Photo de famille à l'issue de la cérémonie d'ouverture de l'atelier de capitalisation consacré au projet « Espace Civique » de l'ATR/DI.
L’Association pour la tolérance religieuse et le dialogue intercommunautaire (ATR/DI), a ouvert le 28 novembre 2025 à Ouagadougou, un atelier de capitalisation consacré au projet « Espace Civique ». Il a été lancé en mai 2024, pour une durée de 18 mois. L’initiative soutenue par l’ONG Enabel, visait à renforcer la citoyenneté, le civisme, la cohésion sociale et le respect des droits humains à travers des actions de formation et de sensibilisation.
Par Elie Fagnaan
L’atelier est initié pour présenter les résultats du projet « Espace civique », évaluer l’impact des activités sur les bénéficiaires et identifier les axes d’amélioration pour une éventuelle reconduction, a expliqué le secrétaire général de l’association, Drissa Sessouma.
Le projet a couvert l’ensemble des 13 anciennes régions du pays, malgré des contraintes sécuritaires qui ont parfois imposé le regroupement des participants. Néanmoins, toutes les zones ciblées ont été touchées par les interventions de l’association.
Parmi les principaux résultats présentés, on note deux sessions de formation qui ont été organisées au profit d’une quarantaine d’Organisations de la société civile.
Elles ont porté sur la planification, la gestion et la recherche de financements, pour permettre aux jeunes associations de mieux structurer leurs actions.

Le projet a également permis la sensibilisation de plus de 120 chefs coutumiers aux enjeux du civisme, de la citoyenneté et des droits humains.
Ces rencontres ont favorisé des échanges d’expériences entre leaders issus de différentes régions et inspiré l’adoption de bonnes pratiques locales, foi de M. Sessouma.
Un réseau d’échanges via les réseaux sociaux, WhatsApp notamment, a été mis en place pour faciliter la communication entre les chefs coutumiers et encourager la résolution collective des problèmes rencontrés dans les communautés.
Le Naaba Boulga de la Cité de Bassinko est bénéficiaire du projet « Espace civique ». Il assure avoir bénéficié nombreuses formations qui ont porté sur le vivre-ensemble, la gestion des conflits et le renforcement du tissu social.
« Avant de participer à ce projet, ma communauté faisait face à de nombreux problèmes. L’individualisme était très présent, le lien social était affaibli, et nous avions perdu nos valeurs traditionnelles.»
Le leader coutumier a reconnu qu’il existait des conflits intergénérationnels, intercommunautaires, et même interreligieux difficiles à gérer dans sa communauté.
«Les familles ne communiquaient plus entre elles et les voisins étaient en conflit. Certains vont jusqu’à s’accuser de sorcellerie. J’avais moi-même essayé d’intervenir pour réconcilier ces personnes, mais sans succès. », témoigne-t-il.

Les théâtres-fora, sont une autre activité phare du projet. Le Secrétaire général de l’Association indique qu’ils ont été « particulièrement efficaces. »
Pour exemple, il explique qu’à Fada N’Gourma dans la région du Goulmou, une pièce théâtrale initialement prévue pour une heure et demie, a duré plus de trois heures à cause de l’intérêt que cela a suscité chez des participants qui sont des déplacés internes.
Dans les échanges, les personnes déplacées internes ont évoqué des difficultés locales qui ont ouvert la voie à un cadre de dialogue communautaire.
A l’issue des activités du projet, le Naaba Boulga de la Cité de Bassinko, se réjouit des retombées inestimables.

Les formations reçues lui ont permis de mieux cerner les situations et comment y faire face. « De retour dans ma communauté, j’ai pu rencontrer individuellement les personnes concernées et organiser des rencontres collectives pour rétablir le dialogue. »
Un changement a été constaté. « La situation s’est considérablement améliorée. Nous avons mis en place des cadres de concertation et des “grains de thé” dans la cité, qui permettent de maintenir le dialogue et la cohésion sociale. », indique Naaba Boulga.
Dans la région du Djôro, le projet a également eu un impact visible, selon le témoignage du point focal du projet, Palenfo Maïmouna.
Comme le Chef de la Cité de Bassinko, les nombreuses formations centrées sur la cohésion sociale, la tolérance et le pardon, ont changé la perception de Mme Palenfo sur les allogènes qui vivent dans la région, surtout en cette période d’insécurité.
« Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est l’accent mis sur le « vivre-ensemble » et la tolérance. Avant ces initiatives, la méfiance et l’insécurité dans notre environnement, rendaient difficile l’acceptation de l’autre. Nous avions tendance à nous isoler ou à exclure certaines personnes de notre communauté. », explique-t-elle.

Grâce aux formations et aux ateliers, elle dit avoir compris l’importance de l’acceptation mutuelle. « Cela m’a donné les outils pour sensibiliser les membres de ma communauté et encourager le dialogue et la solidarité entre voisins. Aujourd’hui, nous apprenons à mieux nous comprendre, à cohabiter dans le respect et à créer un environnement plus harmonieux. »
L’atelier de capitalisation est prévu du 28 au 29 novembre 2025. Il permettra tirer les enseignements de la première phase du projet afin de renforcer l’impact des futures initiatives de l’association à l’échelle nationale, selon M. Sessouma.

