Le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré.
« Vous voyez, moi, ils n’aiment pas que je parle. On trouve que je parle trop. On veut que je me taise, pour qu’eux, ils parlent et que leur version soit entendue », a déclaré le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré au journaliste Igor Kourachenko de RT en français lors d’une grande interview. Refletinfo.net vous propose, l’intégralité de cette interview exclusive.
Propos transcrits et synthétisés par Jean Marc Kambou, collaborateur
RT en Français : C’est un grand honneur de vous avoir sur notre plateau. Alors hier, vous avez assisté au défilé du 9 mai. Quelles sont vos impressions ?
Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso (PF) : Bonjour et merci. Nous sommes là, ici en Russie, pour la commémoration du 80e anniversaire de la victoire sur le nazisme. Comme vous l’avez dit, hier, on a assisté à la cérémonie. Une parade, une cérémonie sur le dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu. Je pense que c’est très symbolique. Nous avons appris beaucoup de choses au cours de ce séjour. Ce n’était pas uniquement une fête, mais c’est une célébration de la victoire d’un nouveau monde. Donc, cela a beaucoup de sens pour nous.
RT : Mais la qualité du défilé, qu’est-ce que vous en pensez ?
PF : Oui, c’est comme je le dis, c’était parfait. Parfait et ça nous a fait apprendre beaucoup de choses. Quand on fait défiler les engins qui ont gagné la guerre, c’est-à-dire les T-34 jusqu’aux engins modernes, ça nous montre l’évolution technologique de l’armée russe. Ça nous inspire, nous aussi, à nous mettre au travail pour pouvoir nous développer dans le même sens.
RT : Est-ce qu’il y avait certaines choses qui vous ont surpris, par exemple ?
PF : Surpris, toujours, on est toujours surpris quand on voit l’avancée technologique. Dernièrement, je pense qu’il y a une nouvelle arme qui a fait son apparition dans l’arsenal militaire russe, Orechnik, que nous avons pu voir passer. Je pense que ça, c’est très significatif.
RT : Quelle est la signification de votre présence en tant que chef d’État africain ? Car on sait bien que les Africains ont apporté leur contribution à la victoire des Alliés dans la Seconde Guerre mondiale.
PF : Bien sûr, c’est comme je l’ai dit, les Africains et les soldats soviétiques ont contribué beaucoup à libérer le monde du nazisme.
Si le monde n’était pas libéré du nazisme, on ne sait pas ce que ça allait devenir. En suivant les événements, j’ai vu que la Russie a perdu un million de soldats sur le sol européen en combattant.
L’Afrique aussi a donné… Nos ancêtres ont beaucoup combattu sur le théâtre européen, principalement en France, en Belgique, en Italie, pour libérer le monde du nazisme. Donc, c’est une histoire commune que nous partageons.
RT : Comment s’est déroulée la rencontre avec le président russe ?
PF : Alors, pour l’instant, nous avons eu des rencontres brèves. Et dans quelques temps, nous allons avoir un long entretien. Et ça se passe très bien. C’est très courtois. C’est amical, c’est fraternel. C’est tout ce qu’on demande en matière de nouvelle coopération dans ce monde.
RT : Mais comment décririez-vous l’état actuel des relations bilatérales ?
PF : Les relations se portent très bien. Je peux dire que depuis deux ans maintenant, les relations ont très bien commencé. Et nous sommes en train d’approfondir le volet défense-sécurité, mais aussi le volet éducation.
Plus tard, le volet commercial. Donc, nous avons échelonné les différents volets pour qu’on puisse échanger beaucoup, partager beaucoup d’expériences, parce que nous avons beaucoup à apprendre sur le volet éducatif de la Russie, notamment dans les sciences.
RT : Notamment dans les sciences, mais dans quels domaines en particulier ?
PF : Oui, il y a beaucoup de domaines dans les sciences, que ce soit les mathématiques, la physique, la chimie. Ce sont des domaines qui nous intéressent beaucoup, tant sur le développement de notre industrie militaire, mais aussi dans le développement commercial de notre pays, le développement économique de notre pays. Ce sont des volets que nous allons chercher à approfondir pour pouvoir mieux nous structurer.
RT : Et pensez-vous qu’il y ait une demande au Burkina pour l’enseignement russe ?
PF : Bien sûr, il y a beaucoup d’étudiants du Burkina Béja ici en Russie, dans les universités. J’en ai croisé ce matin même.
J’ai même demandé à ce qu’on augmente le nombre d’étudiants ici, que ce soit à travers des bourses russes ou le Burkina, qui va donc payer des bourses pour que ces étudiants viennent.
Mais l’objectif pour nous, c’est d’implanter des universités similaires au Burkina. Et comme il y a déjà la maison de la Russie, ça va nous permettre d’aller très vite.
RT : D’ailleurs, vous venez de le rappeler, aujourd’hui, vous avez visité l’université russe. Comment s’est déroulée cette visite ?
PF : Ça s’est très bien déroulé. J’ai eu des échanges fructueux avec le ministre de l’Éducation de la Russie, avec les recteurs et les étudiants, et surtout les étudiants de l’AES qui étudient dans cette université. Nous avons eu de très bons échanges. On s’est parlé beaucoup de matières scientifiques.
RT : Parlons un tout petit peu de l’économie. Le volume des échanges commerciaux a augmenté de dix fois en un an. Mais de l’autre côté, ces chiffres-là ne sont pas à la hauteur du dialogue politique. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Et surtout, comment booster ces liens dans le domaine du commerce, en fait ?
PF : Comme je l’ai dit, c’est une nouvelle relation qui a commencé avec la Russie, depuis les années…
RT : Pourquoi nouvelle, excusez-moi ?
PF : Oui, ça recommence, puisqu’il y avait, depuis les années après la mort malheureusement de Sankara, les relations avec la Russie se sont beaucoup estompées. Et là, nous sommes en train de réveiller les relations. L’ambassade s’est installée.
Les relations commerciales sont aussi au cœur des échanges. Par exemple, il y a un certain nombre de produits burkinabé, qui transitaient par certains pays européens avant d’être vendus en Russie. Aujourd’hui, ces produits sont directement vendus à travers des opérateurs Burkinabé et des opérateurs russes.
Je parle notamment, quand on prend l’exemple des mangues, les mangues transitaient par des pays européens pour être vendus en Russie. Aujourd’hui, ça se passe directement.
Il y a le coton qui va suivre. Il y a beaucoup d’autres produits, le sésame et bien d’autres produits agricoles que nous pourrons échanger directement avec la Russie. Donc, ça ne fait que commencer, ça va s’accroître.
RT : En fait, les prévisions économiques indiquent une croissance de 5,6 % en 2025. Alors, quels sont les secteurs clés qui soutiennent cette croissance ?
PF : Alors, il faut dire, jusqu’aujourd’hui au Burkina Faso, c’est l’or qui est le premier produit d’exportation. Mais nous, nous avons lancé le moteur de l’agriculture pour d’abord l’autosuffisance, mais aussi pour le commerce extérieur, l’exportation.
Si vous suivez bien, depuis l’année passée, nous avons lancé l’offensive agricole avec une initiative qui soutient l’offensive.
L’objectif, c’est de pouvoir accroître notre production agricole de façon significative, s’autosuffire, mais aussi il y a des produits de rente qu’il faille, donc vendre à l’extérieur. Tout ça doit pouvoir soutenir cette croissance et nous espérons être bien au-dessus de ces chiffres-là.
RT : Mais comment se déroulent ces réformes, en fait ?
PF: Il y a beaucoup de choses. Ce sont des réformes difficiles. Il faut le reconnaître parce qu’il y a un système qui s’est installé. Mais ce n’est pas impossible. Déjà, quand vous regardez notre production céréalière, on a eu une très bonne croissance en 2024.
En 2025, nous espérons encore faire mieux. Ce sont des réformes assez courageuses. Quand vous prenez, par exemple, je reste toujours dans l’agriculture, nous avons décidé, à travers l’initiative de l’offensive, de labourer gratuitement les champs de nos paysans.
L’année passée, on l’a fait. Cette année encore, s’il plaît à Dieu au retour, il y a un bon nombre de tracteurs qu’on a acquis, qu’on va mettre à la disposition des cellules mécanisées dans les différents départements pour accroître les superficies emblavées.
Nous maximisons beaucoup dans la gestion de l’eau, à travers une structure qu’on a créée l’ONBAH, pour maîtriser l’eau et pouvoir produire au moins deux ou trois fois dans l’année.
Parce que si on dépend uniquement des pluies, ce serait difficile. Outre ce secteur, le secteur minier aussi, que nous allons continuer de booster pour que le pays lui-même exploite ses propres ressources.
Donc nous avons commencé à acquérir des mines, il y a beaucoup de permis qui sont là, que nous sommes en train de développer.
Nos ingénieurs ont pu développer les machines nécessaires pour qu’on puisse exploiter nous-mêmes nos ressources.
Si on met à profit ces deux secteurs, et compléter avec l’industrialisation, c’est-à-dire la transformation de nos produits sur place, qui va nous empêcher d’exporter brut, ça va beaucoup nous amener à entraîner en tout cas une très bonne croissance.
RT : Avec ces réformes qui sont en cours, l’agriculture, l’industrie, et beaucoup de secteurs. Pensez-vous que la Russie puisse apporter son soutien pour la mise en place de ces réformes ?
PF : Bien sûr, bien sûr. Beaucoup de soutien, et comme rien que la formation technique et professionnelle, c’est déjà une très bonne chose. Si nous payons les industries, il faut bien des gens qui vont les entretenir et les faire marcher.
La Russie peut nous aider dans ce volet, c’est pourquoi je dis que nous avons une très bonne coopération avec les ministères de l’Éducation.
Ils vont nous permettre de former des techniciens, des ingénieurs, qui vont pouvoir entretenir tout ce que nous faisons, mais créer nous-mêmes nos propres unités industrielles.
Donc ça, c’est très important pour nous dans le commerce aussi, comme je l’ai dit tout de suite, avec la Russie, ça se passe très bien. Il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas approfondir tout ça.
RT : Parlons un tout petit peu de la sécurité. Quelle est la situation sécuritaire actuellement dans votre pays, et d’ailleurs dans la région ?
PF : Oui, dans la région, comme vous savez, la situation sécuritaire, en tout cas, nous essayons d’évoluer sur le champ de bataille. Ça, c’est la première des choses, parce qu’il y a plusieurs facteurs qui rentrent en ligne de compte.
Sur le champ de bataille, il y a de l’évolution. Si on prend de 2023 à aujourd’hui, nous avons pu récupérer beaucoup de zones que nous avons pacifié. N’empêche que l’ennemi se renforce aussi. Il y a beaucoup de combattants étrangers qui rejoignent le rendez-vous des terroristes.
RT : Est-ce que vous pouvez préciser ? Vous parlez de quoi ?
PF : Oui, les terroristes, ils sont renforcés par beaucoup de combattants étrangers qui viennent d’ailleurs. Quand je prends le cas de Burkina, il y a beaucoup de criminels qui sont au Burkina, mais qui ne sont pas des Burkinabé.
Il y a aussi des formateurs qui viennent de beaucoup de pays pour apprendre beaucoup de techniques. Mais quel est leur intérêt ? Ce n’est pas du terrorisme, c’est de l’impérialisme.
L’objectif pour eux, c’est de nous maintenir dans une guerre permanente qu’on ne puisse pas se développer et continuer à piller nos richesses.
Donc, ils ont tout intérêt à amener des spécialistes dans les mines pour poser divers types de mines, des spécialistes en explosifs. Aujourd’hui, les terroristes utilisent des drones pour faire le combat et tout.
Donc, ce sont des professionnels venus de certains pays qui viennent leur apprendre tout ça. Tout ça, c’est pour continuer à nous maintenir dans une situation d’insécurité.
Mais nous prenons la mesure de la chose. Nous nous adaptons à chaque fois à leur mode d’action et nous continuerons le combat jusqu’à récupérer l’entièreté du Sahel.
RT : Y a-t-il des pays concrets qui financent ces combattants ?
PF : Tous les pays impérialistes financent ces combattants. Voilà, ils sont nombreux. On ne peut pas les citer individuellement. Il y en a qui sont même cachés, qu’on ne peut pas imaginer. Mais ils sont nombreux. Il y a ceux qui ne sont pas cachés et qui le déclarent ouvertement.
RT : Je parle du récent scandale avec le soutien du terrorisme au Mali. Quel regard portez-vous sur ce qui s’est passé en fait au Mali ?
PF : Oui, c’est malheureux. Ils l’ont déclaré ouvertement qu’ils soutiennent les terroristes. Nous avons aussi pu remarquer effectivement avec un certain nombre de technologies que les terroristes ont pu avoir, que ça vient d’eux.
C’est malheureux, c’est très malheureux. Mais toujours est-il qu’on ne s’apitoie pas sur notre sort. Nous, nous avons pris la mesure de la chose.
Nous allons nous adapter, nous allons les combattre et ils ne pourront pas vaincre. C’est ça le plus important pour nous.
RT : Comment se poursuit la coopération humanitaire entre le Burkina Faso et la Russie ?
PF: Ça se poursuit très bien. Je pense qu’il y a beaucoup d’échanges sur beaucoup de volets. Quand je prends le domaine de la santé, parce qu’on a toujours des déplacés qui sont là et quand on dit un camp de déplacés, ça veut dire qu’il y a des situations sanitaires souvent compliquées.
Je pense que les services de santé coopèrent bien pour pouvoir appuyer les services de l’action humanitaire pour pouvoir avancer. Vous avez suivi en 2023, je pense que la Russie a fait un don de blé au Burkina Faso.
C’était uniquement destiné aux personnes déplacées. Mais nous avons fait la promesse au président Poutine que nous ne souhaitons plus être ravitaillés en blé parce que nous allons produire le blé.
Et je tiens cette promesse parce que nous avons commencé à produire notre blé en quantité pour satisfaire. Donc, ce qui veut dire que la coopération sur ce volet-là nous amène nous-mêmes à nous développer, à booster beaucoup de choses pour pouvoir combler les vides.
RT : Face aux tensions géopolitiques actuelles, notamment la guerre économique entre les Etats-Unis et la Chine, comment le Burkina Faso adapte-t-il sa stratégie économique et diplomatique ?
PF : Alors, ce monde est en perpétuelle mutation. C’est de la folie, souvent, les choses qu’on voit. Il faut rester aux aguets et pouvoir s’adapter à tout moment.
Et ça, c’est très important parce que nous suivons l’actualité. Il y a une bataille économique un peu partout, mais a priori, nous nous commerçons avec la Chine sans problème. Nous achetons beaucoup de choses de la Chine et les Chinois aussi achètent beaucoup de choses chez nous.
Il y a des entreprises chinoises qui s’installent chez nous, malgré le fait que les gens essaient de d’émigrer du Burkina Faso. C’est pareil avec la Russie actuellement. Donc, tous les pays qui se battent aujourd’hui pour leur indépendance économique, nous essayons de collaborer mieux avec ces pays parce que c’est une forme d’oppression de l’impérialisme. Il y a lieu que ceux qui sont opprimés s’unissent pour faire face à cette hégémonie-là. Donc, a priori, on s’adapte à toute cette situation.
RT : Monsieur le Président, quel regard portez-vous sur la récente détérioration des relations avec l’Algérie ?
PF : Vous avez suivi les événements et je pense que tout le monde comprend comment ça fonctionne. Nous sommes au regret de voir l’incident qui est arrivé à la frontière algérienne avec le drone qu’ils ont abattu. Il faut le dire clairement, ce n’est pas amical. Ce n’est pas amical parce qu’on n’abat pas un appareil volant comme ça.
Lorsque tout le monde connaît le protocole, donc il n’y a pas à se voiler la face. Si un appareil traverse votre frontière, même s’il rentre sur votre pays, on l’identifie. Les radars permettent de l’identifier et on sait qu’il appartient à tel pays.
Il y a des relations diplomatiques pour ça. On contacte l’ambassade, il y a des attachés de défense. Il y a beaucoup de mécanismes. On les contacte et ils peuvent confirmer si c’est leur appareil ou pas. S’il est sur le territoire, peut-être qu’il a besoin d’aide ou qu’il a perdu l’orientation et tout ça.
Parce qu’un appareil peut être en l’air, il peut avoir des problèmes avec la météo. Il est obligé de se cacher derrière les nuages. Ça arrive très souvent dans nos pays. Donc, un appareil rentre, on le demande, ils disent non.
Il y a beaucoup de couverture nuageuse, mais il y a en tout cas un phénomène météorologique qui l’amène à venir passer.
Il peut avoir un problème technique. Il peut demander de l’aide pour qu’on le guide à ce qu’il atterrisse. Donc, il y a tellement de facteurs qui peuvent faire qu’un appareil se retrouve dans un espace aérien. On n’abat pas un appareil systématiquement.
Le cas est arrivé avec nous. On a souvent vu un appareil américain qui est rentré sur notre territoire, qui faisait des reconnaissances et tout. On n’a pas abattu l’appareil. On a pris le soin de contacter l’ambassade américaine.
Ça a pris quelques minutes. Ils nous ont confirmé que c’est leur appareil et ils ont dégagé l’espace. Donc, on n’abat pas un appareil systématiquement. C’est un acte délibéré, inamical d’abattre l’appareil et c’est regrettable.
RT : Mais si je comprends bien, vous ne fermez pas la porte au dialogue quand même ?
PF : Non, il faut que les dirigeants comprennent que nous n’avons pas le choix que de nous unir face à cette situation de soi-disant terrorisme. Parce que c’est un phénomène assez complexe. Je vous dis que le Burkina était assis dans les années 2012 à regarder le Mali. Les régimes qui étaient en place étaient amis avec ces gens-là.
Certains vivaient même à Ouagadougou. Iag a vécu à Ouagadougou, c’est la réalité. Mais qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? Ils sont retournés contre nous. Ce ne sont pas des gens libres.
Ils sont manipulés par les impérialistes et les ordres qu’on les donne, ils donnent à leurs criminels sur le terrain, ils le font. Donc, il faut que chacun comprenne qu’on doit s’unir pour faire face. Il n’y a pas de négociation possible avec ces gens-là.
RT : Justement, parlons de cette unité, plutôt cette intégration qui se déroule actuellement au sein de l’AES. Où en est-on actuellement ? Ça se passe bien, ça évolue.
PF : Nous sommes donc dans la Confédération. Et comme je dis, il y a beaucoup de choses à mettre en place. Il ne faut pas chercher à aller tellement vite et ne pas bien faire. Donc, nous sommes en train d’aller de manière progressive.
Il y a beaucoup de structures à mettre en place. Il y a beaucoup de volets à mettre à niveau dans les trois pays. Parce que vous n’êtes pas sans savoir que sur le point de vue économique, on n’est pas au même niveau. Sur le point de vue militaire, il y a beaucoup de volets.
Il faut essayer d’équilibrer. Et donc, ça nécessite la mise en place de beaucoup de structures, beaucoup de rencontres et la libre circulation.
Ça nécessite un certain nombre de paramètres à mettre ensemble. Vous avez dû voir qu’on a fait un gros travail pour aboutir à un document unique de sécurité pour le voyage et tout. Donc, c’est évolutif. Ça se passe très bien.
RT : Justement, j’avais une question sur le volet économique. La création de la devise propre à l’AES, est-elle toujours à l’ordre du jour ?
PF : Oui, c’est à l’ordre du jour, forcément. Et donc, le processus continue. Il y a beaucoup de choses, comme dirais-je, beaucoup de billets à caler avant d’y arriver. Mais c’est forcément à l’ordre du jour. Si on parle de souveraineté, forcément, on a besoin de cette souveraineté-là. C’est impératif.
RT : Peut-on s’attendre à l’élargissement de l’AES ?
PF : Oui, dans le futur. Mais pour l’instant, comme j’ai dit, nous devons harmoniser nous-mêmes beaucoup de choses, mettre en place vraiment les bases, parce qu’il y aura beaucoup de protocoles additionnels, si vous voulez constater, pour harmoniser nos politiques, que ce soit les politiques diplomatiques, économiques. Il y a beaucoup de politiques à harmoniser avant de permettre à ce que quelqu’un puisse s’ajouter.
RT : Mais y a-t-il déjà des pays qui s’intéressent à votre format ?
PF : Oui, des pays s’intéressent. Ils pourront être peut-être, je ne sais pas, pour l’instant, le président de la Confédération, c’est le président Malien. Il pourra donner son avis sur la question. Mais il y a des pays qui s’intéressent, oui.
RT : Comment vous expliquez la baisse de l’influence française dans la région ? Pas uniquement dans l’AES, mais aussi dans l’Afrique de l’Ouest, par exemple.
PF :Je pense que c’est eux-mêmes qui ont contribué à baisser leur influence, parce qu’ils ont une conception paternaliste de nos relations. Vous voyez, quand vous prenez tout de suite tous ces conseils, tout ce qu’on prend comme initiative, c’est la Russie.
Et quelqu’un parle, ils sont influencés par la Russie. Tout ce qui s’est passé, c’est la Russie. Pourquoi ils ont les yeux fermés comme ça ? Donc l’Africain n’est pas capable de développer quelque chose. L’Africain n’est pas capable d’inventer, d’innover, de prendre des initiatives.
C’est ce que nous combattons. Et tant qu’ils vont continuer de voir l’Africain comme ça, comme un sous-homme qui n’est pas capable de réfléchir, qui n’est pas capable d’innover, qui n’est pas capable d’inventer, on ne pourra jamais être amis.
Les époques ont changé. Donc c’est la vision même qu’ils ont du noir. Il faut qu’ils arrêtent. Parce qu’en nous traitant comme ça, c’est comme s’ils voient le noir comme un sous-homme. Et là, c’est dangereux.
Il faut qu’ils changent de langage. Mais en quoi ça se voit, cette attitude ? Regardez dans leurs discours. Même le président français, toujours dans ses discours, les jeunes Africains sont influencés par la Russie.
Il le dit. Les médias occidentaux, vous les écoutez souvent, ils ne passent leur temps qu’à mentir. Et regardez aujourd’hui, l’AES qui est un modèle qui est en train de se dessiner, ils ne peuvent pas se lever du matin au soir sans parler du Burkina ou parler de l’AES.
C’est impossible pour eux. Chaque fois, ils cherchent à envoyer des informations pour diviser, pour manipuler la jeunesse. Mais ça ne passe plus. Je pense que les gens sont assez conscients, les gens ont l’œil ouvert. Vous aussi, vous êtes victimes de ces gens-là, la communication.
Ce qu’ils font, ce qu’ils disent sur la Russie et tout, on le sait. Jusqu’aujourd’hui, il y a des jeunes Africains qui ont les yeux toujours fermés. Qui croient à leurs mensonges. La Russie de la seconde guerre mondiale. J’écoutais la dernière fois, quelqu’un disait qu’à la fin de la guerre, dans les dix années qui ont suivi, si on demandait en Europe qui a gagné la guerre, les gens disaient c’est la Russie.
Mais aujourd’hui, si vous demandez en Europe qui a gagné la guerre, ils vont dire que ce sont les Occidentaux. Par la communication, ils ont réussi à renverser l’histoire. Et l’histoire africaine aussi, ils ont tout manigancé pour faire passer les mensonges. Cela fait que les jeunes Africains, certains ne connaissent même pas l’histoire de l’Afrique.
RT : Qu’est-ce que l’Afrique a fait ?
PF : Certains ne savent même pas que leurs grands-parents ont combattu, ont été mis à l’avant comme chair à canot. Et au retour, ils les ont tués comme des animaux.
Est-ce que les gens savent que quand la France expérimentait sa première bombe atomique, ce sont des soldats noirs qu’ils ont mis à côté dans le rayon létal pour voir l’effet que ça fait ? Sortons les archives. Tout ce qu’ils ont utilisé contre l’Afrique, c’est terrible.
Donc il y a tout ça qu’il faut communiquer pour que les jeunes Africains comprennent parce qu’il y a beaucoup encore endormis qui continuent de communiquer pour les impérialistes. Ce qu’ils disent et disent, ils le font. Peut-être parce qu’ils leur donnent quelque chose, je ne sais pas. Mais l’Africain doit comprendre son histoire, se réveiller. C’est notre combat aussi comme ça.
RT : Quel est le rôle des médias dans ce combat selon vous ?
PF : Médias indépendants ? De chez nous, vous voulez dire ? Les médias devraient beaucoup participer à nous aider. Mais vous voyez qu’il y a certains médias qui sont des médias impérialistes.
Ils ne sont ainsi que lorsque les médias européens, lorsqu’ils disent quelque chose, ils reprennent et les accentuent. Il y a plein de médias dans nos pays qui combattent même les régimes comme notre régime.
Ils passent leur temps aussi à raconter les mêmes balivernes que les médias occidentaux racontent. Mais c’est honteux. Si des Africains se comportent comme ça, c’est très honteux. J’imagine qu’ils doivent avoir honte de se regarder à la glace le soir. Si tu es payé pour raconter des mensonges sur le noir, c’est très grave.
Donc on est en train de conscientiser au Burkina Faso, si vous voyez, actuellement, beaucoup de médias accompagnent la dynamique, participent à conscientiser la jeunesse à travers des débats et tout. C’est ce que nous souhaitons vraiment pour les médias.
RT : Pensez-vous que notre média puisse aussi jouer son rôle dans ce combat ?
PF : Bien sûr, beaucoup. Il peut jouer un rôle très important. Vous savez, je l’ai dit en 2023 à Saint-Pétersbourg, et je le répète encore aujourd’hui, la Russie a contribué à sauver le monde.
L’Afrique a contribué à sauver le monde. Il faut le dire, il faut que les jeunes le comprennent, que tout ce qui se raconte dans les films Hollywood, c’est faux, ce n’est que du mensonge. C’est la même chose, la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, on voit, l’histoire est tronquée, mais il faut communiquer.
Vous voyez, moi, ils n’aiment pas que je parle. On trouve que je parle trop et tout, pour que je me taise, pour qu’eux, ils parlent et que leur version passe. Non, moi, mon plus grand regret, c’est d’avoir passé une bonne partie de ma jeunesse à écouter des radios comme RFI, France 24.
J’ai été dans des pays où ces radios étaient fermées, mais on prenait des applications, on enregistrait leur journal pour écouter. Mais à partir d’un moment, il y a eu un déclic. Je commence à comprendre qu’ils conditionnent nos cerveaux pour accepter ce qu’ils veulent. C’est leur narratif qu’ils veulent qu’on apprenne.
Et depuis ce temps, moi, je commence à faire la part des choses, et j’ai compris que c’est très dangereux ce qu’ils font. Aujourd’hui, plus que jamais, je me rends compte qu’ils ont conditionné l’esprit, surtout des Africains.
Donc vous pouvez participer beaucoup à éveiller la conscience de la jeunesse pour que les gens comprennent comment fonctionne le monde et ne pas se laisser embarquer par ces gens-là.
RT : Ma toute dernière question, juste pour conclure sur une note positive, quelles sont les perspectives des relations entre la Russie et le Burkina Faso selon vous ?
PF : Beaucoup de perspectives à venir. Comme je l’ai dit avec la parade que j’ai vue, je pense qu’il y a une très bonne coopération parce que, c’est bien, actuellement, nous payons du matériel, mais il faut qu’on développe l’industrie militaire, par exemple. Et la Russie peut contribuer beaucoup. Vous savez que la Russie, il y a beaucoup de scientifiques, de savants, qui sont riches.
La preuve, on vient de quitter l’université de Mendeleïev. Ils peuvent nous accompagner beaucoup dans la formation pour aussi prévaloir, parce que chez nous, nous avons des jeunes talents, des génies qui arrivent à créer des choses, mais il manque l’apport mathématique, la science pour pouvoir améliorer ce qu’ils font.
Et donc, la Russie peut nous aider beaucoup dans ce domaine. Ça va nous aider sur le volet militaire, sur le volet industriel parce que ce sont les machines qui font marcher le monde. Et aujourd’hui, la technologie qu’il y a là, que ce soit l’informatique, les réseaux, la télécommunication et tout, sur ce volet, la Russie est en train de beaucoup collaborer. Donc, à l’avenir, toutes ces perspectives seront donc mises à l’ordre du jour pour que nous puissions arriver à un objectif certain que nous souhaitons.
Votre Excellence, merci beaucoup pour cet échange très intéressant et très enrichissant. Je rappelle, c’était le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré. Merci encore

