Une vue partielle de Matongé, quartier africain au coeur de Bruxelles, en Belgique.
Quartier emblématique de la diaspora africaine à Bruxelles, Matongé est à la fois un lieu de vie, de travail et de luttes quotidiennes. Entre salons de coiffure, restaurants africains et parfois des interventions policières, Matongé se raconte à travers les voix de ceux qui y vivent et y travaillent. Avec son quotidien loin des clichés. C’est aussi un espace de résilience et d’activités économiques africaines.
Matongé, Quartier vibrant de la capitale belge, bon nombre d’africains y vivent. Au cœur de cette ville capitale de l’Europe, c’est une Afrique en miniature où se côtoient beaucoup de nationalités. Les ressortissants de la République démocratique du Congo apparaissent comme les plus influents.
Cela peut s’expliquer en partie par leur passé colonial avec la Belgique, leur ancienne métropole. Outre les Congolais, il y a entre autres, les Camerounais, les Burundais, les Gabonais, les Sénégalais, les Mauritaniens, les Togolais, les Burkinabè et ceux d’autres pays.
Située dans la commune d’Ixelles, diverses activités économiques sont menées dans ce quartier par les Africains.
On y trouve des magasins de vêtements, de matériel informatique et de télécommunication, des restaurants, des salons de coiffure, des supers marchés et des espaces de loisirs. Mais la clientèle va bien au-delà.
Ces lieux sont aussi fréquentés par des Belges, des Néerlandais, des Français, des Suédois et bien d’autres nationalités européennes.
Léticia Kamsong (nom d’emprunt) la quarantaine bien sonnée, dit avoir quitté le Cameroun à cause du manque d’emploi et de la pauvreté. Elle fustige la situation de son pays, l’ayant motivé à l’immigration.
« Il n’y a pas d’opportunité, le système est verrouillé et il n’y a pas d’issue. Tu fais des formations, qui n’aboutit à rien. Tu travailles, tu n’arrives pas à t’en sortir, tu n’as pas le choix. Le système sanitaire aussi, il n’y a rien », se désole-t-elle.
Cela fait maintenant 10 ans que cette technicienne des industries animales vit en en Belgique. Sa formation, elle l’a suivie dans son pays au Cameroun, mais c’est plutôt par la coiffure et bien d’autres activités qu’elle gagne sa vie ici à Bruxelles.
« La coiffure, ce n’est pas mon métier ici. Je fais des formations et d’autres activités. J’ai bien mon plan et en faisant cela, ça rallonge mes fins du mois. Ici, on ne s’en sort pas. On survit, il y a ce qui n’est pas en Afrique », a-t-elle ajouté.
Concernant les tarifs de ses services, elle estime que cela dépend vraiment du style et du modèle de coiffure. « Il n’y a pas de fourchette parce que ça dépend du style, de la longueur, de la grosseur et tout. Mais il y a une grosse différence par rapport aux coiffures de l’Afrique. Donc, une tête que tu vas vite faire en Afrique à peut-être 10 000 francs ou 15 euros. Ici, c’est dans les 30, 40, 50 euros. Donc ça dépend du client et de plusieurs paramètres », explique-t-elle.
Monsieur Thiam, Mauritanien d’origine, est en Belgique depuis maintenant 20 ans. Il est gérant d’un super marché à Matongé, sur la chaussé de Wavre.

Dans sa boutique, on y trouve du riz, des poissons, de la viande poulet, des oignons, des choux, des mangues, du haricot, du maïs, du manioc, de l’attiéké et beaucoup d’autres produits africains. Spécialiste des produits qui viennent d’Afrique de l’Ouest : Sénégal, Mauritanie, Guinée, Mali, Burkina et Côte d’Ivoire, il apprécie l’ambiance de la clientèle. « Ça va, j’ai de la clientèle. Avant, c’était difficile, mais maintenant, ça va, il y a de la clientèle », se réjoui-t-il.
Malgré les difficultés, Monsieur Thiam dit les surmonter au profit de son business. « Il n’y a pas personne qui va se sentir bien hors de chez soi. Je suis là. Il faut respecter les règles, ce n’est pas facile. On survit souvent, mais il faut faire les affaires. C’est cela que je suis là », a-t-il indiqué.
Madame Chapeau, ressortissante de la République démocratique du Congo, elle vit en Belgique depuis pratiquement une vingtaine d’années. Dans sa boutique, il n’y a pas que les goûters congolais, elle dispose un peu de tout.
« On n’est pas spécialisé que pour les Africains, on est international. On a un peu de tout. Nous avons des aliments, des produits de beauté pour les femmes. On a des cacahuètes, nous avons du poisson tilapia, des ailes, des pilons de poulet, on a du haricot, poivron, banane, ignames, tomates, foufou, gingembre, aubergines…», nous précise-t-elle.
Elle souligne par ailleurs la bonne ambiance qui existe entre eux Africains, voire avec les belges et les autres européens.
« L’important, c’est qu’on s’entend avec tout le monde et on vit bien. On travaille dur pour payer les taxes, dans les caisses de l’État. On mange ici pour cinq euros. Où est-ce qu’on peut manger pour cinq euros si on n’a pas le temps de cuisiner ? Et en plus, les produits que nous proposons sont naturels », déclare-t-elle.

Si on retrouve beaucoup de produits africains sur place ici en Europe, force est de relever leur coût relativement cher. Et cela se justifie par les conditions de transport et de conservation. Selon Monsieur Thiam, cela est tout à fait normal, à l’image du commerce africain. Il estime que le marché africain ne représente même pas plus 1% ou 2% du commerce international.
Pour lui, les billets d’avion coutent énormément cher par rapport aux autres pays. « Si on paye cher le transport. C’est par rapport à cela que les produits africains sont chers. Chez les Brésiliens par exemple, c’est moins cher parce qu’ils amènent par bateau et le kilo coute moins cher. Mais nous nos produits viennent par avion. Le kilogramme étant facturé deux euros. Vous voyez la différence, entre la banane, le manioc et les autres produits », s’exclame-t-il.
Matongé ou l’image d’une Afrique caractérisée par la violence et le banditisme
Au-delà des activités économiques qui sont menées ça et là, Matongé c’est aussi l’image d’un quartier sombre caractérisé par la violence, le banditisme, la drogue, l’alcool, et donc des poursuites policières. Certains n’hésitent donc pas à pointer du doigt une violence accrue dans ce quartier.

Et à madame chapeau de retorquer : « ce n’est pas vrai. Ça n’existe pas la violence ici. On est humain, on n’est pas que des Africains. Le monde entier est chez nous, tous les jours. Donc Matongé, ce n’est pas seulement ce qu’on voit, l’ambiance va au-delà. L’ambiance existe bien », a en croire les propos de Madame Chapeau.
Son point de vue est remis en cause par certains. « Le banditisme, ça existe partout. Même dans les pays les grands au monde. Mais ici, ce n’est pas seulement à Matongé, même dans d’autres quartiers de Bruxelles, même à Anvers. C’est partout qu’il y a le banditisme », a indique pour sa part Monsieur Thiam.
Au regard de tous ces maux, Léticia quant à elle reconnait la situation. « On n’apprécie pas la vie à Matongé, mais on ne peut pas vivre sans. Parce que c’est un peu comme un fourre-tout. On y retrouve tout : la moralité, la mentalité, la qualité, etc. Donc, ce n’est pas forcément qu’on apprécie, mais on est là pour tirer son épingle du jeu », affirme-t-elle.
Cette dernière nous confie que la réalité de Matongé n’est pas surprenante, en raison de la catégorie sociale de ses habitants. « C’est comme partout dans le monde, là où il y a un groupement de personnes mal nanties. C’est ce à quoi il faut s’attendre. Ici, il y a tout. Vous retrouverez des personnes qui sont bien nanties, qui sont bien psychologiquement posées, et d’autres qui ne le sont pas . Donc, la vie à Matongé, je ne l’apprécie pas. Mais ici, chacun sait ce qu’il est venu chercher. Chacun tire son épingle du jeu ici », a-t-elle expliqué.
La vie à Matongé offre différents avantages à l’image des repas qui sont à moindre coût. « On vit une vie très agréable, on vient parfois de loin. On est uni, on mange à des petits budgets. On prend notre petit verre et on se dit au revoir », selon la quinquagénaire congolaise, arborant fièrement son chapeau.
Cependant, Madame Chapeau dit rejeter tout ce qui se dit de négatif sur ce quartier. « Les gens vont raconter des choses qui n’existent pas. Au lieu de toujours parler de drogue et du banditisme à Matongé, ils n’ont qu’à aller ce qui se passe ailleurs, comme à Molenbeek, Schaerbeek. Ici, nous vendons notre nourriture, on boit notre petit verre. Le problème, ils disent ça parce qu’il y a des jaloux. Il y a le racisme aussi qui existe. C’est parler pour faire du mal aux gens, pour empêcher les noirs de réussir leur vie ici », a-t-elle déclaré pour sa part.
Face à cette réalité, Monsieur Thiam pense que les interventions de la police par moments dans ce quartier sont dues aux textes sur la migration entrepris ces dernières années par les nouveaux dignitaires du royaume.
« C’est vrai, ces derniers temps, il y a eu beaucoup de descentes de police et tout ça. Je ne sais pas si c’est par rapport au banditisme, mais c’est par rapport aussi aux nouvelles réglementations des gens qui sont arrivés au pouvoir parce qu’il y a l’extrême droite qui est là maintenant. Ils ont leur politique, leur vision du monde, leur vision de la Belgique, ce n’est pas pareil comme avant. Donc, il faut mettre tout ça dans cette histoire de contestation », conclut-il.
À Matongé, derrière histoires et les faits divers qui se racontent, il y a surtout des vies qui mènent leurs affaires. Entre attachement profond au quartier et désir de reconnaissance, ses habitants et travailleurs, rappellent que Matongé n’est pas qu’un lieu de tensions, mais un espace d’histoires humaines encore trop peu entendues.

