Le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.
Le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, va assister le mardi 7 janvier 2025 à Accra au Ghana, à l’investiture du nouveau Président du Ghana, John Dramani Mahama. Pour certains observateurs, l’environnement n’est pas propice pour que l’espoir de l’Afrique, le Capitaine Traoré s’y rende. Pour le sociologue panafricaniste Da Sié de Bindouté, « Notre Afrique est minée et il n’est pas prudent que le Président Traoré se rende au Ghana, pays qui dispose d’une antenne de l’Otan et toujours sous la Présidence de Nana Addo Akuffo et ses hommes. » Le socio-anthropologue estime qu’en restant au Burkina, le Chef de l’Etat burkinabè préservera sa sécurité et enverra un signal fort de souveraineté et de priorisation des enjeux internes au monde. Refletinfo.net vous propose la synthèse de sa lecture de la situation.
Propos recueillis et synthétisés par Jean Marc Kambou, collaborateur
Le Ghana selon Da Sié de Bindouté, traverse une période de crise politique et économique marquée par des évènements récents comme l’incendie du marché et une gouvernance incertaine.
« Je pense que pour cette invitation, il aurait pu laisser aller son Premier ministre ou son ministre des affaires étrangères ou bien envoyer une délégation. Parce que comme je l’ai dit, les gens veulent mener une lutte révolutionnaire, mais on n’est pas prudent, on ne connait pas l’histoire. »
Les tensions au sein de la CEDEAO et les ingérences des puissances extérieures, comme la présence d’une antenne de l’OTAN au Ghana compliquent davantage la situation pour que le Président Ibrahim Traoré s’y rende. Le panafricaniste estime même que « le Ghana, est un pays obscur pour le moment. »
Risque de sécurité élevé pour le Chef de l’Etat
Le déplacement du Président Ibrahim Traoré est risqué, surtout dans un contexte où le Burkina Faso ne dispose pas encore de moyens endogènes suffisants pour garantir la sécurité présidentielle à l’extérieur.
L’histoire récente a montré des incidents tragiques associés à des visites officielles : décès des dirigeants comme Jerry Rawlings, Moussa Traoré et bien d’autres anciens dirigeants maliens peu de temps après des rencontres diplomatiques.
Les dirigeants africains ne tiennent souvent pas compte des leçons du passé et des symboliques culturelles et historiques. Ce manque de prudence peut conduire à des erreurs stratégiques et à des pertes.
Quelle alternatives pour le Président Traoré?
Le Président du Faso peut déléguer le 1er ministre, le ministre des affaires étrangères, ou le président de l’Assemblée Législative de Transition (ALT) pour le représenter
Dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), décrypte Da Sié de Bindouté, une délégation conjointe des ministres des affaires étrangères des pays membres aurait suffit pour manifester une présence symbolique.
Prudence et diplomatie stratégique
La responsabilité d’initier le rapprochement devrait incomber au Président nouvellement élu du Ghana. Une fois installé, il pourrait entreprendre des visites pour renforcer les relations bilatérales. Une présence physique à l’investiture ne garantie pas des avancées diplomatiques significatives.
« C’est au Président ghanéen s’il est installé et veut montrer tout le sérieux des relations entre son pays et le Burkina, de faire le tour pour rencontrer ses voisins en commençant par le Burkina Faso. Ce n’est pas en se déplaçant au Ghana pour son investiture, qu’on va renforcer les relations« , analyse le sociologue.
Absence de bénéfices tangibles pour le Burkina Faso
Dans le contexte actuel, les intérêts stratégiques du Burkina Faso ne justifient pas ce déplacement. Le Ghana n’a pas démontré une position claire ou favorable envers les nouvelles orientations du Burkina.
Ce déplacement peut donner le signal de faiblesse ou d’incohérence stratégique, au regard des tensions avec la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et des récents discours de souveraineté.
Exemple de prudence internationale
Le Président de la Corée du Nord est un exemple de prudence en matière de déplacement, utilisant même des moyens comme le train pour éviter les risques aériens.
Et les pays qui sentent leur sécurité menacée, peuvent s’inspirer de son exemple pour protéger l’intégrité physique de leurs dirigeants, selon la lecture du socio-anthropologue vivant aux États-Unis d’Amérique.

