Dr Worondjilè Hien, historien des religions à l’Université Yembila Abdoulaye Toguyéni de Fada N’Gourma.
Alors que les frappes s’intensifient entre Israël, Iran et les États-Unis, Refletinfo.net a sollicité l’éclairage du Dr Worondjilè Hien, historien des religions à l’Université Yembila Abdoulaye Toguyéni de Fada N’Gourma. Il analyse une guerre aux logiques multiples dont la survie stratégique pour Téhéran et Tel-Aviv, l’honneur géopolitique pour Washington, le tout, sur fond de rivalités nucléaires et d’équilibres fragiles au Moyen-Orient.
Propos recueillis par Jean Marc Kambou, collaborateur
“Tout d’abord, cette attaque coordonnée d’Israël et des E. U. sur l’Iran n’est pas étonnante. Au vu de l’armada déployé par les Etats-Unis dans la Méditerranée orientale, dans le golfe persique et en Israël (12 avions de combat F22 Raptor), la chose la plus surprenante aurait été le fait qu’il n’y ait pas d’opérations militaires. Donc ce que nous voyons actuellement, les pluies de bombes sur les villes iraniennes, c’est la suite la plus logique.
La réaction de l’Iran, le tir des dizaines de drones et de missiles balistiques sur les bases américaines de Bahreïn, de Koweït, de Qatar, bref des monarchies du Golfe alliés des Etats-Unis, sauf l’Oman et sur l’État hébreux est la conséquence probable attendue de l’Iran de Khamenei.
Maintenant, fallait-il que l’Iran se soumette aux injonctions de Donald Trump ? Pour moi, il est difficile qu’un État indépendant, expansionniste et souverainiste comme l’Iran se laisse humilier par des intimidations d’autres États expansionnistes (Israël et Etats-Unis), quelle que soit leur puissance militaire.
Est-ce alors aux Etats-Unis de renoncer à la guerre après un tel armada ? Là aussi, c’était quasiment impossible ! Ils apparaitraient comme un tigre de papier alors que l’Iran, géopolitiquement, sortirait plus grand.
Ce qui n’allait pas manquer de doper les ayatollahs à achever leur programme de bombe nucléaire au grand dam de toute la communauté internationale. Et une telle éventualité, si elle avait eu lieu, les partisans du pouvoir iranien considèreront le pays comme une puissance régionale, voire une grande puissance.
En outre, en cet instant, l’arrêt de mort, l’enrayement d’Israël (selon les propres propos de Khamenei) sera acté. Une telle réalité effroyable pour les Israéliens ne sera jamais imaginée ni admise en Israël.
Je peux donc dire que la guerre en cours est une guerre de survie pour l’Iran qui est attaquée, même s’il faut reconnaitre que l’ancienne puissance perse n’est en rien innocente, et aussi pour Israël quand on considère les menaces d’effacement proférées par l’Iran à l’État hébreux.
Mais, pour les USA, c’est plus une guerre d’honneur pour ne pas perdre sa face après tous ce grand arsenal déployé autour de l’Iran refusant de signer, malgré tout, un accord sur le programme nucléaire qui mettra fin au projet de fabrication de la bombe atomique.
En réalité, Donald Trump, en dépit de l’image collante de dealer qui est intégrée à sa personnalité politique, ne pourra pas ramener directement de cette guerre, quelque chose de consistant à l’économie américaine. En cas de longue résistance iranienne, l’image de l’homme pacifique que Trump est en train de se construire sera détruite. L’économie américaine pourrait même connaitre des troubles de croissance.
Par ailleurs, c’est également une guerre d’alliance pour soutenir l’allié « éternel » des Etats-Unis, Israël. Les Etats-Unis veulent clairement aider Israël à enrayer les menaces balistiques et éventuellement nucléaire, et à faire tomber le régime répressif de Téhéran : Trump et Netanyahou l’ont tous déclaré.
Pour Benyamin Netanyahou, la fanfaronnade trumpienne est une aubaine pour terminer le travail d’affaiblissement total et définitif du régime iranien et des capacités militaires des Gardiens de la Révolution, commencé depuis les attaques terroristes d’octobre 2023 et surtout à partir de la guerre de douze jours de juin 2025.
Je parie que Netanyahou a dû convaincre Trump que l’intervention sera de courte durée, à cause des tonnes de renseignements dont dispose Israël pour le pousser à une guerre.
Pourquoi je pense cela ? C’est une évidence que Trump n’aime pas la guerre et quand il est tenu de la faire (comme en juin et comme au Venezuela) il la fait de manière précise et très rapidement pour ne pas trahir son pacifisme proclamé et son électorat.
Pour terminer mon propos, les conséquences géopolitiques sont improbables. Le fait que l’Iran a ouvert plusieurs fronts à la fois peut provoquer la division au sein des alliés arabes des Etats-Unis et renforcer la légitimité de l’Iran.
Cette possibilité pourra pousser les USA à arrêter unilatéralement la guerre pour limiter les casses de sa politique dans la Moyen Orient et Donald Trump en a les moyens. La stratégie de tout à la fois de l’Iran provoquera plutôt un mouvement inverse où les pays du Golfe décident de défendre leur territoire en initiant par eux-mêmes des opérations défensives et offensives.
La fin de la guerre dépendra des capacités de résistance de l’armée iranienne. Ce dernier tableau isolera le pays qui ne peut désormais bénéficier de l’appui de ses proxys que sont le Hamas et le Hezbollah affaiblis par Tsahal, l’armée israélienne.
Cette situation pourrait, néanmoins, entrainer les soutiens de l’Iran comme l’Irak, la Russie et la Chine à intervenir. Et vous imaginez le monde ! Mais, pour le moment, ce n’est qu’une analyse et un avis critiquable.
Toutefois, une seule évidence est indiscutable : que les Etats-Unis sortent honnis (ils ne peuvent, de toutes les manières, que connaitre une défaite géopolitique et non militaire), qu’Israël n’obtienne pas les résultats escomptés (la destruction des capacités militaires et la chute de Khamenei) l’Iran sera plus que jamais plus faible économiquement, politiquement et militairement. »

