.
Il avait déjà soutenu pour rappel, une thèse en médecine vétérinaire sur l’épidémiologie de la rage, puis un premier PhD à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Cette nouvelle thèse élargit l’analyse aux dimensions écologiques et socio-économiques. Il espère désormais que les résultats de sa recherche contribueront à renforcer les politiques publiques et à adapter les stratégies nationales pour mieux contenir la maladie.

