Des immeubles détruits par des bombardements. Ph. d'illustration.
Le conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël, dépasse largement les discours politiques et les motivations apparentes. Au-delà des arguments historiques ou des accusations de représailles évoqués par le Président américain, les racines du conflit semblent profondément ancrées dans des considérations géopolitiques et sécuritaires, décrypte l’historien burkinabè Worondjilè Hien, un enseignant chercheur.
Propos recueillis par Jean Marc Kambou, collaborateur
Les causes de la guerre qui oppose l’Iran aux Américains et Israéliens sont essentiellement géopolitiques et surtout sécuritaires.
Certes, le président américain a évoqué des raisons historiques qui laissent croire qu’il est dans la logique de la vengeance des attentats que l’Iran a organisés contre les intérêts américains (entre autres la prise des otages américains du 4 novembre 1979, l’attaque du Hezbollah des Marines à Beyrouth en 1983 qui a fait plus de 240 morts, etc.).
Dans le lot des vengeances il a insisté sur les deux tentatives d’assassinat que le régime des mollahs aurait dirigé contre sa propre personne depuis le début de son deuxième mandat.
Il a, par ailleurs donné une coloration particulière à la menace imminente que constituait les missiles balistiques et l’arme nucléaire qui était sur le point d’être produit.
Les enjeux sécuritaires pour Israël sont évidents et je n’insisterai pas. Les missiles balistiques étaient une menace sur l’existence d’Israël, tout le monde le sait.
Mais, pas pour les Etats-Unis. Quant à la bombe atomique, dont Trump reconnait que l’Iran s’approchait de plus en plus des capacités requises pour sa fabrication constituait un réel danger aussi bien pour l’État hébreux que pour l’Oncle Sam, surtout ses intérêts dans la région.
Pourquoi ? Parce que les radicaux iraniens y compris les plus hauts dirigeants n’ont jamais cessé de crier « mort à Israël, mort à l’Amérique ! ».
Au regard de l’histoire des attentats contre les intérêts américains, on ne peut pas dire que Donald Trump exagère lorsqu’il parle de menace.
Si ces raisons sont avérées, le gouvernement américain refuse de rendre publiques les autres raisons, mais c’est visiblement pour la sécurité même du pays.
Rappelez-vous qu’entre temps le Ministère de la défense est devenu le Ministère de la guerre. Et pour montrer les implications sécuritaires d’une haute importance et sensibilité de ce changement, Donald Trump a tenu un conseil de guerre avec les plus hauts gradés militaires dont les sujets traités n’ont jamais été communiqués clairement.
Il a appelé les militaires à se mettre dans un esprit de guerre et de se tenir prêts à défendre la nation. Pour moi, la guerre en Iran est une conséquence de ces réformes sécuritaires.
En outre, Donald Trump a expressément désigné la Chine comme l’ennemi numéro un à tous les niveaux, en l’occurrence la puissance et l’expansion chinoises menacent la sécurité de son pays.
Après la guerre des douze jours en juin 2025 Chinois et Russes ont essuyé des critiques pour leur inaction envers l’Iran.
Mais la puissance iranienne qui n’a pas été détruite était en pleine recomposition pour continuer le projet de production de la bombe nucléaire et renouveler son stock balistique.
Et pour ne rien arranger, la guerre entre l’Inde et le Pakistan qui a mis en confrontation l’efficacité des armes occidentales (le Rafale français) contre les chinoises (le J10 chinois) a réconforté la Chine désireuse de trouver sa place de puissance dans le Moyen Orient.
Il est très probable que dans la restructuration de l’armée iranienne la Chine ait cherché à corriger son inaction lors des bombardements israéliens en aidant les Iraniens.
L’Iran pourra devenir alors le proxy chinois surarmé de es propres armes et des chinoises contre Israël mais aussi contre les Etats-Unis. C’est une menace que le gouvernement ne dévoilera pas au monde ni aux Américains.
Il est vrai que dans un précédent propos, j’avais dit que « pour les USA, c’est plus une guerre d’honneur pour ne pas perdre sa face après tous ce grand arsenal déployé autour de l’Iran », toutefois je pense que la présente analyse tient plus par le fait que le prix financier, humain (morts des soldats) et politique (l’enjeu des élections de mi-mandat) que sont entrain de payer les Etats-Unis est tellement élevé que cette guerre ne puisse être seulement la conséquence de la folie de grandeur de Trump. Il doit y avoir plus que cela : des intérêts plus importants.
D’ailleurs la guerre de Vietnam en 1965, la guerre d’Irak de 2003 sont des réservoirs de leçons pour les Etats-Unis que le gouvernement actuel n’a le droit de commettre d’autres bêtises similaires. S’il les reprend, l’enjeu est certainement de taille.
Président Trump, un dealer
Les observateurs aiment qualifier Trump de dealer qui fait chaque intervention militaire pour des ressources économiques.
Mais ici, je crois que son intervention ne recherche pas le pétrole iranien. Israël aussi ne veut pas prendre le contrôle des puits de pétrole.
Au contraire, la guerre pourra empêcher Donald Trump d’accomplir sa plus grande promesse de campagne, celle de rendre le carburant moins cher pour tous les Américains.
Le prix est en hausse présentement ! Pis l’économie de ses alliés, les Monarchies du Golfe est menacée par l’attaque aux missiles et aux drones iraniens de leur champs pétroliers.
Les retombées économiques de la guerre sont nulles. Donc, les causes de cette guerre sont exclusivement géopolitiques et sécuritaires.

