À l’heure où l’Afrique de l’Ouest et le Sahel sont confrontés à des défis sécuritaires majeurs, la question des frontières héritées de la colonisation refait surface. Lors du Forum régional pour la paix et le développement durable, tenu à Ouagadougou les 22 et 23 avril 2025, le professeur Serge Théophile Balima, éminent universitaire burkinabè et président du forum, a dressé un constat sans appel : « Nos frontières ne correspondent pas aux entités ethniques et culturelles. Ce sont des frontières artificielles imposées par la colonisation. »
Par Nounpètéh Kambou
Des frontières qui divisent plutôt qu’elles unissent, a déploré le professeur Balima. Il souligne que de nombreuses familles et communautés se retrouvent aujourd’hui séparées par ces lignes tracées arbitrairement par le colon dans l’unique but de mieux exploiter les peuples africains.
Ce qui engendre des conséquences déplorables. « Il y a des familles qui se retrouvent divisées par des frontières artificielles. Donc, il y a parfois des communautés qui se retrouvent à cheval entre deux pays différents. Et évidemment, ça peut entraîner des problèmes », déplore-t-il.
Ce phénomène fallacieux du système colonial et souvent muet, met à mal la cohésion sociale et complique la coexistence entre communautés liées par des valeurs, des langues, et une histoire communes.
Des populations peulh, gourmantché, mossi, lobi ou haoussa vivent ainsi écartées entre plusieurs États, avec des identités partagées et des réalités politiques différentes.
Pour apaiser les tensions et prévenir les conflits intercommunautaires, le forum a mis en avant la nécessité urgente d’un dialogue permanent.
« Il faut trouver les voies et moyens de créer des passerelles de dialogue pour la coexistence entre les différentes communautés dans les zones frontalières », a plaidé Serge Théophile Balima.
Il ne s’agit pas de redessiner les cartes, mais d’humaniser les frontières en les rendant moins rigides et plus perméables au vivre-ensemble. Une sorte de penser au modèle africain.
Interrogé sur la question du retrait des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la CEDEAO et sur l’appel du président ghanéen en faveur d’un retour à l’organisation, l’universitaire reste nuancé.
« Il est tout à fait dans son rôle, mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’existence de l’AES n’est pas incompatible avec la coopération avec d’autres entités sous-régionales. » Pour lui, l’avenir se trouve dans une coopération renforcée et solidaire, au-delà des structures institutionnelles actuelles.
Un avenir où les États africains reconnaissent enfin que la paix durable passe par une meilleure prise en compte des réalités culturelles et sociales des populations vivant dans les zones frontalières.
« La coopération sous-régionale va demeurer et des passerelles de solidarité vont être trouvées dans l’intérêt des peuples respectifs », conclut le Pr Balima.

