Burkinabè, Congolais et Camerounais prennent leur déjeuner dans la fraternité au salon de Florentine Kambou. Ph. @Jacob Compaoré-Reflet info.
L’observation des flux migratoires en Afrique de l’Ouest révèle que le Burkina Faso a toujours été un pays à forte tradition migratoire. Si historiquement les Burkinabè migraient plutôt vers les pays voisins, des études sur les questions migratoires montrent que la migration intercontinentale, en particulier vers l’Europe occidentale, est devenue plus importante au cours des dernières décennies1. Les destinations les plus privilégiées sont la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, etc. Mais de façon globale, il ressort que des millions d’Africains vivent dans ces pays depuis longtemps. Et parmi les Africains vivant en Belgique, se trouvent bon nombre de Burkinabè. En séjour dans ce pays de la bière et du chocolat, nous avons rencontré certains à Matongé, un quartier africain au cœur de Bruxelles, où se mènent diverses activités économiques. Dans cet article, ils nous livrent leurs témoignages sur les défis de l’insertion professionnelle, leur quotidien et la vie à l’étranger.
En général, les émigrés africains quittent leur pays d’origine pour s’établir dans d’autres pays dans le but de se réaliser, en recherchant des opportunités plus alléchantes. Les motivations avancées sont généralement donc d’ordre économique.
Il s’agit plus de la « recherche du travail et du gain » afin de subvenir à leurs besoins ainsi que ceux de leurs familles.
Selon la directrice de la promotion économique et des investissements de la diaspora, en service au ministère des Affaires étrangères du Burkina Faso, Wendegoudi Jacqueline Ouédraogo, le nombre de Burkinabè vivant à l’étranger était estimé à environ 14 millions en 2021, pour atteindre aujourd’hui plus de 16 millions.
Du côté de l’ambassade du Burkina Faso à Bruxelles, on nous informe qu’ils sont quelques milliers de ressortissants burkinabè présent sur le territoire belge.
Vendredi 12 décembre 2025. Nous voici dans les rues de Matongé, quartier africain en plein centre de Bruxelles. Sous un ciel couvert, la météo affiche 9° degré. Nous partons à la rencontre de quelques Burkinabè résidant au pays du roi Baudouin Ier.
C’est un institut de beauté qui nous accueille. L’endroit est surnommé ‘’Ambassade’’ pour illustrer l’espace de sociabilité entre Burkinabè vivant principalement dans cette ville, capitale de l’Europe.
A l’intérieur, l’ambiance est conviviale. Tous sont autour d’un plat de Moui-boongo (plat local burkinabè composé de riz et de sauce tomate).
La scène est à l’image des membres d’une même famille au village, prêts à diner. Après ce repas communautaire, nous avons l’occasion d’échanger avec quelques convives.
Florentine Kambou, la quarantaine bien sonnée, c’est elle la propriétaire du ‘’Beauty Platinium’’, cet institut de beauté mixte (hommes et femmes).
Elle vit à Bruxelles depuis une quinzaine d’années. Son quotidien repose essentiellement sur la coiffure et l’esthétique. Cette activité lui permet de gagner sa pitance.
Elle propose non seulement différents modèles de coiffure, mais aussi d’autres services comme la pédicure, la manicure, l’épilation et les soins de visage. Les tarifs de ses prestations vont de 5 à plus de 50 Euros, soit environ 32500 Francs CFA.
Florentine reçoit dans son atelier, entre 5 à 10 clients par jour, à même de pouvoir tirer son épingle du jeu. « On arrive à gérer les dépenses pour le loyer, les taxes et les autres factures. Mais j’avoue que ce n’est pas facile. Le peu qui reste, on essaie de vivre avec. C’est très dur d’entreprendre ici », soutient-elle.
Grâce à son perfectionnement sur le tas, mais aussi à travers sa formation de gestionnaire suivie en Belgique, Florentine vit bien aujourd’hui sa passion. En plus de cela, elle dispose d’un réfrigérateur proposant à ses clients, des boissons de différentes saveurs.

A l’entendre, la procédure de création d’une entreprise dans ce royaume au cœur de l’Europe, nécessite une démarche complexe.
Au-delà d’avoir ses documents d’identification en règle et d’avoir un diplôme valable, reconnu et témoignant de ses compétences dans le domaine en question, ladite demande se fait sous le contrôle rigoureux et strict des services communaux.
Et cela nécessite un local respectant les normes du métier, l’inspection des lieux par la police, et le paiement régulier des taxes et des impôts relativement élevés.
Selon Stéphane Dubois (nom d’emprunt), notre source d’information à la commune d’Ixelles, la demande de création des petites et moyennes entreprises en Belgique suit une procédure qui s’étend très souvent sur des mois.
Il précise que cela implique entre autres : un choix juridique de l’entreprise, la délivrance d’une adresse d’exploitation (domicile ou local), l’inscription auprès d’un guichet d’entreprise, une autorisation ou déclaration communale, la vérification et l’affectation du lieu par les services de l’urbanisme, l’inscription aux taxes communales, les contrôles d’hygiène selon l’activité, et la vérification des autorisations (…).

A l’en croire, les prestations de service (comme la coiffure) sont généralement soumises à une Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) de 21 %. Et la franchise pour les petites entreprises dont le chiffre d’affaires annuel est très faible (environ ≤ 25 000 €), est susceptible de bénéficier d’une exonération. Il ressort également que les impôts à payer par les sociétés varient d’un taux standard de 25% sur les bénéfices.
Ce taux est par conséquent réduit à 20% pour les petites et moyennes entreprises (PME), dont le profit annuel est supérieur ou égal à 100 000 €. Ces taux considérés par certains comme étant très élevés, constituent par ailleurs un handicap pour l’essor des petites entreprises gérées par les émigrés.
Toute chose qui n’est pas sans difficultés sur leur vie, et ne garantit donc pas une possibilité d’économie ou d’épargne. Elles portent essentiellement sur le paiement du loyer, le local de travail, la gestion des employés, les factures d’électricité, etc.
Lors de notre séjour, nous avons aussi pris langue avec Abdoul Razak Coulibaly. Taximan de profession et père de deux enfants, il vit à Liège depuis 7 ans.
Cette ville est la 3e grande agglomération de Belgique après Bruxelles et Anvers, située à l’Est dans la région de Wallonie (francophone). A l’écouter, ce quadragénaire, le visage tout souriant, semble être passionné de son aventure en Belgique.
Mais il confie que cela est rendu possible grâce à son activité de conducteur de taxi, lui permettant de gagner au maximum 200 Euros par semaine. « A la fin du mois, je peux souvent me retrouver avec 800 ou 1000 Euros. Mais c’est parce que je travaille jusqu’à 60 heures par semaine. En plus de la conduite, j’arrondis mes revenus avec des petites activités dans les supermarchés », nous explique-t-il.
Retour à Matongé. Mohamed Ilboudo est originaire de Manga, province du Zoundwéogo au Burkina Faso. A vu d’œil, il semble être dans la cinquantaine, mais déborde encore d’énergie Il a rejoint le vieux continent il y a de cela 3 ans.
Selon lui, c’est précisément en 2023, qu’il est arrivé en France, puis en Allemagne, avant de rallier la Belgique. Au menu de ses activités à Bruxelles, figurent le carrelage, la soudure, et la plomberie.

Son projet de quitter le Burkina Faso s’explique par les difficultés à s’insérer sur le plan professionnel. « C’était un peu compliqué. La vie devenait de plus en plus dure. Donc, j’ai décidé d’aller tenter ma chance ailleurs. Je suis descendu à Paris. De Paris, je suis parti en Allemagne. Et de l’Allemagne, je me suis retrouvé à Bruxelles », a indiqué Mohamed Ilboudo.
Ses activités quotidiennes de poseur de carreaux, de plombier ou de soudeur lui permettent d’avoir des sous pour payer son logement, gérer sa restauration, voire soutenir sa famille au Burkina Faso. « Sur cet aspect, ça va. J’arrive à m’en sortir pour payer mon loyer, faire les dépenses et envoyer un peu d’argent au pays », a-t-il affirmé.
Mais selon Abdoul Razak Coulibaly, au-delà de se faire de l‘argent en travaillant pendant des heures, il faut savoir bien gérer ses revenus. « J’avoue que c’est aussi la manière qu’on gère l’argent qui nous permet de vivre ici. C’est vrai qu’on gagne trop comparativement au Francs CFA, mais les dépenses sont aussi grosses, par exemple pour le loyer, la restauration, et les frais de scolarité des enfants », nous a-t-il confié.
Travailler dans l’ombre ou les travaux en noir : l’envers d’un rêve pour les sans papiers
Le manque de perspectives d’emploi, c’est l’une des causes principales qui incitent tant de Burkinabè à se tourner vers l’extérieur afin de gagner leur vie et de faire vivre leur famille. L’étranger étant la promesse d’une vie rêvée.
Mais sur la route du rêve se trouvent souvent bien de défis, notamment des soucis d’accès aux documents d’identification et aux activités rémunératrices. « Des difficultés, il y en a. Si tu arrives nouvellement en Europe, il y a des difficultés qui se présentent naturellement. Pour t’intégrer, c’est compliqué. Avoir le travail est aussi compliqué, mais Dieu fait ce qu’il faut, Florentine est là. Elle soutient les gens, elle m’a soutenu aussi, c’est comme ça la vie ici », affirme Mohamed Ilboudo.
A l’en croire, il a aussi fait face à des problèmes administratifs, liés surtout à l’obtention du titre de séjour, afin de régulariser sa présence sur le territoire européen. Cela à travers une demande d’asile qu’il a introduite difficilement. « Cela a été très difficile, mais avec le temps j’ai pu avoir mes papiers. J’ai mis 3 ans pour les avoir », a-t-il laissé entendre.
Au regard de la nécessité de disposer de ses documents d’identité en vigueur afin d’accéder à toute activité générant des revenus, il s’avère impossible pour des émigrés dans de pareilles circonstances de joindre les deux bouts.
Le sieur Ilboudo se souvient : « on était en train de jongler de gauche à droite. Il y a eu des moments très difficiles. Tu es là, tu ne sais pas quoi faire, tu n’as pas de revenus, tu n’as pas de papiers et tu ne peux pas travailler. C’était très compliqué. Mais grâce à Dieu, avec le soutien des uns et des autres, j’ai pu traverser cette situation ».
Pour lui, avoir le statut d’exilé sur le territoire européen représente une opportunité. « C’est bien parce qu’on veut tenter sa chance dans un autre pays. Une fois arrivé, tu demandes l’asile à l’office des étrangers, si cela t’intéresse. Ce ne sont pas les Africains seulement. Même les Européens qui viennent d’ailleurs en demandent. Il y a par exemple des Polonais, des Turcs, et d’autres nationalités qui y passent aussi », se défend-t-il.
Il explique qu’il y a cependant des travaux temporairement accessibles aux immigrés en situation irrégulière. Mais qui ne sont pas des travaux déclarés.
« On appelle ça ici des ‘’travaux en noir’’. Donc, tu dois faire ces tâches de gauche à droite, en attendant d’avoir les documents d’identité permettant de travailler selon les textes en vigueur », nous a-t-il expliqué.
Parmi ces dits travaux, on peut citer la livraison, l’enregistrement, le chargement et la décharge des colis, le ménage dans les familles et l’assistances aux personnes âgées.
De l’intégration sociale à l’étranger, loin de chez soi
Interrogés sur la vie auprès d’autres communautés, les Burkinabè estiment être bien entourés et apprécient leur quotidien bruxellois. « La vie se passe bien. On est là ensemble, on est une famille, on est soudé. Surtout nous les Burkinabè qui sommes ici, on est à l’aise, pas de dérangements, mais il ne faut pas faire de bêtises parce qu’on est à l’étranger », nous confie le fils du pays des hommes intègres, Mohamed Ilboudo.
Au départ, Florentine Kambou dit avoir rejoint sa grande sœur en Belgique parce que cette dernière ne voulait pas y rester seule.
C’était aussi une occasion pour elle de rechercher des opportunités d’emploi. Mariée à un Européen, l’amour entre Florentine et son époux transcende leurs différences culturelles.
Sourires aux lèvres, elle estime que c’est comme tout foyer.« Il y a des hauts et des bas. On ne peut pas dire que tout est rose. Vous pouvez être avec un Burkinabè et ça va partir en cacahuètes »,a-t-elle signifié.
Dans son institut de beauté où elle propose différents services, Florentine est habituellement entourée par bon nombre de ses amis compatriotes, et ceux d’autres nationalités. Ce sont notamment des Congolais, des Camerounais et des Belges.
« Quand ils finissent le boulot, c’est le seul endroit où ils se retrouvent. Donc, ça fait qu’il y a pas mal de gens qui viennent. Parmi eux, il y a des artistes, des étudiants, des ouvriers et bien d’autres. C’est le point de repère ici », nous précise Florentine Kambou.
Et Mohamed de retorquer, le visage plein de sourires : « on appelle ici ambassade, donc c’est la deuxième ambassade ». Il apprécie par ailleurs la vie à Matongé, auprès des autres communautés africaines qui sont présentes.
Éric Kassongo est originaire de la République Démocratique du Congo (RDC). Nous l’avons aussi rencontré. Pour lui, être aux côtés de ses frères d’autres nationalités représente une fierté en tant qu’Africain soucieux des valeurs de cohésion et de vivre-ensemble. « Je suis ouvert à tout le monde. Les Burkinabè, les Sénégalais, les Camerounais et tous les autres africains sont mes amis, donc je viens régulièrement les voir », affirme-t-il.
Gilles Carlier, un ressortissant belge est également un habitué du local de Florentine. Il dit préférer l’ambiance avec les africains au lieu de fréquenter les cafétérias belges. « J’aime bien me retrouver ici où on est tous autour d’une même table. On discute des sujets que je ne comprends pas forcément. Mais en général, c’est très intéressant », a confié Gilles Carlier.

Ils adorent donc leur intégration non seulement avec les autres communautés africaines, mais aussi avec les européens. « Franchement, je n’ai jamais eu de problème avec qui que ce soit. Je suis du Burkina Faso, mais d’habitude, il y a beaucoup d’autres nationalités qui viennent ici, des blancs également », déclare dame Kambou.
Par rapport aux chocs culturels, elle témoigne qu’il y a justement des comportements que les Africains trouvent choquants mais essaient de s’adapter. « On est chez eux. Donc, chacun préserve sa culture comme il peut. On ne peut pas venir imposer notre culture aux gens d’ici, même si on trouve des choses qui nous choquent. C’est nous qui sommes dans leur pays, donc c’est normal qu’ils vivent selon leur culture », reconnait-elle.
Diaspora burkinabè : moteur économique à distance ou des citoyens en quête de reconnaissance ?
Selon les derniers chiffres officiels du ministère burkinabè en charge des Affaires étrangères datant de 2024, la diaspora burkinabè est estimée à 16 millions de personnes. Leur contribution au Produit Intérieur Brut (PIB) du Burkina Faso en cette même année s’élève à 3%, selon les propos du ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré.
C’était en réponse aux questions relatives à la contribution de la diaspora à l’économie nationale, devant les députés de l’Assemblée Législative de Transition (ALT) en novembre 2025, 2. Ces chiffres s’appuient par ailleurs sur les données du Fonds burkinabè de développement économique et social (FBDES).
Le ministre Traoré ajoute que selon la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BECEAO), les Burkinabè de l’extérieur transfèrent chaque année par des canaux officiels, plus de 200 milliards de francs CFA (352,9 millions de dollars).
« La Banque mondiale fait ressortir respectivement les chiffres de 348 058 662 000 francs CFA (614 millions de dollars), 319 409 440 000 francs CFA (562,9 millions de dollars) et 352 935 240 000 francs CFA (621,1 millions de dollars) au titre des transferts de fonds de la diaspora burkinabè, au cours des années 2021, 2022 et 2023 », a affirmé le chef de la diplomatie burkinabè.
Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires et une crise humanitaire, la question de la mobilisation de la diaspora burkinabè s’impose comme un enjeu stratégique, en mesure de booster la transformation économique et sociale du pays 3.

Les fonds envoyés par la diaspora contribuent à des investissements directs, la création d’entreprises et le transfert de compétences, soutenant les petites et moyennes entreprises, les infrastructures locales et l’effort de paix à travers le Fonds de Soutien Patriotique (FSP), instauré pour le financement de la lutte contre le terrorisme.
Pour soutenir justement cet effort de paix, on se souvient qu’en janvier 2024, les Burkinabè vivant en Belgique se sont démarqués par leur engagement et contribution financière.
Selon les propos de Boniface Kaganbèga, représentant de la diaspora burkinabè au royaume de Belgique, ce montant a été collecté lors d’un dîner gala afin d’aider les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), engagés au front de la lutte contre les groupes armés terroristes, qui endeuillent le Burkina Faso depuis 2015. « J’invite les autres diasporas burkinabè en Europe à se réunir pour mobiliser des fonds pour l’effort de paix », avait-il lancé.
Le ministre en charge des Affaires étrangères en son temps, avait d’ailleurs salué l’initiative. « Lorsque le geste est grand, ce qu’il porte est forcément grand. Ce que vous avez fait est un grand geste, peu importe le montant. Ce geste vient du cœur », a-t-il laissé entendre.
Rêve au pays des frites et réalités du terrain : des Burkinabè de la diaspora parlent aux candidats à l’aventure européenne
A travers nos échanges avec certains émigrés, il ressort que leur pays d’accueil est considéré comme l’incarnation d’un futur glorieux et le pays d’origine quant à lui, se résume en un territoire où le présent et le futur sont incertains.
Mais au-delà de la représentation de l’Europe comme un eldorado où bon nombre d’africains tentent par tous les moyens de s’y rendre, souvent au risque de leur vie en traversant la Méditerranée, Florentine ne les encourage pas à se lancer dans cette aventure.
« En tout cas, je ne conseille aux gens qui veulent quitter le Burkina de le faire, surtout si tu as déjà un toit et une activité. Il ne faut pas lâcher ce qu’on fait au pays pour venir ici. Parce que c’est toujours du regret. Autrefois, on pouvait dire que tout allait bien en Europe. Mais maintenant, ça ne va pas. C’est très difficile. Tout devient catastrophique », a-t-elle martelé.
Son avis justifie en partie pourquoi de nombreux émigrés, généralement sans abri ou de domicile fixe et d’activité génératrice de revenus, sont contraints de regagner désespérément leur pays d’origine par la suite.
En octobre 2025, 165 migrants issus de 17 familles, ont été rapatriés à Ouagadougou au Burkina Faso, à partir de Tripoli (Libye) à bord d’un vol organisé par l’Organisation internationale pour la migration (OIM), dans le cadre de retour humanitaire volontaire de Sebha (800 km sud de Tripoli) 4.
On se souvient aussi qu’en décembre 2023, 410 migrants burkinabè sont rentrés de plusieurs pays 5. Quelques jours après, soit en janvier 2024, 168 Burkinabè rentraient de la Tunisie.
La quasi-totalité de ces migrants burkinabè transitent toujours par la Libye, la Tunisie, l’Algérie, ou le Maroc pour leur retour. Mais en réalité, ils reviennent précairement de certains pays européens comme l’Italie, la France, l’Espagne, la Belgique, etc.
Cela s’explique par leur proximité avec le continent africain. Non seulement, ils rentrent très souvent avec des problèmes de santé, mais ne disposent de rien pour rebâtir une vie.
En connaissance de cause, Mohamed Ilboudo prévient déjà les futurs candidats à l’aventure européenne sur les difficultés à prendre en compte. « Actuellement, on peut être en Afrique et connaître la réalité en Europe, grâce aux réseaux sociaux. Ici, ce n’est pas facile. Tu viens, tu es seul, tu ne connais personne. Tu es là, tu ne sais pas où aller, tu ne sais pas quoi faire. Tu te retrouves dans un autre monde que tu n’arrives même pas à comprendre », témoigne-t-il.
Comme ce dernier, de nombreux émigrés se sont retrouvés dans une situation pareille et sont contraints de chercher de l’aide. Un soutien qui n’est pas toujours évident.
Florentine Kambou revient à la charge en ces termes : « j’entends dire qu’il y a des gens qui payent des millions pour venir en Europe. Mais si tu as tes millions, je pense que c’est mieux d’investir là-bas en Afrique. Tu fais quelque chose, en ouvrant par exemple un petit magasin, tu vends tes trucs et tu pourras t’en sortir mieux qu’ici en Europe ».
Concernant sa famille qu’il a laissée au Burkina Faso depuis 2023, Mohamed confie que les liens sont maintenus grâce aux appels téléphoniques, qu’ils tiennent quasiment tous les soirs.
Mais, il nourrit tout de même l’envie de retourner un jour dans son pays natal, lui qui bénéficie depuis plusieurs mois du statut d’exilé.
Florentine pour sa part, lance un message de solidarité à l’endroit de ses compatriotes pour bâtir la mère patrie, le Burkina Faso. « Même nous qui sommes à l’étranger, on essaie de participer parce que tôt ou tard, on va y retourner. Force à tout le monde et vivement que la paix revienne au pays », a-t-elle exhorté.
Et à Mohamed Ilboudo d’ajouter qu’il souhaite que Dieu ramène la paix au Burkina Faso. « Peut-être que cette année, la paix va venir au Burkina Faso. Je voudrais dire merci au capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso, que Dieu lui donne l’envie. Qu’il ne change pas. Avec son envie de transformer le Burkina, il va y arriver. Concernant les ennemis, c’est Dieu qui va décider. Vive le Burkina Faso ! », a-t-il conclu.
Le projet de migrer vers l’Occident est principalement motivé par la recherche de lendemain meilleur et parfois par la quête d’une reconnaissance sociale.
Certains migrants qui, au départ s’identifiaient à des modèles de réussites diasporiques, nourrissent et stimulent leur envie d’atteindre le vieux continent.
ENCADRÉ
Notes
1.ADEPOJU Aderanti. Migration et développement en Afrique tropicale : quelques priorités de recherche, African Affairs, vol. 76, no 303, 1977, pp. 210-225;
1.ARTHUR John. Les schémas internationaux de migration de main-d’œuvre en Afrique de l’Ouest, Revue d’études africaines, vol. 34, no 3, 1991, pp. 65-87
2. Burkina Faso : la part contributive de la diaspora au PIB estimée à 3% en 2025 (ministre)
4.165 migrants rapatriés par l’OIM de Sebha Sud Libye à Ouagadougou au Burkina Faso
5.Retour volontaire de migrants bloqués en Tunisie : 168 migrants burkinabè de retour au pays
W.J.C

