Les arbres utilisés pour le calage dans les sites d’orpaillage/Source: Prise de vue :Zongo Tongnoma, 2024.
Ceci est un article scientifique du Dr Tongnoma Zongo, chercheur spécialiste des questions minières à l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du CNRST. Dans sa production que nous vous proposons en intégralité, Dr Zongo analyse l’impact de l’orpaillage sur les sols et les forêts dans la province du Sanmatenga, région du Centre-Nord du Burkina Faso.
Thème : Orpaillage, pauvreté des sols et menace de la forêt dans la province du Sanmatenga
Dr Zongo Tongnoma
Chercheur spécialiste des questions minières à l’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) du CNRST
Email : ztongnom@gmail.com
Cet article de vulgarisation est tiré de notre article scientifique intitulé l’impact environnemental et social de l’orpaillage dans la province du Sanmatenga au Burkina Faso publié dans la revue Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Décembre 2024, ISSN 2521-2125
Résumé
Cet article analyse l’impact de l’orpaillage sur les sols et les forêts de la province du Sanmatenga. L’activité d’orpaillage est une activité controversée dans sa globalité au Burkina Faso. En effet, cette activité s’accompagne d’une part d’effets irréversibles sur l’environnement physique et humain dans ladite province (pollution, diminution de la main-d’œuvre agricole, travail des enfants, etc.).
D’autre part, les effets positifs de l’orpaillage se manifestent par l’inversion des flux migratoires, l’urbanisation par le bas, le développement d’activités commerciales dans ladite zone. La méthode d’étude utilisée a consisté consister à faire de la revue de littérature et à recueillir des données ethnographiques auprès des personnes ressources du secteur du monde minier au Burkina Faso. Les résultats obtenus indiquent bien que l’activité d’orpaillage génère des activités génératrices de revenus, mais engendre des effets néfastes sur les sols et les forêts de la province
Introduction
Dans la province du Sanamatenga, le caractère volatile du mercure, du cyanure et des acides nitrique et sulfuriques, le manque de maîtrise des réactions chimiques et l’abandon des bacs de cyanuration sont des facteurs qui amplifient la pollution des eaux, des sols et de l’air soit par infiltration, ruissellement ou par évaporation (T.Zongo, 2019 p87).
Ces produits sont à l’origine de la pollution de la qualité des eaux qui peut entraîner la disparition des animaux. C’est une conséquence invisible de l’orpaillage qui n’est mise en évidence que par des analyses chimiques d’eau et de sols et par une mortalité des poissons et des animaux qui s’abreuvent dans les eaux polluées.
En plus des produits chimiques à l’origine, le retournement du sol joue un rôle très important, surtout dans la diffusion des métaux lourds comme l’arsenic dans les cours d’eau par ruissellement. En effet, l’activité d’orpaillage cause des dommages réels aux eaux. Il s’agit de la modification du tracé originel et la pollution des cours d’eau.
Un cas similaire a été décrit par (K.N. Kouadio, 2008) à Hiré en Côte D’ivoire et par (E. Sawadogo, 2011) dans la province du Poni au Burkina Faso. L’impact du lavage du minerai sur l’augmentation du taux de matières solides en suspension et la turbidité de l’eau a été aussi signalé par (I. Butaré et S. Keita, 2009) au Mali.
La dégradation de la structure du sol lors de l’exploitation aurifère et l’érosion hydrique qui en résulte réduisent l’infiltration de l’eau. Malgré sa contribution à l’économie rurale, il convient de souligner que l’exploitation artisanale de l’or engendre des effets néfastes sur les sols cultivables et la forêt dans la province du Sanmatenga. Cet article a pour objectif d’analyser l’impact de l’orpaillage sur les sols et les forêts dans la province du Sanmatenga ?
Méthodologie
La démarche scientifique adoptée dans le cadre de cette étude est basée sur la recherche documentaire, la collecte des données sur le terrain et l’observation directe. L’approche qualitative fut privilégiée au niveau de la collecte des données terrain. Premièrement, une recension des écrits traitant des questions des effets de l’orpaillage sur le plan social et environnemental, l’évolution des techniques utilisées et surtout les produits chimiques utilisés dans le traitement de l’or au Burkina Faso et en Afrique a été faites. Ainsi, l’identification des impacts sur les sols et les forêts ont été possibles grâce aux entretiens réalisés sur le terrain.
Au total, Une quarantaine d’entretiens ont été réalisés auprès de plusieurs acteurs dans les sites d’orpaillage et au niveau de la ville de Kaya chef-lieu de la province. Les acteurs concernés par les entretiens au niveau des sites d’orpaillage étaient constitués de 10 orpailleurs, 5 agriculteurs, 02 chefs terriens, 02 chefs coutumiers, 05 enfants, 05 femmes. Au niveau de la ville de Kaya, des entretiens ont été réalisés auprès de la direction de l’environnement, la direction des eaux et forêt, la direction de l’action sociale, la direction de l’enseignement secondaire et la direction de l’agriculture, etc. L’observation a joué aussi un rôle fondamental dans le cadre de cette étude.
Résultats
Orpaillage et pauvreté des sols
La question de l’inégale répartition des ressources est une clé de lecture indispensable pour comprendre les enjeux de la forte sollicitation des terres au Burkina Faso. Le sol est le milieu sur lequel on identifie le plus d’impacts de l’extraction minière artisanale dans le Sanmatenga. En effet, le sol est impacté d’une manière ou d’une autre à toutes les phases de l’exploitation artisanale de l’or.
Lors de l’identification du site, de petites galeries sont mises en place, ce qui contribue à la dégradation du sol par érosion. Il en est de même lors du fonçage où de grands trous sont mis en place afin d’extraire le minerai. Les nouvelles technologies qui permettent d’atteindre des matières premières auparavant inaccessibles créent de nouveaux enjeux environnementaux et cette situation détruit le paysage sur des superficies plus vastes dans la province du Sanmatenga.
Cela dégrade le sol de façon irréversible, car les sols ne sont pas réhabilités après l’exploitation des sites. Sur les différents sites aurifères de la province, ce sont des hectares de sols qui sont creusés pour extraire le métal précieux. À cela il faut ajouter les pollutions du sol engendrées par les déchets solides et liquides produits sur le site (huiles, hydrocarbures, piles, etc.). Surtout, il y a la contamination des sols par les produits chimiques utilisés lors de l’extraction de l’or (mercure, cyanure, acides nitriques et sulfuriques). Les impacts sur le sol sont : l’érosion, la perte de la fertilité des sols, la pollution par les déchets solides et liquides ; la contamination du sol par des substances nocives
Photo 1 : L’impact de l’orpaillage sur les terres cultivables

Le retournement des sols et l’entassement des déblais détruisent également les terres cultivables exploitées par les paysans des villages environnants. Les puits et les galeries abandonnés après exploitation exposent le sol au ravinement, au lessivage et à l’érosion intensive nous laisse entendre un agent de l’agriculture.
2.2. L’orpaillage et la déforestation dans la province du Sanmatenga
La multiplication des sites aurifères que la plupart des pays africains connaissent de nos jours n’est pas sans conséquences sur la protection des forêts. Pourtant d’un côté les administrations coloniales, puis celles des États indépendants, ont paru soucieuses de la protection de la nature à travers la création d’aires protégés, l’interdiction et la limitation de pratiques agricoles paysannes jugées dégradantes et parfois de vastes programmes de lutte contre l’érosion ou de reboisement, mais d’un autre côté les politiques de développement fondées sur l’exploitation des ressources naturelles ont été peu soucieuses de la protection des écosystèmes naturels.
Cette situation s’observe dans le domaine agricole (P. Pélissier, 1995, p 34) où l’État a soutenu les fronts pionniers forestiers, la mise en valeur de terres nouvelles, la construction de barrage et l’aménagement de périmètres irrigués sans que leurs conséquences environnementales soient bien mesurées, ni sur le couvert végétal ni sur la faune et la flore, ni sur le fonctionnement des régimes hydriques et les risques d’érosion ou d’ensablement, non plus que sur leurs effets en matière de santé. En effet, l’expression de la conscience des problèmes environnementaux autour de l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables est assez récente dans les pays du Sud.
À la fin des années 1990, les impacts de la mine d’or de Yanacocha, au Pérou, dont les eaux ont été empoisonnées au cyanure et au mercure, ont donné lieu à de premières dénonciations des risques de l’exploitation minière dans les pays pauvres (G. Magrin, 2011, p12). En Afrique, les contestations se manifestent surtout au cours de la dernière séquence (1997-2008) de course aux ressources.
Dans le domaine du pétrole, jusqu’à une date récente, la question environnementale n’est importante qu’au Nigeria, où elle devient un des objets privilégiés des contestations multiformes qui se développent dans les zones riveraines des zones d’exploitation on shore (G. Magrin, 2011 p24). En Mauritanie, néanmoins, au cours des années 2000, l’environnement occupe une place centrale dans les débats qui entourent le début de l’exploitation pétrolière du champ off-shore de Chinguetti, situé à 80 km au sud-ouest de Nouakchott.
A titre illustratif, l’extension des périmètres irrigués de l’office du Niger s’est traduite par une progression de la déforestation et une diminution des ressources ligneuses (F. Brondeau, 2004 p11). Dans le sud du Mali, la culture du coton pour l’exportation est tenue pour responsable de la dégradation des sols à cause de l’usage massif d’intrants chimiques.
Au Burkina Faso, les activités minières sont tenues pour responsables de la dégradation de la faune et de la flore. C’est le cas de la mine de Poura et de Kalsaka qui sont en fin d’exploitation. L’absence de politique, le dépérissement de l’Etat et l’absence de régulation dans la gestion des ressources naturelles se combinent pour dégrader les milieux et pénaliser les conditions de vie des hommes.
L’exploitation artisanale de l’or réalisée dans n’importe quelle zone de la province du Sanmatenga joue négativement sur la forêt. La pratique de l’orpaillage dans les forêts classées de la province du Sanmatenga trouve ici sa raison, du fait que l’administration forestière est corrompue.
L’orpaillage est connu dans la province du Sanmatenga pour représenter une cause majeure de détérioration des écosystèmes via l’exploitation du bois ou la dévastation des territoires des communautés sur lesquelles elles sont implantées. Dans la région du Centre Nord du Burkina Faso, plus particulièrement dans la province du Sanmatenga, la flore est sous une grande menace comme l’illustre la carte suivante qui montre bien que l’orpaillage est beaucoup plus pratiqué dans les zones de savane que les zones arides
Photo 2 : Les arbres utilisés pour le calage dans les sites d’orpaillage

Cette photo montre bien que la pratique de l’orpaillage impacte négativement les forêts classées de la province du Sanmatenga. En effet, les activités des orpailleurs nécessitent forcement le défrichage, la coupe du bois et les pailles pour la construction des hangars. Aussi, le soutènement des puits et des galeries lors du fonçage entraîne par exemple la coupe de 15 troncs d’arbres pour un puits de 30 m afin de servir d’échelle de descente et de consolidation des parois pour éviter les éboulements.
Conclusion
Cette étude nous a permis d’avoir une idée sur les effets de l’orpaillage sur les sols et les forêts dans la province du Sanmatenga au Burkina Faso. En effet, elle a permis de savoir que l’orpaillage est un secteur qui constitue une source d’emploi et génère des revenus mais à côté de cet énorme potentiel, les sols et les forêts se dégradent à grande vitesse.
Bibliographie
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Zongo Tongnoma, 2024. L’impact environnemental et social de l’orpaillage dans la province du sanmatenga au Burkina Faso. Revue Ivoirienne de Géographie des Savanes, Décembre 2024, ISSN 2521-2125

